Ecrit dans Coups de sang et grosses rognes. Lu 406 fois. 7 commentaires. Il y a un an, j'écrivais Pulse Arts.

Voilà les images de présentation d’un jeu que vous ne verrez jamais en magasin avec mes illustrations… Petit retour en arrière. L’an passé, durant l’été puis à l’automne, j’ai travaillé dur (très dur) sur le jeu de société «Suspect». J’avais été contacté par Asmodée (que je connais bien et avec qui j’ai de belles collaborations) qui avait été contacté par Ravensburger (avec qui je n’avais encore jamais travaillé). Asmodée faisait office d’intermédiaire et je n’ai travaillé qu’avec eux, directement. «Suspect» était une pure commande et la réalisation fut difficile voire pénible, de nombreux changements de direction en cours de route, modifications de dernières minutes et bidouilles demandées par Ravensburger puis validées. Finalement, un peu dans la douleur, j’avais finalisé les illustrations et Asmodée réalisé le jeu dans son intégralité, ouf. Ceci à l’automne dernier. Ensuite au début de l’hiver on m’annonce que finalement ça ne va pas il va falloir refaire la couverture parce qu’elle ne plait pas en haut lieu chez Ravensburger. Repayée bien sûr, mea culpa. Bon ok pourquoi pas. Un peu curieux compte tenu de la somme de travail déjà passé sur ce jeu, cette nouvelle n’augurait rien de bon. Et hier on m’annonce que finalement le jeu verra le jour mais sans mes illustrations, un autre illustrateur va reprendre le tout…
Je n’ai jamais vu ça.
J’ai suivi des indications précises, directives, j’ai fait ce qu’on m’a dit (en grognant parfois) et j’estime avoir rempli ma part du contrat. Asmodée de son côté a bouclé et livré le jeu. Et maintenant Ravensburger repart à zéro. La raison invoquée est que le style ne colle pas avec le produit visé. C’est incroyable de se rendre compte de ça maintenant ! Bon, je peux me dire oh ça va, j’ai été payé, ce n’est pas grave. Mais en fait si c’est très grave. Il me semble que la finalité du travail d’un illustrateur ce n’est pas tant d’être payé mais d’être publié. Je ne dis pas que je suis prêt à travailler gratos, loin de là, être rémunéré justement est capital, ça c’est un autre débat mais je ne vends pas des tomates. Un travail c’est un investissement. Je réalise des images originales et uniques faites pour être vues et partagées, je réalise des illustrations pour qu’elles soient publiées. Une illustration qui reste dans un carton ne sert finalement pas à grand chose, elle ne vit pas. Si un travail que j’ai réalisé n’est pas diffusé j’ai toujours l’impression que c’est un coup d’épée dans l’eau. Et même si j’ai touché de l’argent, en prenant un peu de recul, je pense que ça me fait pas mal de dégâts. Je perds un terrain de publicité, un produit avec mes illustrations en amenant toujours d’autres et je me dis que pendant ce temps j’aurais pu faire autre chose qui aurait certainement été publié et qui sait, aurait peut-être été mieux rémunéré, en plus. Perdant sur toute la ligne. Ce genre d’histoire me mine sérieusement.
Un autre point qui me surprend et m’inquiète, c’est de voir un grand éditeur comme Ravensburger capable de commander un jeu complet, finalisé, le payer, faire la pub sur les salons, le présenter (sur son site !), pour ensuite le rejeter en bloc, sans crier gare. Enfin bon, ça fait partie, une fois de plus, des sombres aléas de l’édition. J’ai tout à coup une furieuse envie de reprendre mes projets de déforestation

  1. Le 15 mars 2006 à 9:09, Jibé a écrit :

    Oui, très très limite sur ce coup là, Ravensburger…
    Et je te rejoins totalement sur la valeur d’un travail publié, qui va bien au délà de la "simple" rémunération.
    Courage, Vincent !

  2. Le 15 mars 2006 à 10:07, adan a écrit :

    Il est "intéressant" de découvrir que même à ce "niveau là" de l’édition des choses de ce type puissent aussi voir le jour. Ton JdB est aussi instructif de ce point de vue … merci m’sieur, et courage!

  3. Le 15 mars 2006 à 10:40, Blakkrall a écrit :

    Ca me fait penser à une nouvelle de Neil Gaiman dans son recueil de nouvelles Miroirs et Fumées. Il passe un temps fou à hollywood pour adapter un de ses romans en scénario au cinéma ; les équipes se succèdent dans la production et on lui demande à chaque fois de faire de nouvelles modifications, et au final il écrit un film qui ne correspond plus du tout à son histoire…
    En tout cas, sacré coup de p*** qu’ils t’ont fait là ; on voit bien là toute la considération qu’ils ont pour les artistes ; et derrière ça, le facheux tournant que prend notre société…

  4. Le 15 mars 2006 à 13:58, Jibey a écrit :

    C’est vraiment que ca n’est pas tres sympa de leur part, pas tres "professionnel"…
    Et c’est vraiment fou qu’il puisse avoir les fonds pour developper tout ca,puis apres de dire "je jette tout a la poubelle,on reprend a 0"…

  5. Le 15 mars 2006 à 14:16, N i c o l a s a écrit :

    C’est écoeurant cette histoire …. La finalité de ce métier est effectivement de pouvoir bosser pour un éditeur et de voir son travail publié, alors quand on est traité de la sorte c’est révoltant …… Dis toi que cette ( mauvaise ) expérience t’aura au moins montré à qui tu avais affaire, à savoir à des gros c*** ……… mais je sais, ce n’est même pas une consolation …… Ton immense talent ne mérite pas ce traitement. Que cela ne te mine pas durablement surtout.

  6. Le 15 mars 2006 à 18:05, Marco a écrit :

    Ouep. J’ajoute qu’il doit y avoir d’autres intervenants, d’autres personnes ayant passé du temps sur ce projet. L’illustrateur est le premier lésé, mais il y a sûrement d’autres déçus et beaucoup de temps et d’énergie perdus pour une décision, si j’ai bien compris, venue d’on ne sait où. C’est assez navrant.
    Ceci dit, Vincent, tu fais pleurer Idéfix à chaque fois. Tu sais pourtant bien qu’il déteste qu’on fasse du mal aux arbres…

  7. Le 16 mars 2006 à 11:57, Nils a écrit :

    Désolé pour ce coup foireux de RavensBurger.
    Asmodée s’est mis dans une situation difficile. Ils doivent être assez emmerdés eux-mêmes, et pas seulement vis-à-vis de toi. C’est aussi leur boulot qui est remis en cause. Soit ils ont mal communiqué sur l’avancement du projet auprès de leur client RavenBurger, soit c’est RavensBurger qui n’a pas suivi d’assez près, soit il y a eu des changements à la tête de RavensBurger et quelqu’un a voulu marquer son arrivée en laissant supposer que ce qui avait été décidé avant n’était pas bon et qu’il fallait donner un coup de balais dans la boîte. Et tu en as fait les frais.
    Par ailleurs, en prenant un intermédiaire, RavensBurger s’est facilité les coups de pute, puisqu’ils n’ont aucun contact avec toi et n’ont donc pas à se taper le sale boulot d’aller dire à l’illustrateur que finalement ils préfèrent quelqu’un d’autre et qu’ils envoient tout péter. Situation hautement dangereuse donc, si tu veux mon avis, à éviter si possible.
    Autre chose : je te conseille de suivre de près la sortie du jeu. Vérifie bien qu’ils ne font pas de la récup sur tes illustrations. Sans les reprendre, ils pourraient reprendre tes idées et ainsi accélérer le travail de création de ton remplaçant… Ce qui doit être complètement illégal, mais pas certain qu’ils s’en soucient.

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