Ecrit dans Coups de sang et grosses rognes. Lu 413 fois. 14 commentaires.

Avant de commencer je tiens à préciser que j’écris ce message à titre informatif. Partager une mésaventure pour éviter aux autres de tomber dans le panneau. Informer et prévenir. Je n’écris pas dans un but vindicatif ou revanchard car ce n’est pas mon genre ni mon habitude. D’autant plus que j’ai déjà dit ce que je pensais de la tournure des évènements aux personnes concernées. Je crois aussi qu’en partant d’une anecdote on peut se rendre compte de pratiques qui ont tendance à se généraliser.
Donc. En début d’année, au mois de février, j’accepte une commande d’illustrations noir et blanc passée par l’éditeur Fanpro aux USA pour le jeu Shadowrun. Shadowrun c’est un classique du jeu de rôle, classe, archi-connu, univers cyberpunk, trip futuristico-médiéval. Jeu auquel j’ai joué avec passion quand j’étais adolescent. La boucle était bouclée, j’allais pouvoir dessiner pour ce jeu qui m’a inspiré et dont les illustrations ont plus que certainement participé à mes désirs de devenir illustrateur il y a des années en arrière. Génial. Tout se déroule parfaitement, contrats en bonne et due forme, conditions correctes, tout se passe dans les temps, je rends les illustrations finalisées fin mars comme convenu. Tout le monde est content. Dans le contrat il est spécifié que le paiement se fera un mois après la parution du livre. Bon je ne suis pas vraiment fan de ce procédé, le livre devant sortir pendant l’été, soit plusieurs mois après la réalisation des illustrations. En plus je m’inquiète toujours d’un éventuel report de publication, ce qui éloignerait encore plus le paiement. J’avais quand même accepté parce que «c’est comme ça» et plus simplement parce que c’est Shadowrun. Le projet en valait la peine.
Le livre sort en juillet. Un bon mois après, début septembre, pas de paiement. Je précise aussi que je ne suis pas rigide au point de cocher les jours sur le calendrier. Mais bon, quand même, sur le principe il me semble que chacun doit respecter sa part du contrat et l’honorer. Je contacte l’éditeur et questionne, on me répond que les paiements ont pris un peu de retard, les sous arrivent, un petit peu plus de patience, la ritournelle habituelle, etc. Bon c’est plutôt courant, attendons. Trop accaparé par mes autres boulots en cours, je laisse cette affaire de côté et n’y pense plus. En octobre je me réveille et commence sérieusement à m’inquiéter. Je relance l’éditeur à nouveau. Réponse évasive. Et toujours pas reçu d’exemplaires du bouquin non plus. Encore un mois plus tard, en novembre, rebelote, je relance, plus pressant, rappelant les termes de notre accord et pas de réponse à ce jour. Après mes merdouilles de cet été je me dis que c’est encore la faute à pas de chance mais après une rapide petite enquête, je découvre que je ne suis pas seul dans cette situation et que d’autres ont eu des réponses alarmantes, pas de fric, paiements décalés, etc, les fournisseurs payés les premiers, etc, blablabla. J’ai réalisé ces illustrations il y a maintenant dix mois…
Voilà c’est comme ça, je me suis fait avoir une fois de plus et au-delà de ma petite anecdote je crois qu’il faut garder la tête froide. Dans le sens où certains éditeurs (je dis bien «certains», j’espère que ce n’est qu’un cas isolé) publient des livres, des jeux, basés sur des licences connues, réputées et excitantes. C’est fatalement attirant. Ce que j’ai déjà vécu avec Moongose et l’aventure catastrophique Starship Troopers (Mongoose par exemple profite aussi de licences aussi prestigieuses que Conan, Jeremiah, LoneWolf ou RuneQuest). A chaque fois je me suis laissé embarquer car l’enseigne était attrayante mais je découvre ensuite que derrière, en coulisses, ça ne suit pas et ça tourne vite au vinaigre. La prochaine fois je me renseignerai plus. C’est vraiment un binz à devenir complètement parano…

  1. Le 13 décembre 2006 à 19:09, Narkarth a écrit :

    Je ne pense pas vraiment te conseiller mais bon …
    Un ancien prof, et devenu ami, que tu connais je crois ;) de Cohl, m’a raconté une histoire un peu similaire lors de son entré dans la profession il y a quelque années qui lui ai arrivé. Même chose, retard de paiement, relance, pas de nouvelle etc… c’était avec l’éditeur Milan si je me souviens bien… Cela s’est terminé avec l’URSAF chez l’éditeur à fouiller les comptes et "prendre" le dû pour rendre à César (ici mr P. ) … Il a du lire sur mon visage de novice l’inquiétude que cela allait m’arriver un jour ou l’autre et m’a rassuré un peu…
    Mais je pense qu’arriver à un certain niveau, il faut faire valoir ces droits par tous les moyens. Ici la loie! Ils ont signés, ils payent! Qui plus ai la loi indique une majoration de, au moin, 7% de la facture par moi de retard (article 441-6 du code du commerce). Donc si je ne m’abuse cela fait 4 mois (juillet sore le bouquin, aout pour le paiement et de septembre à décembre majoration)… Je sais que c’est chiants, surtout de l’étranger et pas très simpas mais ils ne le sont pas non plus : simpas et ils savent très bien qu’on n’osera pas faire cela pour ces raisons mais ils faut bien taper du poing par moment…
    En tout cas bon courage pour ce problème … :(
    Désolé pour les fautes même après relecture… lol

  2. Le 13 décembre 2006 à 19:24, pasto a écrit :

    Non mais quoi ? Tu renonces à obtenir ton paiement ?? Tu as un contrat signé en main non ? Tu ne peux pas le faire valoir devant un tribunal de commerce ou son équivalent ? C’est dingue ça. Enfin dans mon business (motion design) et sur les gros budgets on bosse avec une avance de 30% avant le début de la prod. Et un bon de commande signé est une sérieuse pièce dans un dossier de plainte. Bon courage.

  3. Le 13 décembre 2006 à 20:04, Corbeau a écrit :

    Les éditeurs sont affligeants parfois, courage Vincent, tu n’es pas le seul dans ce cas…monde de merde ;)
    @+
    Corbeau

  4. Le 13 décembre 2006 à 20:08, kido a écrit :

    Je me demande quand même jusqu’où la justice française peut elle intervenir pour une boite aux USA. Difficile de s’adresser à un avoué pour leur envoyer un huissier de justice.
    C’est vraiment merdique en tout cas.
    Bon courage.

  5. Le 14 décembre 2006 à 1:33, Vincent Dutrait a écrit :

    Je ne renonce absolument pas à mon paiement, je ne suis pas fou… Mais comme le souligne Kido il est bien difficile de faire quoi que ce soit. Surtout quand, en plus, on a en face des personnes qui ne répondent plus aux messages envoyés. Là aussi on peut voir les limites de la garantie contrat. Ce n’est finalement que du papier.
    En plus je crois que se lancer dans des histoires de tribunal & co c’est se tirer une balle dans le pied. Car - c’est triste à dire - dans le milieu de l’illustration tout le monde se connait et ce genre de démarches est plutôt mal vu. Je me suis d’ailleurs brouillé avec certains à cause de ça car j’insistais sur les histoires de contrats et on m’a répondu mais où est passé l’amitié, les bonnes relations, etc etc. Paradoxal.
    Je vais continuer à batailler «en douceur» pour avoir mes sous sans passer par la case tribunal & co car cela ne changerait finalement pas grand chose. Je préfère ne plus avoir de relations avec cet éditeur par la suite et il me semble que prévenir et parler autour de moi de cette mésaventure peut éventuellement lui causer plus de tort… Une mauvaise réputation ça tâche.

  6. Le 14 décembre 2006 à 9:02, SD a écrit :

    No comment…. :(

    Passons le mot pour pourrir leur réputation, ce sera toujours ça de perdu pour eux… Et je ne peux qu’espérer que ta sage persévérance paiera…

  7. Le 14 décembre 2006 à 10:22, Nils a écrit :

    Sauf erreur de ma part il s’agit d’un contrat américain, donc de droit US, sur lequel la justice française ne peut intervenir. Si tu résidais en France, le problème serait peut-être différent.
    Une action en justice depuis la Corée me semble difficile et serait à mon avis assez coûteuse. Cela dit je me renseignerait quand-même pour savoir comment font tes homologues américains. Ils doivent probablement se syndiquer, et cela pourrait t’ouvrir des portes en termes de recours si tu en as la possibilité.

    Nils.

  8. Le 14 décembre 2006 à 12:08, Jibé a écrit :

    Je suis désolé d’apprendre que tu as de nouveau eu ce genre de mésaventure, et je comprends ta déception. Il est vrai que l’on marche énormément à la motivation, à l’affect (illustrer pour Shadowrun, perso, ça me plairait aussi énormément, avec tout le passif de joueur que j’ai sur ce jeu…), et bien, et ça fait partie du bizz’, les éditeurs le savent aussi. D’où la dure déconfiture quand ça se passe mal comme dans ce cas là…
    Je cherche à me lancer en free-lance, et c’est vrai que ce genre de situations m’effraient, bien qu’inévitables à un moment ou un autre semble t il, expérimenté ou non. Passer plus de temps à batailler pour quelque chose qui devrait sembler complètement normal, évident, coulant de source, qu’à réaliser les commandes, à prendre plaisir à dessiner, ça laisse songeur… M’enfin quoi, c’est aussi difficile que ça à appliquer, la formule " tout travail mérite salaire" ??? Est ce que l’on fait le même coup à des garagistes, des plombiers, etc… ?
    Bon, ok, free-lance, c’est un choix pleinement assumé, et il faut en respecter les règles du jeu. C’est le prix pour exercer et vivre de notre passion. Mais franchement, les efforts de patience, de rigueur sur les dates de rendus, leur qualité, tout ça ne doit il aller que dans un sens ?!
    J’espère en tous cas que cela n’émousse pas trop ta motivation. Bon courage , tu as tout mon mince soutien.

  9. Le 14 décembre 2006 à 13:44, kris a écrit :

    A jibé. Ben oui, on fait le coup à des garagistes, des plombiers, des maçons (qui m’en on parlé). La mauvaise foi est universelle. Donc maintenant ton garagiste ne te rends tes clefs qu’après paiement…
    A Vincent : Les éditeurs sont des patrons comme les autres, mais ça fait chier que ça arrive encore à un pro comme toi. Tes illus de starship troopers sont une tuerie !!!
    Anciens élèves d’école Cohl, on est un couple essayant de vivre de l’illu. Ma femme galère depuis 17 ans dans le dessin textile, l’illu. jeunesse. Avec délai de rendu, rapidité, journées de dingue quant il faut rendre plusieurs boulot en même temps, et RESPECTER les délais. Bon ben, TOUS les réglements en cours sont décalés : Un accompte de 30 % à la livraison? Oui mais on a mal lu (la compta) sur le contrat que vous faisiez trois livres (livrés) et pas un seul. Accompte divisé par trois. Facture émise début novembre, oui mais on ne peut vous payer qu’à 30 jours fin de mois donc pas avant le 31 décembre chez un autre éditeurs, etc…
    Non mais ils nous prennent vraiment pour des billes, ils vont vachement émettre le truc le 31…. C’est chiant d’avoir le compte dans le rouge quand ta banquière te regardes de travers alors qu’avec ce qui est travaillé tu devrait être dans le plus.
    Si t’est grillé avec Fanpro, pourquoi ne pas faire appel à une agence de recouvrement ? C’est tes sous!!! Les gros éditeurs ricains, ça m’étonnerait qu’ils en aient quelque chose à battre, de la réputation qu’on leur fait. recouvrement mondial (recherche google, j’ai pas encore eu besoin d’eux)=
    http://www.atradius.com/fr/recou...

  10. Le 14 décembre 2006 à 13:58, Pierre a écrit :

    Demander 30% d’avance serais parfaitement normal. Mais dans ce milieu-là on te ri au nez "Je crois que le service compta ne pourra pas". Tu remarqueras, c’est toujours les autres qui ne peuvent pas. Le responsable est en dehors de soit.
    C’est la pyramide du diviser pour mieux règner. Le principe est simple, plus tu est nombreux plus tu est fort. C’est extrèmement basique.
    Eventuellement si tu peux demander à quelqu’un de tes amis d’effectuer des relances de temps en temps (contre un %) ça peut les faire bouger. Tu leur opposes une force supérieure et grandissante. J’ai fait ça une fois. Ça à marché (et je me suis senti épaulé).
    Lorsqu’une société s’adresse à soi il faut savoir à quelle tête de l’hydre on est en train de causer.
    Derrière une gueule sympatique, chaleureuse et cordiale il y en a toujours une mesquine, avare et injuste.
    Il faut employer le bon language pour chacune, ça rend schizophrène.
    Du coup je flippe dés que j’en ai un sympa en face de moi; Dés qu’on me souri j’ai l’impression de me faire entuber (C’est curieux les associations d’idées et les rapports de cause à effet).

    Patience et longueur de temps font mieux que force ni que rage.
    Ouf ! Si ça peux servir…

  11. Le 14 décembre 2006 à 14:28, Swal a écrit :

    Halala… Je suis dans le même cas que Vincent : j’attends mon règlement pour quelques images dans un supplément de jeu pour Shadowrun… La première fois, j’ai été payé avec plus de six mois de retard. Connaissant la réputation de l’éditeur (FanPro, un gros), je me suis dit qu’il finiront par me payer, qu’ils sont honnêtes, etc… Et c’est ce qui est arrivé finalement. J’ai été payé mais avec un retard considérable. Alors pourquoi j’ai rempilé pour un second livre chez eux ? Parce que j’avais rien à foutre à ce moment… Mon boulot c’est de dessiner, et tant pis si je bosse parfois avec des mauvais clients. C’est le côté ingrat de notre métier. Maintenant, j’attends. Et FanPro n’est pas le seul : Païzo Publishing, Morrigan Press, Green Ronin, White Wolf… Au final, ça fait quand même pas mal de thune en retard.
    Bon, c’est vrai que je suis assez souvent en retard moi aussi. mais je préviens, je m’arrange, je m’excuse et on l’on finit toujours pas trouver une solution. Toujours. Mais quand l’éditeur est à la bourre et qu’on a le malheur de gueuler, on passe pour un emmerdeur… Hum Hum ! Comment dire ?!? Certains ont de la chance que je n’habite pas dans la même ville. Grrrrr !
    Après, je pense que les recours auprès de ces éditeurs sont minces pour nous, illustrateurs étrangers. Soit on en fait une affaire de principe et cela risque de prendre du temps, de l’énergie et de côuter de l’argent. Soit on essaie d’être patient et d’en retirer le maximum. Mais parfois c’est dur, surtout quand plusieurs éditeurs se passent le mot. Hin Hin.
    Pour conclure, je suis illustrateur. Pas agent, ni comptable. Donc, je laisse un peu ces choses là de côté. Avant que cela ne devienne vraiment usant… et là, en général, ça gueule. Ha mais je suis Artiste moi, j’ai les nerfs à fleur de peau ! Héhé !
    N’empêche que parfois je me dis que je filerais bien cette part de boulot à quelqu’un d’autre, histoire de ne pas avoir à subir les mots d’excuses bidons, les relances en bonne et due forme, les tractations, etc. Mais bon, on fait comme on peut hein. Et puis, sans nous, les éditeurs ils ne sont rien. Sans eux, nous non plus… Mais on a sûrement plus de talent que certains.
    Allez, je vais bosser…

  12. Le 18 février 2007 à 21:49, cyrilux a écrit :

    Euh question con…. venant de la part d’un amateur (snif)… mais pourquoi tu n’as pas d’agent ou d’avocat. Cela t’éviterait les conflit de ce genre…non et te faciliterai la tâche pour les négociations ? En tout cas, bravo pour ton talent !!

  13. Le 19 février 2007 à 1:24, Vincent Dutrait a écrit :

    Bonjour Cyrilux, je crois que tu trouveras réponse à tes questions (en partie) ici :
    http://www.vincentdutrait.com/do...
    Message écrit quelques jours plus tard, la réflexion aidant. En bref, pas d’agent parce que dans l’immédiat je ne gagne pas suffisamment d’argent pour pouvoir me permettre de céder quelques pourcentages au passage et pas d’avocat car il me semble que ce n’est pas la réponse appropriée dans ce milieu…

  14. Le 19 février 2007 à 11:41, cyrilux a écrit :

    J’aurais jamais imaginé que tu réponde à des post datant de 3 mois :=)

Ecrire un commentaire

Comment afficher un avatar ?
Allez sur le site Gravatar, enregistrez-vous, chargez votre image et assignez-la à votre profil (une image de 80x80 pixels). Pour que votre avatar s'affiche dans les commentaires, il suffit d'indiquer exactement la même adresse email que celle que vous avez renseignée sur le site Gravatar et le tour est joué !