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Suite du message précédent… Orienté vers l’école Emile Cohl, je me suis rendu à Lyon pour assister aux journées portes ouvertes. Je dois dire que ça m’a fait froid dans le dos de voir ces élèves travailler sur chevalet par exemple, faire du modèle vivant, de la sculpture, des illustrations, de la BD, etc. Le niveau était impressionnant et je n’arrivais vraiment pas à m’imaginer là… Je me suis renseigné sur les enseignants, découvrant des pointures. Tous les soirs, je feuilletais la brochure de l’école, retournant dans tous les sens les questions du genre : En suis-je capable ? Est-ce que j’ai les capacités ? Suis-je à la hauteur ? Le moral et l’endurance ? Vais-je tenir le coup ? L’envie était toujours là, intacte, mais je conservais à l’esprit le fait qu’une école privée coûte beaucoup d’argent et qu’il ne s’agit pas de se planter, au minimum par respect pour ceux qui me font confiance et financent mes études pour m’assurer une formation de qualité. Des nœuds à l’estomac.

Pour préparer mon dossier en vue de l’entretien avec le directeur de l’école, je me suis rendu chez mon oncle céramiste, Jean Girel qui fut aussi professeur de dessin (j’en parlais ici). J’ai passé une semaine à travailler dur, enfermé par mon oncle dans une pièce, des tubes de gouache et quelques pinceaux sous la main, une orange ou un verre devant moi. Au boulot. Ensuite, direction la campagne pour faire des croquis des vaches, des arbres, des montagnes, des nuages. Au passage, je souligne que mon oncle m’a toujours soutenu et aiguillé pendant toutes ces années où je commençais à dessiner, au collège, au lycée. Je lui montrais souvent mon travail et il m’orientait dans la bonne direction. Moi qui étais tout fier de mes boulots, j’entendais quand même le plus souvent : Ah non, le biceps ce n’est pas comme ça, le volume ne tourne pas assez, cette ombre est fausse, ou encore : Va regarder ton dessin dans un miroir et tu verras que ton personnage a la gueule de travers. Les coups de pied au cul, ça a toujours du bon.

Je suis donc entré à l’école Emile Cohl directement en première année. Ce qui, à l’époque, était encore jouable si on avait un niveau suffisant. J’ai passé trois années de dur labeur, c’était vraiment difficile physiquement et se retrouver confronté à tant de nouvelles choses à apprendre, digérer, assimiler, c’était souvent éprouvant. Plus de quarante heures de travail dans la semaine et, j’exagère et caricature à peine, autant à la maison (en ce qui me concerne en tout cas). Je me rends compte maintenant que ces trois années m’ont complètement transformé. Un véritable apprentissage. De nouveaux horizons, des rencontres étonnantes, des défis que je n’avais jamais imaginés. Avec des hauts et des bas, des joies et des peines comme dans toute formation intensive. Je pense sincèrement que sans l’école Emile Cohl, je n’en serais certainement pas là aujourd’hui et je pense avoir appris en trois ans ce que j’aurais peut-être appris en cinq ailleurs ou en dix tout seul. J’ai acquis une certaine technique et jeté les toutes premières bases de mon univers. Je dois beaucoup à l’école Emile Cohl et chaque jour je sens que ce que j’ai appris remonte à la surface.

En troisième année, pour mon diplôme, j’ai choisi d’illustrer des chansons de Gérard Manset (j’en parlais ). Illustrer des chansons ou de la poésie est particulièrement casse-gueule tellement les interprétations des textes sont diverses et variées. J’ai fait le forcing pour que ça passe et l’équipe d’enseignants qui suivaient les diplômes de près m’avait d’ailleurs prévenu qu’ils m’attendaient au tournant et que je n’aurais pas le droit à l’erreur. Ci-dessous, quelques illustrations réalisées pour mon diplôme, j’expérimentais, testais, tâtonnais techniquement, recherches de couleurs, d’ambiances, cadrages, points de vue, je faisais mes premières gammes. Je suis sorti de l’école en 1997, diplôme en poche, quatrième de ma promotion. Il m’a fallu ensuite deux, voire trois bons mois pour m’en remettre. J’ai passé de longues heures au bord des étangs derrière chez mes parents pour laisser infuser ce que j’avais emmagasiné.

Pour mes premiers pas, à l’automne de la même année, mon père qui projetait d’aller à Taïwan pour son travail, m’offre le voyage comme cadeau de félicitations pour mon diplôme. A Taïwan, je rencontre l’éditeur Grimm Press. Pointure de l’édition jeunesse asiatique qui faisait tourner les têtes des illustrateurs sur les salons. La rencontre fit des étincelles et je reprenais l’avion de retour avec un contrat en poche pour mon tout premier album illustré. Ce qui me permit de faire mes armes, gonfler mon portfolio et avoir un bouquin publié sous le bras qui allait m’ouvrir quelques portes ensuite. Et de fil en aiguille… La suite, elle est sous vos yeux, tout au long de ces messages.

Demain, les inspirations…

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  1. Le 18 mars 2008 à 8:16, Serge a écrit :

    Merci pour ce témoignage.

    Ah, Émile Cohl !
    Je n’ai pu faire que l’année probatoire il y a 6 ans et je ne m’en suis toujours pas remis…
    Ton récit me rappelle douloureusement à côté de quoi je suis passé.

    Au moins j’avais un bon prof de BD ;)

  2. Le 18 mars 2008 à 11:25, vasco a écrit :

    Tout ce que tu dis là est très important pour les jeunes qui passeraient par là.
    “De not’ temps” (avant internet) il était beaucoup moins facile de trouver l’entrée, et à fortiori de pénétrer les coulisses de cette profession.
    Tu as eu la chance d’avoir un artiste dans ta famille, et de bons conseillés sur ton parcours, mais ce n’est pas le lot de tous pour démarer, et je suis sûr que tes histoires doivent non seulement en faire rêver plus d’un, mais surtout les aider considérablement.

    (ps : puisque tu parles d’Emile Colh, as-tu un avis éclairé sur l’affaire Roca que j’évoquais dans la tribune de Laure ?)

  3. Le 18 mars 2008 à 13:40, Vincent Dutrait a écrit :

    Petite parenthèse sur cette « affaire Roca » qui alimente les forums, blogs & co (on lit d’ailleurs toujours les mêmes choses, de simples copier/coller). Je ne répondrai pas car je trouve qu’en l’état, c’est trop, comment dire, à sens unique. Je ne nie rien du tout et ce que j’ai vu est d’ailleurs très troublant. Mais simplement, je trouve que ça fait un peu lynchage et procès sans défense (ce qu’Internet amplifie). Je trouve qu’il serait très important de connaître l’avis de l’intéressé voire de ses éditeurs sur la question. Et apparemment, à ma connaissance, personne n’a eu la brillante idée de le contacter. C’est pourquoi il me semble capital d’en savoir plus pour ne pas tomber dans le jugement à l’emporte-pièce. On ne sait jamais, comme on dit. A suivre…

  4. Le 18 mars 2008 à 15:12, vasco a écrit :

    Je suis comme toi, très troublé par cette affaire. Et je suis surpris autant que toi que personne ne cherche a en savoir plus.
    Je ne suis pas sûr qu’il y ait lynchage, ou amplification via internet, ce que j’ai vu pour l’instant est de l’ordre du constat.
    S’il y avait lynchage on en parlerait, j’en déduis donc que peu de monde est au courant de la question.
    Comme tu parlais d’Émile Colh, et que tu baignes tout de même un peu dans le milieu concerné, je pensais que tu avais peut-être des informations plus fiable.
    Je ne travaille pas dans le même secteur de l’édition que toi, mais ces questions d’usage des images est en permanence un souci professionnel.
    Dés lors que l’on utilise un document photo, pour la réalisation de ne serait-ce qu’un détail d’un visuel, la question de sa représentation se pose.
    C’est une question technique primordiale dans l’exercice de notre métier.
    Dans ce cas l’usage “documentaire” est particulièrement ambiguë et mérite au moins des éclaircissements.

  5. Le 18 mars 2008 à 16:33, Janusz a écrit :

    J’apprécie particulièrement ce que tu fais en retraçant ton parcours. C’est instructif, mais surtout ça permet de visualiser plus facilement les racines de ton travail.

    Décidément, ce site est vraiment une réussite, tant au niveau du graphisme que du contenu. Il y a beaucoup d’initiatives que j’aimerais retrouver ailleurs.

    Tu as réussi à faire en sorte que l’on vienne pour voir ton travail, mais aussi de nous montrer l’envers du décor.
    C’est en ça que je te remercie pour ce site.

  6. Le 18 mars 2008 à 18:17, laure a écrit :

    Anh non ! ça fait tout bizarre de revoir tes images… oh la la !

  7. Le 18 mars 2008 à 21:41, Pierre a écrit :

    Ralala, c’est clair que ça fait vraiment rêver. En fait, je t’ai découvert grâce aux chroniques de krondor, je trouvais les illustrations vraiment excellentes et elle collait parfaitement avec se que je m’imaginais. Je suis venus sur ton site, l’une des toutes première version et flop, premier “contact” avec l’illustration. En regardant ta biographie, j’ai vu que tu étais passé par Émile Cohl et je suis allé me renseigner. J’étais en troisième et je commençais à me poser des questions sur ce que j’allais faire plus tard. Finalement, j’en suis venu à la conclusion qu’illustrateur, c’était un peu trop instable pour moi. Pour percer, il faut du talent, faire les bonnes rencontre au bon moment etc…Ma petite question c’est: Qu’est ce que se passe si personne ne te reconnait? Finalement qu’est ce qu’il reste comme “roue de secoure?”. Je sais que certain des internautes qui passe par là son illustrateur ou on des contact avec ce milieux là, qu’est-ce que vous en pensez?

  8. Le 18 mars 2008 à 22:18, Loup79 a écrit :

    Vincent, j’aimerai te remercier de nous “racconter” tes premiers pas dans ce milieu si dur.

    J’aimerai juste dire que je m’enveux et m’envoudra toujours d’avoir abandonner l’école d’un coup de tête alors que je rêvais depuis toujours de “rentrer” dans une école d’art. Après mes études en photographie se suivait une école d’art. Mais j’ai arrêté d’un coup de tête… bref, je t’envie d’être passé par là et que ce que tu as appris en 3 ans tu ne l’apprendra pas en 10… Je confirme !

    Il faut dire que mon entourage, contrairement à toi, ne m’encouragait pas du tout. Bien au contraire ! “Ce n’est pas un métier ! C’est pour les filles ! Et tu te prends pour De Vinci, ou quoi !” Ou encore, plus terrible : “Tu crois que j’ai de l’argent à jeter par les fenêtres !” me disait ma pauvre mère.
    Déjà, en section photo, mon entourage me traitait de “tout” C’était déplaisant et a fait que j’ai arrêté l’école alors qu’une école d’art m’attendait au bout…

    Bref, continue à nous faire rêver.

  9. Le 19 mars 2008 à 9:37, Thomas T. a écrit :

    Bonjour,

    En lisant, le dernier poste que vous venez de publier, j’ai eu envie de prendre mon courage à deux mains et de vous écrire un commentaire, malgré les centaines de commentaires que vous devez très certainement recevoir chaque jour. Alors je vais combattre ma timidité, pour vous dire dans un premier temps à quel point j’admire votre travail. Je ne manque pas une occasion de me procurer un ouvrage où figurent vos illustrations que je trouve tout simplement incroyablement belles ! Votre blog est particulièrement instructif pour des illustrateurs comme moi. Car je suis un très modeste illustrateur qui travaille essentiellement dans le secteur jeunesse et j’ai beaucoup culpabilisé d’être autodidacte lorsque je me suis lancé dans l’aventure. J’avais fait des études en fac d’arts plastiques (et j’imagine que cela doit vous faire sourire lorsque l’on voit le niveau d’une école comme Emile cohl…) et j’ai ensuite passé plusieurs années en agence de pub. Finalement c’est ce milieu professionnel qui m’a permis de me lancer dans le métier d’illustrateur et ainsi de réaliser un rêve de gosse. C’est un métier qui est difficile et où la ténacité et l’humilité sont de mise. Personnellement j’apprends patiemment mon métier, notamment en lisant attentivement vos articles.

    Alors je voulais simplement vous remercier pour toutes les infos que vous transmettez à travers vos articles, et grâce aussi aux tutoriels qui sont précieux pour des autodidactes comme moi…

    Un modeste illustrateur jeunesse…

  10. Le 19 mars 2008 à 10:55, Vincent Dutrait a écrit :

    Merci pour ces commentaires. Moi qui - sans rire - hésitais à écrire ces messages sur mon parcours pensant que ça n’intéresserait personne et que ça passerait pour un trip nombriliste… ;)

  11. Le 19 mars 2008 à 11:25, Lionel a écrit :

    Bonjour,

    Je suis à la fois un amateur de l’oeuvre de Manset et de tes illustrations…
    Te serait-il possible de mettre à dispo sur le net une version plus complète de ton dossier de troisième année?

  12. Le 20 mars 2008 à 2:05, Vincent Dutrait a écrit :

    A propos de mon dossier Manset, les images sont au fond d’un tiroir et je pense qu’elles vont y rester. Comment dire, pour moi c’est un peu daté, une autre époque. J’en étais à mes premiers pas en illustration et je suis loin d’être satisfait de ces images, un peu normal avec le recul maintenant. Trop de tâtonnements et d’imprécisions. C’est d’ailleurs un projet que je ressortirai peut-être de mes cartons un jour. Refaire et reprendre certaines images avec plus d’expérience. Qui sait.
    Et pour la partie interactive que j’avais réalisée, à l’époque le mp3 balbutiait et un CD vierge de 650mo coûtait pas loin de 10€… C’était vraiment la bataille pour arriver à agencer tout ça et j’avais utilisé le logiciel Click&Create pour mettre au point mon programme (en 640×480px, la préhistoire). Malheureusement, maintenant il fonctionne de manière un peu aléatoire, les windows successifs ayant évolués plus vite que le programme source…. En plus, à cause des histoires de droits d’auteur (paroles et musiques), je ne pourrai le partager ou le mettre en ligne… Encore un projet en suspend que je reprendrai peut-être un jour, qui sait ;)

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