Comme chaque année depuis trois ans, pendant une après-midi, mon épouse et moi faisons souffrir un calvaire à un employé du centre des impôts de notre quartier à Séoul. Nous le sélectionnons avec minutie. Après un rapide tour d’horizon des bureaux, nous jetons notre dévolu sur celui qui digère tranquillement ses nouilles de midi, celui qui me voyant arriver, paperasse sous le bras pour faire ma déclaration d’impôts, tente vainement de repousser les limites du normal pour devenir transparent, celui qui se fait tout petit derrière son écran faisant mine de ne pas nous avoir vu entrer, celui qui tout à coup se souvient quand la maîtresse l’a désigné pour réciter son poème en premier, à voix haute, devant toute la classe, une coulée de sueur froide le long de la colonne vertébrale, celui qui réalise maintenant qu’il n’a pas passé assez de temps avec ses enfants et regrette, à cause de sa timidité maladive, de n’avoir pas accepté l’invitation de la jeune et jolie voisine Mi-Jeong en robe de lin blanc, pour un tour de vélo bercé par les cigales à la lumière rasante d’une fin d’après-midi d’été à l’âge de 11 ans en juillet 1984, prétextant des devoirs à la maison. Celui qui se croyait peinard avec devant lui une fin de journée paisible… Et non, voilà l’occidental qui débarque avec sa situation prise de tête Mastermind, résident en Corée, travaillant essentiellement avec des éditeurs français, américains et allemands, son compte en banque en France, etc… J’exagère un peu, à peine. Aujourd’hui c’était son tour, nous ne lui avons pourri que quelques heures finalement mais c’était amplement suffisant pour qu’il nous raccompagne rapidement vers la sortie, la chemise trempée et les yeux rougis, une fois les formulaires remplis. Il a du nous maudire pour le restant de la journée en regardant l’heure tourner, se disant que c’est fini, c’est passé… Au moins jusqu’à l’année prochaine… ;)

Je souhaitais aussi partager quelque chose qui me fait bien rire en Corée (une spéciale dédicace à Isabelle & Nicolas). C’est ce que j’appelle la mode des «Since». Quand on lit «Since 1462» sur l’étiquette d’un vieux Whisky ou «Since 1879» en lettres d’or sur l’emballage d’un bon chocolat on se dit qu’on n’a pas affaire à n’importe quoi. Ça sent la respectabilité, l’expérience acquise au fils des décennies, le travail bien fait, la qualité, etc. J’ai l’impression qu’en Corée ils n’ont pas bien saisi ce détail, cette notion. On peut lire souvent sur des enseignes de boutiques, bars ou restaurants, des «Since 1982», «Since 1997» ou encore «Since 2001». Ce qui me fait toujours sourire car en Corée on dit par exemple qu’un immeuble est vieux, ancien, quand il a une vingtaine d’année. La maison de mes parents en Provence, un ancien relais de chasse des marquis de la région avec des poutres marquées de plusieurs siècles en arrière, passerait pour préhistorique. Dans notre quartier, à cause de la situation économique changeante, certains restaurants ou magasins changent de propriétaire tous les six mois, sans blaguer. Cette valse est très étonnante d’ailleurs à observer, un peu curieux. Même si ce n’est certainement pas amusant du tout pour ceux qui se sont lancés dans ces entreprises hasardeuses, c’est plutôt sympa pour les consommateurs, l’offre étant sans cesse renouvelée, on a plus de diversité. Cela va faire bientôt trois ans que je vis dans le même coin et les boutiques qui sont en place depuis mon arrivée et qui n’ont pas changé de proprio se comptent sur les doigts de la main. En face de chez nous un nouveau bar-restaurant vient d’ouvrir. L’enseigne m’a fait sourire, une fois de plus, et je crois que vu leur emplacement ils feraient mieux d’écrire quelque chose comme «Until 2007»… ;)

Hier soir j’ai bossé tard sur le dernier pack d’armes et objets magiques. Je suis un peu à la bourre sur le planning initialement prévu. Et j’aimerais bien finir au plus vite pour recevoir les sous pas trop tard, héhé. J’ai eu quelques news sympas et rassurantes, d’autres un peu moins.
Fantasy Flight Games avec qui j’ai déjà travaillé à de nombreuses reprises sur Game of Thrones ou Call of Cthulhu va éditer un artbook «The Art of Call of Cthulhu» et comme ils ont beaucoup aimé mes illustrations, ils en ont sélectionné quatre, chouette.
Du côté de Science & Vie Découvertes ça a l’air d’aller, la nouvelle direction m’a contacté pour poursuivre, ouf, en tous cas le travail en cours, on verra pour la suite, le hic c’est que ces remaniements m’ont fait perdre une bonne semaine de boulot.
J’ai eu aussi des commentaires enthousiastes de l’auteur(e) du «Chevalier à la plume» à propos de mes crayonnés, une ou deux modifs par ci par là pour rectifier le tir historiquement.
Et pour finir j’ai reçu le livre «1001 contes - Cowboys et Indiens» chez Milan, j’avais illustré Pocahontas. Malheureusement je ne suis vraiment pas satisfait de l’impression. Très déçu même. Les couleurs sont moches les blancs brûlés et c’est «flou». Pourtant j’avais envoyé ces images scannées avec exactement les mêmes réglages utilisés pour les autres éditeurs. C’est la première fois que ça me fait ça et je ne sais pas ce qui est arrivé, problème avec le traitement de mes fichiers, problème d’impression ? Peut-être des histoires de profils de couleurs ou je ne sais quoi… Vraiment bizarre car avec d’autres c’est vraiment impeccable. Je n’ai jamais eu de problèmes, mes réglages sont bons et le résultat final toujours au point. C’est souvent même mieux que si les illustrations sont scannées par quelqu’un d’autre car je peux mieux affiner les tonalités des images pour qu’elles collent au plus près de ce que j’ai fait et de ce que j’avais en tête. J’ai peur que ça recommence avec «Les chevaliers de la Table Ronde», ce serait la cata… J’en ai parlé avec mon interlocutrice chez Milan et on va régler ces problèmes techniques pour éviter de mauvaises surprises.

Depuis quelques jours la Corée est balayée par des vents de sable venant de Chine, du désert de Gobi pour être précis. Le ciel se voile de jaune, ça ne dure jamais longtemps, une petite semaine tout au plus. Je regardais la télé et zappe sur la chaîne américaine AFN (j’espérais secrètement tomber sur un nouvel épisode dramatique de Fear Factor). Et là je découvre un spot à l’attention des soldats américains et de leurs familles basées en Corée. Alors que les médias coréens, certainement plus habitués, donnent quelques sages consignes concernant les vents de sables, la chaîne américaine donne à fond dans l’alarmiste et le dramatique. Du genre (je n’exagère pas) :
«Demain vents de sable sur toute la Corée. Attention :
1. Ne sortez pas.
2. Gardez les portes et fenêtres fermées.
3. Protégez vos enfants en leur donnant de l’eau.»
Je ne me souviens pas de mots exacts en anglais mais ça valait le détour, ça claquait, du percutant, comme une accroche de film de Schwarzenegger. Ca sent la psychose et le bourrage de crâne à plein nez. Bon il préférable de rester chez soi pendant ces jours-là mais ce n’est pas non plus une nouvelle plaie, on sent un air plus lourd et plus sec que d’habitude. Attention aux conjonctivites et aux gorges qui grattent mais, il me semble, rien de si dramatique. Ce spot annonçant l’apocalypse m’a rappelé plusieurs documentaires sur la sécurité dans le monde, sécurité internationale, aux Etats-Unis ou sur le sol français. Ces documentaires avaient tous comme point de départ les évènements du 11 septembre. Ils détaillaient les répercussions et conséquences de ce drame sur la vie quotidienne des américains et sur les nouvelles lois votées dans la foulée. Les autorités américaines ont largement profité de la confusion régnant à l’époque pour faire passer des lois qui n’auraient peut-être pas été acceptées en l’état dans d’autres circonstances, avec plus de recul. Le Patriot Act (je vous invite à lire son édifiante description), le marchandage pour éviter de faire de la prison, etc etc. Ces documentaires s’attachaient aussi aux nouvelles lois ultra-sécuritaires en France, lois qui sont en fait des échos aux lois américaines, loi Perben & co. Tout ceci pour démontrer le chamboulement international du 11 septembre et dans quel climat sensible de peur et de suspicion vit le monde actuellement. Et il suffit d’un petit tour sur des sites américains d’Etat comme le site de la Maison Blanche ou le site Homeland Security (tout un programme) pour se rendre compte de la pression exercée, maintenue. Sur chacun de ces sites on peut remarquer le «Threat Advisor». Un simple baromètre. Du vert au rouge. Du «tout va bien» au «le ciel va nous tomber sur la tête». Une véritable épée de Damoclès. Jusqu’à maintenant je n’ai jamais vu que du jaune ou du orange.
L’autre jour je cherchais un widget (vous savez ces petits binz qui s’ajoutent sur le bureau de votre ordi pour vons indiquer je ne sais quelle information) pour me fournir l’heure dans les différents pays des éditeurs avec qui je travaille, pour mieux gérer les histoires de décalage horaire. J’ai trouvé mon bonheur et au passage, surprise je tombe tout à fait par hasard sur celui-ci : http://www.widgetgallery.com/view.php?widget=37432

Voilà un résumé d’une journée de travail…
9h : Je me lève. Oui, je sais, 9h c’est tard, mais quand on se couche tard on a le droit de se lever tard. Direction Internet pour les mails & co. Une bonne heure à répondre aux messages de la veille, éplucher les sites de nouvelles, visiter un ou deux blogs, sites d’illustrations. Ma balade virtuelle du matin pour me mettre à jour et me tenir informé.
10h : Après avoir scanné l’illustration mise en couleur la veille, je cherche des docs pour les boulots en cours, sillonnage et exploration de mes liens en tout genre. Généralement je ne dessine pas le matin ou peu, seulement des crayonnés, je n’ai pas la tête encore bien d’aplomb et c’est un peu dur pour se concentrer sur de la couleur par exemple. En plus je travaille toujours mieux si je sais que j’ai de longues heures devant moi, pour être super efficace. La mise en couleur me demande toujours beaucoup de concentration et d’efforts, les séances de crayonnés sont plus détendues, cools. Et les quelques heures de la matinée ne seraient pas suffisantes. Je préfère donc préparer les papiers, imprimer les docs, lire, me documenter, m’occuper de l’administratif, contrats, etc. Mon cerveau est un peu moins sollicité de cette manière ;)

11h : Je poursuis mes investigations sur le net et dans ma bibliothèque à la recherche de docs et ensuite prépare l’illustration que je vais commencer ce weekend. Tendre la feuille, fixer, passer le jus brun, etc.
12h : Un saut au supermarché du coin pour acheter du manger. Ce sera d’ailleurs ma seule courte sortie de la journée. Il fait bon, un peu gris, le printemps est bien là, c’est chouette, les lilas en bas de chez nous sentent bons.

13h30 : C’est parti pour la couleur, je dois finaliser l’illustration démarrée hier. Comme il fait beau je peux laisser grande ouverte la baie vitrée de la véranda, ce sera plus agréable. Je sais que j’ai une longue après-midi devant moi et je peux me concentrer pleinement sur mon image. Si la lumière est bonne, si je sais que je peux me focaliser sur ce que je fais sans interruption, sans coupure, je peux abattre beaucoup de boulot. Je prends quand même une ou deux minutes de temps en temps pour répondre aux mails reçus. A cause du décalage horaire et des prix du téléphone classique, Internet est vite devenu mon unique moyen de communication avec les éditeurs, la famille et les amis en France, simple et efficace.
16h30 : Pause Coca. Pas du Coca Zero attention.
19h : Je laisse les pinceaux. Je ne me suis pas levé, ou très - trop - peu de mon fauteuil de l’après-midi, ça coince un peu. Maintenant trente minutes d’Internet, même programme qu’au réveil, répondre aux quarante-deux mails envoyés par Swal dans la journée, lecture d’un ou deux sites, etc. Ensuite je vais m’occuper un peu de ma pitchoune, puis dîner, etc.
21h : Je n’ai pas eu le temps de finir mon illustration tout à l’heure, je vais donc en remettre une couche maintenant. Une bonne heure pour finir. Je scannerai l’image demain matin, à la lumière du jour. Je ne scanne jamais le soir car avec la lumière artificielle les couleurs sont faussées que ce soit l’illustration elle-même ou sur l’écran.

22h30 : Et hop fini, quelques retouches seront peut-être nécessaires demain matin pour que l’ensemble fonctionne bien. Je vais regarder la télé un moment en compagnie de ma douce. En Corée les salariés et travailleurs rentrent du boulot très - très - tard, vers 21~22h voire plus, beaucoup plus tard, les programmes dit intéressants ne commencent jamais avant, par exemple les infos de 20h sont à 21h (héhé) et les films passent souvent vers 23h ou minuit. Notre petite est toujours là, pas couchée, d’attaque, elle joue, discute, hum hum, elle devrait s’écrouler dans quelques dizaines de minutes, trop fatiguée.

Minuit : Tout le monde dort à côté. Je reste dans le bureau pour répondre à quelques mails. A cause du décalage horaire avec la France et même avec les Etats-Unis, le plus gros des conversations se fait en toute fin de journée ou la nuit ici. Après ces quelques envois j’hésite entre un petit peu d’Oblivion pour me changer les idées, me détendre ou regarder un épisode de 24H ou Alias, histoire de me sortir un peu la tête du travail.
1h30 : Bonsoir Morphée…









