Ecrit dans Coups de sang et grosses rognes, Digressions et tergiversations. Lu 343 fois. 9 commentaires.

S

uite à mon précédent message, Anders pose une question qui titille « …n’ya t’il pas un moment où, face aux agissements d’un éditeur, tu n’es pas tiraillé entre la passion et l’envie de bien faire et celle de faire du « sous-Vincent Dutrait » proportionnellement aux paiements proposés ? ». Ce fut le cas, quelques années en arrière, par manque de recul. Je regrette amèrement d’avoir pris cette pente-là et j’ai complètement changé d’opinion là-dessus. Maintenant, au lieu de ne penser qu’à l’éditeur et/ou qu’à moi-même, je pense en priorité aux lecteurs et, comment dire, au petit édifice que j’essaie de mettre en place au fil de mes illustrations, à mon travail dans son ensemble.
Ne bosser « que » pour l’argent, au jour le jour, ou se trainer des casseroles, ça n’a plus de sens. Faire du « sous-Vincent Dutrait » est parfois tentant. Que ce soit pour gagner des sous fissa ou pour me débarrasser d’un projet ne se déroulant pas comme convenu. Honnêtement, je suis loin d’être richissime et me permettre de refuser ou tirer un trait sur projet qui prendrait une mauvaise tournure m’est très très difficile. Je devrai batailler dur ensuite pour retrouver l’équilibre. Mais malgré tout, je préfère désormais faire ce choix. Refuser ou « quitter » ce genre d’aventure hasardeuse comme je l’ai fait précédemment pour Starship Troopers ou pour le Jeu de rôle Warhammer (mais si vraiment le projet vaut le coup et qu’en face on écoute, j’essaie d’imposer une formule différente pour retomber sur mes pattes, comme je l’expliquais ici, en seconde partie de message).
C’est pénible et démoralisant car prendre ce genre de décision est périlleux voire carrément dangereux, se fermer des portes, laisser passer d’éventuels succès commerciaux. Mais sur la longueur, je pense être gagnant. Je serai satisfait d’un travail dont je n’aurai jamais à rougir, un travail dont je serai fier sans amertume ni regrets qui prendra sa place sur mon petit bonhomme de chemin. Et surtout, les lecteurs auront de belles images sous les mirettes !
Je me rends bien compte que c’est utopique, conserver intacte une telle exigence de qualité et de respect du lecteur, ce serait trop beau et il faut vivre avec son temps. Mais je ne supporte plus de me voir sacrifier artistiquement mon travail pour des histoires de sous et enjeux financiers. Je tente de m’y tenir. Trop souvent dans la douleur… Et sus aux bâclages !
Je suis aussi bien d’accord avec Laure, illustratrice-libraire de talent sur qui on peut compter pour favoriser la qualité artistique plutôt que le business. Mais quand je suis passé à la Fnac deux fois en dix jours et qu’au deuxième passage, les bouquins présentés n’étaient majoritairement plus du tout les mêmes, ça m’a fait froid dans le dos. Ce n’est pas la faute au libraire qui essaie tant bien que mal de faire son travail mais plutôt celle de certains éditeurs et commerciaux, en amont. Je l’ai encore entendu cette année. J’exigeais plus de temps et de meilleures conditions pour pouvoir travailler comme il faut et livrer un travail de grande qualité. Ce fut refusé. On m’a expliqué très clairement qu’il y avait un marché à gagner, une place à prendre et que si ce n’est pas nous, ce sera un autre. Sans demander n’importe quoi et faire un gros caprice, cédant déjà beaucoup de terrain, je parlais toujours de création, qualité d’image, niveau de détails et on me répondait timing et enjeux commerciaux. J’ai aussi entendu que le livre en question risquait même d’être annulé s’il ne sortait pas dans les temps, alors qu’une grande partie du travail avait été effectuée. Brrr, j’ai préféré passer mon tour et céder ma place, à contrecœur. C’est là je crois que les optique divergent. Il y a ceux qui réalisent des livres pour les lecteurs et ceux qui vendent des boîtes de petits pois. Le mariage des deux semblent de moins en moins évident ;)

Mercredi 7 mars 2007

Faisez gaffe

Ecrit dans Coups de sang et grosses rognes. Lu 540 fois. 3 commentaires.

Anecdote énervante. En Corée, depuis quelques temps, c’est la mode des serrures électroniques. On nous vante les mérites de ces nouveaux systèmes à code, inviolables, plus sécurisés, etc. On en voit même maintenant avec reconnaissance d’empreintes digitales. Pour ouvrir, il faut donc soit le code soit de petites clefs électroniques (je ne connais pas le terme exact). Une simple pression de la clef et hop la porte se déverrouille. Au passage je signale que Séoul fait partie des villes les plus sûres du monde, l’insécurité ici ça n’existe pas et j’ai du mal à comprendre qu’on s’équipe ainsi alors que les risques sont réellement minimes. Une fois de plus je crois qu’on joue sur les peurs et la gentille naïveté des gens. Notre immeuble est plutôt récent, rénové il y a peu et l’ancien propriétaire avait fait installé une serrure de ce genre. Malheureusement le code a été perdu ou je ne sais quoi et nous n’avons que les clefs pour ouvrir. Mais jusque là tout va bien.
Hier en fin de matinée, je sors faire quelques courses. Je rentre et la porte refuse de s’ouvrir. J’ai beau tout essayer avec la clef, dans tous les sens, nettoyée, réchauffée, etc. Rien à faire et la serrure émet une douce mélodie irritante indiquant que la clef n’est pas reconnue. Le plus curieux c’est que j’étais déjà sorti plus tôt dans la matinée, et je n’avais pas eu de problème. Bon, je téléphone à mon épouse qui doit rentrer de son travail pour midi. Je m’installe au chaud (l’hiver coréen bat son plein, il devait faire -10°c) dans une boutique du coin et j’attends une heure et demi. Mon épouse arrive et on essaye par tous les moyens d’ouvrir la porte sans aucun résultat. Je me doutais bien qu’un jour on aurait des soucis avec ce binz. Très agaçant. A deux doigts d’aller ramasser un parpaing pour tout défoncer. Finalement nous appelons le fabricant de la serrure, Gateman, une marque archi-connue ici (il y avait un numéro de sav indiqué sur la clef, ils sont prévenants). Vingt minutes plus tard, un jeune monsieur Gateman arrive tout sourire. On explique le problème. Il nous fait la leçon en se moquant à moitié de nous car nous n’avons pas le code. Ces serrures sont faites pour être ouvertes uniquement avec le code dit-il et pas avec les clefs. Les clefs ce sont des bonus, au cas où, une «sécurité». En plus, nous explique-t-il tout à fait normalement, ces clefs fonctionnent très mal et foirent très souvent. Comme il y a à l’intérieur une petite puce, il suffit qu’elles tombent ou prennent l’humidité pour déconner.
Effarant d’entendre reconnaître que ça ne marche pas bien. Bon passons. Il nous dit qu’il peut ouvrir la porte, pas de soucis. Je m’attendais à ce qu’il sorte une clef électronique universelle de sa marque ou un code providentiel. Non, il a simplement sorti une perceuse de son sac. La même qu’on peut acheter au magasin de bricolage du quartier. Il a visé un point facilement identifiable au niveau du système d’ouverture. Et là, en moins de cinq secondes - j’ai compté - il a ouvert la porte et désarmé la petite alarme intégrée. Cinq secondes. Ahurissant. Pour des serrures réputées imprenables, c’est raté. En plus c’est certainement deux à trois fois moins de temps que pour forcer une serrure dite classique. Comme la serrure était fichue, il l’a remplacé et cette intervention - cinq minutes en tout - a coûté la modique somme de 230€. Si si vous avez bien lu…
Nous nous sommes renseignés après coup et il nous aurait même fait une fleur, une telle intervention coûterait plutôt dans les 400€ par un service autre que Gateman. Voilà une bien belle arnaque. Apparemment aucune méthode «douce» n’est prévue en cas de pépin. Je me suis dit qu’on aurait pu changer ce système pour éviter de futures complications et revenir à une serrure classique, mécanique. Mais quand j’ai vu à quel point la porte avait été modifiée pour accueillir cette serrure j’ai vite compris qu’il faudrait absolument tout changer. Pas de choix. Un habile traquenard. Un serrurier reconnu vous installe une serrure et quand ça merde vous vous retrouvez au pied du mur à payer le prix fort pour pouvoir entrer chez vous. J’ai aussi réalisé que la serrure fonctionne avec trois petites piles ! Je me demande bien ce qui se passe le jour où elles tombent à plat. On reperce et on repaye ? Du grand n’importe quoi. Pendant que monsieur Gateman mettait tout à jour, code et clefs, nous lui avons demandé, nous avons aussi fait remarquer que vendre des serrures high-tech avec des clefs qui ne fonctionnent pas ce n’est pas très honnête et piéger ainsi les clients c’est une belle arnaque. Il a pris soin de ne pas répondre. Il a eu de la chance que mes notions de coréen soient si limitées, quoique, je sais quand même dire «poulpe», «viande hachée», «en petits morceaux s’il-vous-plaît» ou «ça fait mal ?». Finalement, j’ai regretté de ne pas avoir tout fracassé avec mon parpaing.

Vendredi 15 décembre 2006

A éviter suite et fin

Ecrit dans Coups de sang et grosses rognes. Lu 515 fois. 11 commentaires.

A

propos des mes soucis avec Shadowrun, merci pour vos suggestions mais je suis un peu inquiet devant le côté justicier sur son cavalier blanc. Je sais bien que sur le principe c’est inacceptable d’être payé en retard et qu’une action en justice, tribunal ou autre, serait une réponse largement méritée. C’est bien joli de vouloir se défendre de cette manière mais malheureusement il me semble que ce n’est ni raisonnable, ni réaliste. A mon avis ça ne tient pas debout. Et ce pour différentes raisons. Tout d’abord se lancer dans de telles démarches prendrait certainement un temps fou avec un résultat incertain et couterait peut-être plus cher que le paiement attendu. Ensuite ça se complexifie car, dans ce cas-là, ça se passe aux États-Unis et on imagine sans peine les barrières à cause de la langue, des différences de législation, d’éloignement géographique, etc. Et pour finir je ne veux pas me fermer des portes. Ce qu’une action en justice aurait pour effet immédiat et il me semble définitif. Attaquer, que ce soit avec des éditeurs français ou étrangers, risque de braquer les personnes réduisant ainsi le problème à une simple confrontation du genre ah c’est la guerre. Avec en plus le risque de se faire une réputation de rigide et agressif, entre autres. Faut pas rêver, l’éditeur a mille excuses, certainement inacceptables, mais on n’est pas toujours là pour rectifier ce qui est dit. Je préfère laisser les portes entre-ouvertes et trouver des solutions intermédiaires et moins radicales pour ne pas être perdant sur toute la ligne.
Shadowrun fait partie des derniers boulots que j’ai traité sans trop me soucier des conditions, aveuglé et excité par le projet. Depuis, et à la suite de mes embrouilles de l’été dernier, j’ai vraiment fait le ménage. A pas de velours. Avec les éditeurs à tendance mauvais payeurs j’ai renégocié les contrats et imposé mes conditions. Ce qui a été accepté, parfois après de longues et difficiles discussions mais maintenant tout se déroule pour le mieux, c’est propre. Encore quelques détails à améliorer au fil des collaborations mais au moins je vais dans la bonne direction. Et dans tous les cas j’ai prévenu (sans menacer) que si ça foire c’est adios amigos. Par exemple avec l’éditeur Fanpro Allemagne je reçois maintenant 50% du paiement au moment du crayonné et le reste «normalement» à la remise de l’illustration finalisée. Ça ne me garantie pas encore de toucher la totalité mais l’éditeur a très bien compris le sens de ma démarche et surveille de très près tout ce qui me concerne pour éviter l’irréparable. J’ai aussi laissé une seconde chance à Green Ronin pour Warhammer en imposant une clause de pénalité aux contrats en cas de paiement en retard. C’est encore à l’essai, je verrai bien si ça incite à plus de rigueur.
Pour éviter d’être perdant sur tous les tableaux, j’ai invité, en douceur, les éditeurs à accepter mes conditions en mettant tout d’abord la barre très haute, du genre illustration contre paiement, pour être sûr d’obtenir ce que l’éditeur a à proposer de mieux. Ça tient parfois de la haute voltige et je fais très très attention à ce que j’écris, à bien formuler mes conditions pour éviter de froisser et m’assurer une victoire pas à pas. De ce fait j’ai aussi pu voir un peu plus clairement les sentiments des éditeurs au-delà de l’habituel mea culpa. Maintenant je sais exactement qui a réellement envie de travailler avec moi, qui ne veut pas me perdre et qui est prêt à faire des efforts pour que tout se passe pour le mieux. Je trouve que c’est quand même bien triste d’en arriver là mais comme le disait Swal en commentaire mercredi, l’éditeur a autant besoin de nous, que nous de lui. Grâce à ces petits aménagements je peux désormais travailler sur un pied d’égalité, j’ai des garanties et des moyens de pression (au cas où). Forcément un léger sentiment de crainte et méfiance réciproque s’immisce dans les relations mais je crois qu’il faut que la confiance se gagne et ça oblige à plus d’exactitude.
Finalement de ne pas être passé par la «case tribunal» quand j’ai eu des problèmes avec certains éditeurs me permet maintenant de gagner mes sous comme il faut et continuer à travailler sur des projets qui me plaisent avec la réputation de quelqu’un qui ne se laisse pas marcher sur les pieds tout en étant ouvert à la discussion. Je suis gagnant sur tous les fronts. Pour conclure je crois qu’étant donné que les méandres de l’édition ne permettent presque jamais de sortir les catapultes et lever des armées, il faut être on ne peut plus prudent et rigoureux en amont. Il vaut mieux éviter de se lancer dans une collaboration sans vérifier qui on a en face et négocier de bonnes conditions, tout simplement. Cela me semble beaucoup plus adapté à la réalité de la situation, plus sage et sensé.
Voilà fin de la discussion pour moi. Sur ce je range pinceaux, crayons et Internet pour une bonne quinzaine de jours. Un peu de repos. En attendant qu’on se retrouve début janvier, je souhaite à mes fidèles lectrices et lecteurs de bonnes fêtes de fin d’année.

Mercredi 13 décembre 2006

A éviter

Ecrit dans Coups de sang et grosses rognes. Lu 412 fois. 14 commentaires.

Avant de commencer je tiens à préciser que j’écris ce message à titre informatif. Partager une mésaventure pour éviter aux autres de tomber dans le panneau. Informer et prévenir. Je n’écris pas dans un but vindicatif ou revanchard car ce n’est pas mon genre ni mon habitude. D’autant plus que j’ai déjà dit ce que je pensais de la tournure des évènements aux personnes concernées. Je crois aussi qu’en partant d’une anecdote on peut se rendre compte de pratiques qui ont tendance à se généraliser.
Donc. En début d’année, au mois de février, j’accepte une commande d’illustrations noir et blanc passée par l’éditeur Fanpro aux USA pour le jeu Shadowrun. Shadowrun c’est un classique du jeu de rôle, classe, archi-connu, univers cyberpunk, trip futuristico-médiéval. Jeu auquel j’ai joué avec passion quand j’étais adolescent. La boucle était bouclée, j’allais pouvoir dessiner pour ce jeu qui m’a inspiré et dont les illustrations ont plus que certainement participé à mes désirs de devenir illustrateur il y a des années en arrière. Génial. Tout se déroule parfaitement, contrats en bonne et due forme, conditions correctes, tout se passe dans les temps, je rends les illustrations finalisées fin mars comme convenu. Tout le monde est content. Dans le contrat il est spécifié que le paiement se fera un mois après la parution du livre. Bon je ne suis pas vraiment fan de ce procédé, le livre devant sortir pendant l’été, soit plusieurs mois après la réalisation des illustrations. En plus je m’inquiète toujours d’un éventuel report de publication, ce qui éloignerait encore plus le paiement. J’avais quand même accepté parce que «c’est comme ça» et plus simplement parce que c’est Shadowrun. Le projet en valait la peine.
Le livre sort en juillet. Un bon mois après, début septembre, pas de paiement. Je précise aussi que je ne suis pas rigide au point de cocher les jours sur le calendrier. Mais bon, quand même, sur le principe il me semble que chacun doit respecter sa part du contrat et l’honorer. Je contacte l’éditeur et questionne, on me répond que les paiements ont pris un peu de retard, les sous arrivent, un petit peu plus de patience, la ritournelle habituelle, etc. Bon c’est plutôt courant, attendons. Trop accaparé par mes autres boulots en cours, je laisse cette affaire de côté et n’y pense plus. En octobre je me réveille et commence sérieusement à m’inquiéter. Je relance l’éditeur à nouveau. Réponse évasive. Et toujours pas reçu d’exemplaires du bouquin non plus. Encore un mois plus tard, en novembre, rebelote, je relance, plus pressant, rappelant les termes de notre accord et pas de réponse à ce jour. Après mes merdouilles de cet été je me dis que c’est encore la faute à pas de chance mais après une rapide petite enquête, je découvre que je ne suis pas seul dans cette situation et que d’autres ont eu des réponses alarmantes, pas de fric, paiements décalés, etc, les fournisseurs payés les premiers, etc, blablabla. J’ai réalisé ces illustrations il y a maintenant dix mois…
Voilà c’est comme ça, je me suis fait avoir une fois de plus et au-delà de ma petite anecdote je crois qu’il faut garder la tête froide. Dans le sens où certains éditeurs (je dis bien «certains», j’espère que ce n’est qu’un cas isolé) publient des livres, des jeux, basés sur des licences connues, réputées et excitantes. C’est fatalement attirant. Ce que j’ai déjà vécu avec Moongose et l’aventure catastrophique Starship Troopers (Mongoose par exemple profite aussi de licences aussi prestigieuses que Conan, Jeremiah, LoneWolf ou RuneQuest). A chaque fois je me suis laissé embarquer car l’enseigne était attrayante mais je découvre ensuite que derrière, en coulisses, ça ne suit pas et ça tourne vite au vinaigre. La prochaine fois je me renseignerai plus. C’est vraiment un binz à devenir complètement parano…

Jeudi 21 septembre 2006

Marre marre marre

Ecrit dans Coups de sang et grosses rognes. Lu 586 fois. 13 commentaires. Il y a un an, j'écrivais Le grimoire de Merlin.

Il y a des jours comme aujourd’hui où ça va mal. Et comme dit mon grand-père, «quand ça va mal, ça va mal». Il y a des jours où le métier d’illustrateur peut être particulièrement pénible. Comme aujourd’hui. Des jours où le cœur n’y est plus, où les pinceaux et crayons vont être délaissés. Des jours où l’on n’a plus du tout envie de se rouler par terre en poussant des petits cris d’animaux à la fin de la journée tellement heureux du travail accompli pendant les dures heures de labeur. Non, aujourd’hui je suis énervé et j’en ai marre.
Quand je suis rentré de vacances fin août, j’ai découvert avec stupeur un no man’s land bancaire. J’attendais plusieurs milliers d’euros pendant l’été et je n’avais rien reçu. Je suis bien loin d’être richissime et quand les paiements de plusieurs mois de travail n’arrivent pas, ça fait mal. Très mal. Depuis début septembre la situation s’était un peu arrangée - ce que j’avais cru naïvement - car j’avais finalement reçu certains paiements retardataires. Mais en revanche, d’autres sommes plus conséquentes ne sont toujours pas là. Je suis chanceux car on est plutôt du genre compréhensif à ma banque mais quand certaines limites sont dépassées, et dans les grandes largeurs, il faut bien passer à la caisse. Et c’est maintenant, après coup. Aujourd’hui j’ai donc découvert un prélèvement de frais de plus de deux cent euros pour compte non provisionné, etc, concernant cet été. Bon c’est comme ça, il n’y a rien de scandaleux et pas grand chose à faire, j’assume complètement, ça fait partie du contrat passé avec la banque et le problème n’est pas là. En plus je me rends compte que j’ai évité de beaucoup plus lourdes conséquences grâce à leur patience.
Ce qui me met hors de moi c’est que je n’y suis pour rien. J’ai signé des contrats, on m’a promis puis annoncé des virements et même après de nombreuses relances, j’en suis toujours au même point. Avec mes précédentes expériences douloureuses, je pensais être blindé face à ce genre de situation. Mais non, moi ça me coupe toujours les jambes, c’est extrêmement pénible et même démoralisant. Il n’y a pas grand chose à faire là contre non plus. Réclamer plus de garanties ? Se lancer dans des démarches fastidieuses et hasardeuses avec pour conséquence un climat de méfiance ? Non, je ne crois pas et ce n’est pas mon genre. Je tiens mes engagements, je respecte ce qui a été convenu et j’attends que ce ne soit pas à sens unique. Et de toutes façons ça ne changerai certainement pas grand-chose concrètement et je connais déjà les réponses. Je crois que je vais plutôt donner un coup de balai dans mon carnet d’adresse et me concentrer sur le travail avec les collaborateurs respectueux des engagements pris. Quitte à avoir moins de boulot mais du boulot agréable où on peut travailler sereinement sans doutes ou craintes. Du boulot où plus tard, une fois le travail imprimé on peut le regarder avec plaisir et en profiter sans se dire, ah oui là je me suis fait niqué pour le paiement ou je ne sais quoi.
Je me dis que je suis certainement malchanceux, c’est sur moi que ça tombe, pas de bol. Mais quand même, je constate que la tendance s’est inversée, ce genre d’inconvénients se généralise et la situation ne va pas en s’arrangeant. En ce qui me concerne bien entendu, je ne sais pas trop comment ça se passe chez les collègues. Mais mes collaborations qui se soldent par un franc succès sur tous les fronts (humain, artistique et financier) se comptent à peine sur les doigts d’une main. Ça devient de plus en plus difficile de travailler dans ces conditions surtout que j’ai d’autres choses à faire bien plus importantes (m’occuper de ma fille qui vient de fêter ses un an par exemple) que de perdre du temps à réclamer de l’argent. Ce qui en plus ne sert pas à grand-chose. Je crois que le terme le plus approprié pour ce que je ressens, et pas seulement aujourd’hui, depuis quelques temps déjà, c’est : usant.