Ecrit dans Digressions et tergiversations. Lu 744 fois. 1 commentaire.

L’année dernière j’avais réalisé une double page sur «La Guerre des monde» de H. G. Wells pour l’Encyclopédie du Fantastique et de l’étrange. Peu de temps après le film de Spielberg était sorti et je n’avais malheureusement pas eu le temps de le voir au cinéma, ma fille est née à cette période-là. Hier soir j’ai donc pu le voir et je me suis régalé ! Wouah ! Je ne m’attendais pas à un film aussi bon ! L’approche du scénario est impeccable, très terre à terre, Tom Cruise ne prend pas son avion pour tuer les aliens (à la Will Smith), toutes les scènes sont vraiment effrayantes, cauchemardesques, que des morceaux de bravoure, j’étais scié. Fascinant. Spielberg est vraiment un maître, c’est très bien raconté, la narration est fluide, inventive et j’ai été sidéré par certaines visions. C’était génial et ça faisait bien longtemps que je n’avais pas été scotché comme ça !
Ensuite j’ai pu voir le dvd bonus avec making-of et interviews. Passionnant, un très bon complément au film. Ça va de l’adaptation, scénario aux effets spéciaux & co, musiques & sons, etc. Très complet (sauf les interviews de Tom Cruise qui a l’air définitivement persuadé qu’il est le centre du monde). J’aime bien l’idée développée par le scénariste, David Koepp, de faire un truc «anecdotique», pas de capitales ou monuments historiques rasés, pas de militaires qui prennent tout en main avec des cartes et des plans, Tom Cruise ne monte pas dans un tripode pour le piloter et sauver le monde, Manhattan ne brûle pas, etc etc. On vit et on suit l’invasion du point de vue de cette famille, de ces trois personnes. En fait ils expliquent clairement qu’ils ont souhaité éviter tous les clichés et faire du neuf. Spielberg a voulu créer des images, des visions traumatisantes qui le traumatiseraient (ce qui explique la puissance de tant de plans !), et c’est le cas en plus, je ne suis pas prêt d’oublier certaines séquences. Le parallèle avec le 11 septembre est saisissant, Spielberg présente d’ailleurs son film comme une «réponse» aux attentats (sa manière d’exorciser le drame ?). D’où les séquences choc inoubliables, une sorte d’«hommage» en quelque sorte, comme Tom Cruise recouvert de la poussière des personnes désintégrées par les tripodes à la manière des pompiers et «zombies» recouverts des cendres du Word Trade Center, les scènes de panique, ou à la fin, le tripode mort encastré dans un building. C’est vraiment un film américain pour les américains (ce n’est pas un reproche pour une fois), l’ambiance étant très typique «américaine classe ouvrière de banlieue mon quartier d’enfance s’est fait rasé», il y a apparemment (et certainement) des subtilités et détails qui m’échappent dans les symboles et les sentiments, n’ayant pas subi cette épreuve et je me dis que le film doit être très éprouvant pour les plus meurtris. De mon point de vue je trouve très bien que Spielberg se soit concentré là-dessus en approfondissant son histoire et ses personnages sous cet angle et ne pas se sentir obliger d’internationaliser l’invasion.
J’ai trouvé ce film tout simplement excellent. D’une part parce que c’est un des plus intéressants et recherchés sur une invasion extra-terrestre, de tous points de vue, car il fait référence à un drame réel et terrible qui renforce son impact, une métaphore impressionnante. Et d’autre part parce que Spielberg a injecté tout son savoir-faire et son expérience du cinéma (au sens large, narration, mise en scène, cadrage, invention, traitement de l’image, esthétique, couleurs, etc) avec de nombreuses références au cinéma de monstres d’antan, une belle leçon. C’est à mon avis, un de ses meilleurs, un des plus aboutis. On peut aussi prendre ce film au premier degré, au niveau popcorn, un grand spectacle de science-fiction distrayant et bien mené, je me dis que ce film doit être «pas mal» aujourd’hui pour beaucoup et dans quelques années, avec le recul, on parlera de chef d’œuvre. J’ouvre les paris !

WW

Jeudi 16 février 2006

Elémentaire

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Cette semaine je mets en couleur deux couvertures pour les éditions Rageot. Deux romans fantastiques «Le duel des sorciers» et «Le jardin des sortilèges». Ces deux aventures bien ficelées m’ont tout de suite plu et fait penser à un film que je considère comme culte, un film qui m’a ouvert le monde du fantastique et de l’étrange quand j’étais gamin : «Le secret de la pyramide» (ou «Young Sherlock Holmes» en anglais). Film de Barry Levinson sorti en 1986, produit par Spielberg, retraçant un exploit de jeunesse de Sherlock Holmes alors étudiant. Sherlock Holmes et John Watson se rencontrent pour la première fois à la Brampton School of London. Alors qu’ils deviennent amis, de mystérieux suicides les poussent à mener l’enquête. Très vite leur esprit de déduction les conduira jusqu’au repaire d’une secte pratiquant des sacrifices humains…
Ce film m’a vraiment marqué car gamin il était d’une part très facile de s’identifier aux personnages et d’autre part j’étais à l’époque complètement fasciné par tout ce qui touche au fantastique. Le film regorgeait d’effets spéciaux saisissants, les mystérieux suicidés se donnant la mort suite à des visions cauchemardesques, un poulet rôti qui se «réveille» et passe à l’attaque, une statuette de démon qui s’envole, des choux à la crème vindicatifs, etc. Le clou du spectacle (et il me semble, le premier personnage entièrement en images de synthèse au cinéma), un vitrail descendant de son cadre dans une cathédrale pour massacrer un prêtre. Tout ceci m’avait bien secoué.
J’avais beaucoup aimé que les choses inanimées, sans vie, se réveillent. C’est l’idée que j’ai repris pour ces deux couvertures. De plus cela fit partie de l’imaginaire collectif, des peurs, mystères et intrigues «classiques», comme se balader la nuit en forêt et sentir les arbres bouger autour de nous ou imaginer un visage sur un mur de pierre. Donc là, pour «Le jardin des sortilèges», une gargouille sort d’une longue nuit, se tourne vers nous et pour «Le duel des sorciers», un masque égyptien qui passe de la pierre à la chair. Ce n’est pas évident à rendre en crayonné mais je vais mettre le paquet sur l’ambiance, tout en nuances et suggestions pour bien faire passer le côté «voilà des siècles que je sommeille et je suis de retour».

Rageot

Mercredi 16 novembre 2005

Guerres Stellaires

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Je suis fan de l’univers Star Wars, de sa mythologie. Je crois que, comme tous les garçons de ma génération, j’ai été fasciné il y a maintenant une bonne vingtaine d’année par les bestioles, les personnages, les ambiances, les planètes et cette philosophie, de l’épique dans l’espace. En revanche j’ai été très déçu par la nouvelle trilogie. Pas sur le plan technique, ni sur l’histoire, ni sur l’esthétique, ni sur l’imaginaire parce que là on en prend plein les mirettes, c’est une source d’inspiration formidable. J’ai été surpris de voir une narration plate, creuse, un manque de rythme terrible, je n’ai pas vibré et pourtant il y a matière, en plus j’étais ouvert, attentif, confiant et bon public. Je vais en faire hurler plus d’un mais j’ai eu l’impression d’être devant une pub Hasbro avec les mains des enfants en moins. Même avec toute ma bonne volonté je n’ai pas retrouvé le souffle Star Wars et je n’ai pas été transporté a long time ago, in a galaxy far, far away…
Cette semaine j’ai vu le making-of de «l’Attaque des clones», ces documentaires des seconds dvds des éditions collector. C’est passionnant, intéressant, on peut suivre la création pas à pas et sur le plan technique c’est bluffant et une fois de plus j’ai été épaté par la masse de travail accompli et l’énergie déployée. Cependant j’ai remarqué quelque chose de curieux qui a confirmé ce que j’ai écrit plus haut. On peut voir tout au long du documentaire un George Lucas très pointilleux sur la technique employée, limite pénible, très à cheval sur ce que les fans vont penser, être la hauteur de l’attente, ne pas trahir ce qui a déjà été fait, surtout ne pas sortir du moule, éviter le ridicule, etc. Par exemple on le voit pinailler et faire refaire plusieurs fois une scène de 25 images d’un Yoda numérique qui a chaque fois ne lui convient pas. On le voit lui et son équipe se mettre tous seuls des bâtons dans les roues, se couvrir de contraintes, de limites… Et, c’est là où je veux en venir, vers la fin du documentaire Lucas dit «Le cinéma tel que nous le connaissons consiste à raconter une histoire et de ce fait la technique est utilisée pour raconter une histoire, et c’est de cela qu’il s’agit. C’est vraiment le cinéaste et son aptitude à raconter l’histoire qui comptent à la fin»… Quel terrible aveu. A mon avis, le souci de cette nouvelle trilogie n’est pas dans le qu’en dira-t’on, ni dans l’effort technique et la surenchère d’effets spéciaux, ni même dans le concept de Star Wars… Il faudrait dire à monsieur Lucas que ce n’est pas parce qu’on a un bon sujet et un bon pinceau qu’on fait forcément une bonne peinture.

Lucas

P. S. :
Je poursuivrais les tutos un peu plus tard, une pause s’impose…

Mardi 12 juillet 2005

Disciple

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Ces temps-ci je sature un peu… Cela fait maintenant plus de trois mois que je ne me suis pas arrêté de dessiner plus de deux jours… J’ai hâte de boucler les projets sur lesquels je travaille pour pouvoir souffler un peu.
De manière générale je pense que ce n’est pas bon de dessiner non-stop. Bien entendu illustrateur est un métier qui requiert une certaine dextérité physique, un entraînement. Faire travailler ses mains. Un illustrateur ne fait pas que réfléchir puis dessiner. A force de dessiner avec acharnement on arrive presque toujours au pied du mur. De temps en temps il faut savoir faire des pauses, plus ou moins longues ou courtes, pour laisser infuser ce qu’on a appris et transmis à nos mains. Un peu comme pour le piano. Je me souviens des conseils de ma professeur de piano. Elle me faisait travailler un morceau sans m’arrêter, pendant de longues heures. C’était pénible, difficile et on ne peut plus répétitif. Nous poussions l’exercice jusqu’au point limite où finalement je ne savais plus jouer le morceau après l’avoir tellement joué, tant de fois. Epuisé, saturé, je n’arrivais à rien, les notes se mélangeant dans mon esprit, j’avais le sentiment d’avoir fait exploser le morceau, de l’avoir déstructuré à force de répétition. A ce moment-là ma professeur me disait de ne plus le jouer pendant quinze jours, laisser ce morceau de côté, ne plus y penser. Quelques semaines plus tard, devant le piano, ma professeur me demande de lui jouer ce fameux morceau. Sans partition. Je me rends compte que je l’ai oublié, il m’était sorti de l’esprit. Je prétexte que je ne m’en sens  pas capable. Elle insiste. Je pose les mains sur le clavier et mes mains jouent toutes seules ! Je regarde mes mains jouer avec facilité. Le fait de ne pas avoir joué ce morceau pendant un certain laps de temps m’a permis de le mûrir inconsciemment. Ensuite je n’ai plus eu besoin de partitions pour jouer ce morceau. Il était maintenant «dans» mes mains.
A mon avis c’est la même chose pour le dessin. On progresse par paliers. Quand on sent que ça coince, ça bloque, on n’avance plus, il faut faire une pause. Ne plus penser au dessin, lire, se balader, faire autre chose. Et quand ensuite on reprend, «ça roule tout seul». Ces jours-ci je cale et j’envie un certain personnage de bd…


 

Lundi 30 mai 2005

«Anio»

Ecrit dans Digressions et tergiversations. Lu 424 fois. Aucun commentaire. Il y a un an, j'écrivais Pirate forever.
En Corée tout le monde travaillant beaucoup et très tard, le journal du soir est à 21 heures, à l’américaine, une cadence infernale avec logos agressifs et musiques de film d’action, ensuite s’enchaînent quelques «dramas» coréens, des séries insipides à la sauce Santa Barbara, encore un journal vers 23 heures, plus calme et enfin un film, à minuit. Ce soir, donc, au journal à 21 heures, le PPDA coréen, monsieur Ohm Ki-Young toujours très classe, expliquait aux coréens le «non» français. La cuisine interne française n’était pas abordée, certainement trop complexe, on parlait plutôt de la construction de l’Europe, son évolution et les répercussions des choix et décisions des différents pays. Je crois que les coréens ne se passionnent pas vraiment pour l’Europe mais imaginent une future très grande puissance, comme les Etats-Unis, peut-être une alternative. Et je me dis qu’un «non» doit laisser perplexe…