es jours-ci je termine les illustrations sur Francis Drake, une bonne trentaine. La dernière ligne droite, jusqu’au 25. C’est plutôt sympa à réaliser, je crois bien que je n’avais jamais mis en images cette époque. J’ai déjà la mise en pages, quasi-définitive, ce qui me permet de caler au mieux les illustrations et surtout de jeter un œil sur ce que ça devrait donner au final…

‘est un peu ma semaine « je crayonne » (j’en ai d’ailleurs un peu marre et j’ai hâte de reprendre les pinceaux). En attendant, voilà le crayonné d’une des illustrations pour la nouvelle extension du jeu Pirates. Pas grand chose à dire là aussi, si ce n’est que l’ambiance sera rouge, orangée, genre coucher de soleil tourmenté apocalyptique… Tout un programme et c’est toujours aussi amusant de dessiner des tentacules.

t non, je n’ai pas été kidnappé par les services secrets chinois en pyjamas noirs ni jeté dans un cachot à la frontière nord-coréenne à cause de mon dernier message. Je vais bien, simplement trop accaparé - entre autres choses - par la préparation de mon projet perso d’album illustré. En fait j’ai monté le dossier pour faire une demande de bourse au CNL (Centre National du Livre) et la date limite c’est le 10 avril. Après plusieurs jours difficiles et de longues nuits studieuses, j’ai envoyé mon paquet dans l’après-midi, ouf, un peu à l’arrachée. Le CNL propose des bourses d’écriture pour permettre à un auteur de dégager du temps libre pour mener à bien un projet d’écriture et de publication. Plus d’infos par ici. Je trouve que c’est vraiment une belle initiative ! Pour ma part, étant très loin d’être richissime, je souffre souvent du rapport complexe temps/argent/travail et il m’est bien difficile de travailler « pour moi », si vous voyez ce que je veux dire… Avec une bourse je pourrai enfin souffler un peu, dégager mon horizon pour quelques temps et travailler librement sur ce projet, sans pression ni contraintes. J’en rêve.
Car cela fera dix ans cette année que j’exerce ce métier. Dix années à illustrer des albums, des couvertures de romans, des jeux de société, dans le cadre de commandes. Mais je n’ai jusqu’à présent jamais travaillé « en solo », à la fois pour l’écriture et l’illustration d’un album. Même si, au fil des commandes et propositions, j’ai pu peu à peu mettre en place un univers, l’enrichir et le développer, j’ai toujours été lié à un cahier des charges dicté par l’éditeur. Pour ces diverses réalisations, j’ai le plus souvent pu profiter du travail à effectuer pour amener ma propre vision : ambiances, personnages, gammes de couleurs… Malgré le fait d’avoir à suivre des directives, j’ai toujours travaillé avec passion et n’ai aucun sentiment de frustration. Mais je ressens de plus en plus l’envie de pouvoir mettre sur le papier les aventures, les mondes, les atmosphères, idées, couleurs et images que je conserve dans un coin de mon imaginaire. Afin de pouvoir développer, donner un sens à mes univers et les partager avec les lecteurs. Les faire rêver, se questionner, vibrer.
Voilà donc mon « Vitalis, explorateur naturaliste ou l’extraordinaire retour à l’aventure ». Je ne vais pas partager le texte intégral, une quarantaine de pages, car je souhaiterais réaliser un album avec un fort rapport texte-image, où les deux seraient indissociables. Par exemple, certains détails suggérés ou non dits dans le texte se révèleraient dans les images. Cela me permettrait d’amplifier le mystère et d’inviter le lecteur à participer. Cette aventure s’adresse aux 11~13 ans, grands enfants ou jeunes adolescents, celles et ceux qui n’ont pas encore goûté aux joies du fantastique avec un grand F.
La commission du CNL se réunit en juin pour décider du sort des projets. Je croise les doigts et en attendant, je vous propose l’accroche de l’histoire, un peu comme ce qu’on lit au dos des bouquins pour appâter le lecteur :
On m’appelait Vitalis l’explorateur-naturaliste. Je sillonnais le monde accompagné de mes fidèles compagnons. Tout ce qui sortait de l’ordinaire, les bizarreries et curiosités de la nature, nous passionnait. Eléphants zébrés aux défenses noires comme la nuit, cerfs albinos à deux têtes, curieux ossements à la taille démesurée pointant vers les cieux, étranges petits hommes à la peau rouge et aux cheveux de feu, tel était notre quotidien. Nous nous rendions immédiatement sur place afin de lever le voile sur ces mystères, et tout ce que nous découvrions était annoté, reproduit sur le papier, dessiné, peint puis archivé. Ce qui, à chaque retour de voyage, faisait le bonheur des musées et autres lieux d’études. Je fis un jour une curieuse rencontre. Lors de l’inauguration de la tour Eiffel, on me présenta un mystérieux personnage, « l’Homme-taupe ». Ce qu’il me proposa dépassait de loin toutes mes espérances. Il prononça ces quelques mots qui allaient changer ma vie à jamais : « J’ai la plus incroyable et inimaginable des expéditions à vous proposer et je sais que vous ne pourrez refuser quand vous aurez entendu ce que j’ai à vous dire. »

e mini-tutoriel est la suite de celui-ci, 6. Le sort d’éternité. La tentation de l’ombre est le deuxième tome des Revenants de Jean Molla. Notre héros Quentin va être confronté cette fois-ci à une étrange jeune fille aux mystérieuses capacités. Comme je l’écrivais à propos du premier tome, le principe est simple. Un élément fort sur la couverture, un personnage sur la quatrième et sur les rabats, des éléments, motifs, détails, complétant l’illustration et donnant quelques indications sur l’ambiance de l’histoire. Nous avions convenu de mettre en avant la jeune fille ténébreuse. J’ai tout d’abord fait trois crayonnés rapides pour trouver le bon angle d’approche. Sur le premier on ne voyait pas grand chose. Sur le second la jeune fille était un peu trop aguicheuse et ses ailes trop «démoniaques». Le troisième était sur la bonne voie mais peut-être trop à fond dans le fantastique, on en dévoilait un peu trop tout de suite au lecteur. J’ai finalement supprimé les ailes et «modernisé» la jeune fille en l’habillant à la mode gothique (ce qui colle à l’histoire). J’ai aussi modifié le héros pour qu’il ait plus le look des jeunes starisés en vue, Elijah Wood, Tobey McGuire & co. Il faut aussi laisser pas mal d’espaces dégagés pour ne pas gêner la lisibilité des titres, logos et textes. On s’était dit aussi que comme il y aura quatre tomes en tout, il est intéressant voire capital que chaque tome ait sa propre personnalité tout en conservant la même structure d’image. Donc un premier tome dans les tons ocre et terre d’ombre, un second tome à la gamme dominante bleue…en attendant le troisième ;)






n novembre 2005, j’avais réalisé les illustrations pour le jeu Spartacus. C’est Asmodée qui m’avait passé commande. C’était une réalisation en sous-traitance, Asmodée faisant l’intermédiaire entre le commanditaire et moi. La réalisation s’était très bien déroulée, j’étais enchanté par ce travail. Une grande liberté, un sujet intéressant et le tout bien payé. L’illustration de couverture m’avait d’ailleurs servi de support pour créer la majorité des tutoriels que je partage ici.
J’avais remis les illustrations fin novembre 2005 et Asmodée s’était occupé de la finalisation du produit pour le livrer ensuite au commanditaire. Puis c’est le flou complet. Pendant des mois et malgré mes relances, je n’ai pas eu de nouvelles précises concernant le jeu et le sort réservé à mes illustrations, parution, exploitation, diffusion, etc. C’est toujours le cas à ce jour. Bon, d’un côté je suis heureux car artistiquement ce fut une belle aventure et je suis plutôt fier de ce que j’ai fait. Mais d’un autre côté c’est un joli coup d’épée dans l’eau. Car même si j’ai été payé comme il faut (heureusement), des illustrations qui restent dans un carton c’est de la visibilité en moins, de la pub en moins et surtout, surtout, le plus important à mes yeux, une rencontre manquée avec les joueurs… C’est même encore un peu plus complexe que ça car je ne sais pas où sont les illustrations actuellement (pas les originales, bien entendu, qui sont chez moi mais leurs «exploitations») ni à quelle sauce elles seront servies. Il y a là quelque chose qui coince du point de vue moral dans cette histoire. Je ne produis pas des objets à la chaîne. Je crée des «œuvres originales» (c’est le terme) et j’aime bien suivre la vie de mes illustrations et des produits auxquelles elles sont liées. Ces images font partie de mon «œuvre» (en espérant que ça ne fasse pas trop prétentieux) et rester dans le flou est plutôt désagréable. J’ai un peu le sentiment d’avoir perdu mon chat, si vous voyez ce que je veux dire. Enfin bon, j’espère que le jeu sortira un jour et prendra sa place comme il se doit, que je n’ai pas fait ça pour «rien»…
A la suite de récents échanges avec Pierre-Nicolas Lapointe qui s’occupe du site consacré aux jeux de société JesWeb et qui se demandait justement où en était le jeu Spartacus, je me suis dit qu’un an et demi après la réalisation, il y a un peu prescription. Et comme j’aime bien montrer ici une réalisation dans son entier (de l’idée de départ en passant par les crayonnés, les illustrations pour finir par le produit publié), je ressors les visuels de la maquette (sans les textes) afin de compléter et boucler en partie le cycle lancé par les tutoriels présentés. En attendant d’en savoir plus. Patience est mère de sureté comme dirait l’autre ;)










