our cette deuxième tribune (la première c’est par ici), je laisse la place à Laure. Je connais bien Laure car nous avons suivi la même formation à l’Ecole Emile Cohl durant trois années de dur labeur. Une fois nos diplômes en poche, nous avons suivi nos petits bonshommes de chemin tout en gardant le contact. Aujourd’hui Laure est illustratrice et libraire. Je lui ai demandé de nous faire part de son expérience d’illustratrice-libraire et son regard sur cet autre pan du métier du livre. Son message est rafraîchissant, apaisant, enjoué et rassurant, une vraie bouffée d’air en ces temps parfois un peu maussades où la grogne et les plaintes sur le métier ont tendance à se généraliser. Laure tient aussi un joli blog, à l’adresse suivante, le blog à laure. En piste et je laisse une semaine en haut de l’affiche :
Bonjour !!
Voilà qu’après Philippe-Henri Turin c’est moi qui m’y colle !
Alors moi je m’appelle Laure Monloubou, et je suis auteur et illustratrice jeunesse et vendeuse en librairie ! Non pas que travailler plus pour gagner plus soit mon credo, non, non, moi c’est surtout travailler tranquillement pour être tranquille dans la vie.
Car, vous le savez sans doute, il n’est pas si aisé de ne vivre que de la création (quand je dis vivre c’est de pouvoir varier les repas ; les nouilles c’est bon, mais trop longtemps, ça perd de son charme), et j’ai donc choisi de travailler « à côté » pour gagner juste ce qu’il faut pour le loyer et les basses dépenses de la vie qu’on est obligé de toute manière. J’ai aussi choisi de travailler à l’extérieur pour me sortir un peu de mon bureau qui me rendait autiste, même à ma boulangère je ne parlais plus ! C’est vous dire !
Par chance (par grande chance, je m’en rends compte aujourd’hui) j’ai trouvé ce travail en librairie.
Depuis six ans, je fais des livres quand ça vient, et je vends des livres 2 jours par semaine !
Beaucoup de gens me disent souvent : « mais ça te déprime pas de voir TOUS ces livres qui sortent TOUS les jours !!!! », et bien écoutez non, même limite ça m’emplit de joie ! Moi j’adore les livres, je ne peux pas me plaindre qu’il y en ait plein ! J’entends aussi que ça va tuer le marché toute cette production, et, je ne sais pas, mais, les livres forts restent, les livres qui apportent quelque chose résistent et deviennent vivant pour de bon. Moi je me dis que si mes livres ne restent pas en librairie c’est qu’ils ne sont pas encore assez aboutis, assez forts. Tous les livres ne peuvent pas devenir des best seller ça c’est sûr, mais certains, tranquillement, s’installent dans les bacs et y restent. Vu depuis moi, je trouve les choses assez justes, bien sûr il ne faut pas compter les Dora et autres Charlotte qui sont toujours en haut des ventes, elles ne prennent la place de personne à mon sens, elles ne sont pas des livres comme on l’entend.
Et puis je n’ai pas peur, les gens sont attachés aux livres, ils les aiment vraiment, que ce soient des mamies, des enfants, des jeunes gens, le livre crée toujours son émotion.
Et puis d’être en librairie m’a vraiment donné une culture du livre jeunesse que je n’avais pas vraiment : autant dans la connaissance des auteurs et illustrateurs classiques que dans la découverte des nouveaux qui montent ! J’ai sous les yeux tout ce qui se fait, je vois un peu les tendances, les « modes », et je vois comme tous les auteurs et tous les styles ont leur place ; Martine est toujours là, mais la petite taupe avec son caca sur la tête fait des adeptes, et Pakovska et Herbauts ont leurs fans !
Et pis aussi je vois si Vincent travaille bien !!!!!
Ce qui est fort tout de même au métier de libraire, c’est qu’il peut vraiment influer sur la marche d’un livre ; un libraire peut vraiment « porter » un livre, le soutenir, et l’emmener très loin !!!!! Tout comme il peut choisir de ne prendre qu’un volume d’un bouquin et de le mettre directement dans le bac plutôt que de le présenter sur table ! Comment se fait ce choix, et bien la plupart du temps, le libraire est libre, et si un livre lui plaît fortement beaucoup, il peut décider d’en prendre 80 et de tout faire pour le placer auprès des lecteurs ! et inversement, s’il ne voit aucun intérêt à un livre, et bien il n’en prend qu’un et le range… Il est vrai que dans certaine grande structure de librairie, certains titres sont imposés, ils DOIVENT figurer très fort dans la librairie, une mise en place avec l’éditeur, une « opération » est mise en place, une quantité importante de livres est achetée avec une remise plus importante pour le libraire, et donc là le truc c’est d’en vendre plein !!! Mais cela ne donne pas la qualité du livre : il y a des opérations sur des éditeurs topissimes, et des opérations sur un titre parce que c’est LE titre, et si tu le fais pas les autres librairies elles se moquent (et tu perds de l’argent). Par exemple, faut être bête pour pas prendre le dernier Dan Brown, le gars du Da Vinci Code, parce que sinon là c’est louper des ventes bêtement ! Et puis comme ça, avec l’argent de Dan Brown on peut tenter le coup d’acheter un petit livre chez un petit éditeur, même si on sait bien qu’il est plus pour un publique averti.
Enfin tout est encore possible en librairie ! Je ne sais pas trop pour les grandes « chaînes », mais pour l’instant, les libraires peuvent encore faire leur travail, et ils choisissent leurs livres, et ils les placent comme ils veulent !
Laure.
J’ai passé une enfance bucolique et heureuse dans les belles montagnes du Jura, où naîtra mon amour immodéré du dessin et de la sieste. Bien que dessiner dans les marges fut très marrant, la spécialiste en orientation du cio trouva fort avisé de me conseiller la filière S, donnant un bac S, qui faisait que je pouvais faire du droit. Je me conseillai alors moi-même vers un bac A3 (pour la jeune génération qui nous lirait, le bac A3 ne correspond à plus rien de nos jours, me semble-t-il ?). Bac en main je m’en fus à la grande ville de Lyon faire une école de dessin spécialisée en dessin. Ensuite la route de la gloire ne fut pas sans embûches, et je connus les joies du travail en studio de dessin animé, où je coloriai les décors des séries tv sur un grand ordinateur. Le fait est que je fis cette expérience à Angoulême, ce qui m’amena à connaître des Angoumoisins, et qui dit Angoumoisins, dit bédéteurs (gens qui font de la bd). Ceci étant, j’eus ainsi une approche de la bd très fort sympathique en la personne des habitants de l’Atelier Sanzot (oui, oui, comme dans Tintin). Et puis je suis repartie pour la grande ville lyonnaise et connu alors mes débuts en parutions et autres joies qui vous font ouvrir le champagne parce que quand même c’est pas tous les jours. Je trouvai ensuite mon travail à la librairie, ce qui me permit de me nourrir, ce qui n’est pas rien quand on veut vivre. Et puis, un jour, un ami me mit sur la voie de mon éditrice, madame Kaléidoscope, une dame qui aima mon dessin, qui aima mes histoires, et que moi j’aimais aussi à travailler avec elle, ce que je fais toujours aujourd’hui !!! Avec bonheur !!!
Louise et ses petits tracas, Milan BD, Treize Étrange, 2004
Ghislain, Kaléidoscope, 2006
Hippopo et Sourisso, Kaléidoscope, 2006
Jacinthe, Kaléidoscope, 2007

oilà que ma tribune prend vie et c’est Philippe-Henri Turin qui ouvre le bal. Je ne connais pas encore Philippe-Henri personnellement, nous nous sommes seulement croisés sur des salons et nos illustrations se côtoient en librairie. Quand j’étais en fin d’études à l’Ecole Emile Cohl, en deuxième et troisième année, on nous parlait souvent des Turin, Durual, Roca, Mansot, Graffet et d’autres, comme exemples d’illustrateurs accomplis sortis de l’école avant nous. Ca nous boostait sérieusement, une forme d’idéal à atteindre et je suis très content d’échanger avec Philippe-Henri aujourd’hui. Je lui ai proposé de nous raconter la réalisation de son dernier ouvrage, son périple Tendres Dragons. Il me semble que c’est une aventure atypique, très éloignée de la simple commande habituelle. Un véritable travail d’auteur. Une volonté, une exigence de qualité et une ténacité impressionnantes. Un travail de titan durant deux années, pas loin de 200 pages… Un véritable Everest. Je suis enchanté que Philippe-Henri ouvre le bal car son récit apporte un nouvel éclairage sur le milieu de l’édition et la réalisation d’un livre. Ci-dessous, le témoignage suivi d’une petite bio et d’une biblio.
Pour avoir un aperçu du livre, quelques échantillons sur Amazon, c’est par là et pour découvrir le travail de Philippe-Henri, je souligne sa participation au collectif sur les Dragons (encore !) de la Galerie Daniel Maghen, c’est par ici (une de ses illustrations, en bas à gauche, le dragon crachant le feu).
Voilà, je laisse la place :
Je m’appelle Philippe-Henri Turin et suis illustrateur pour l’édition-jeunesse depuis 18 ans. Mon Dieu ! Voilà qui ne nous rajeunit pas. Vincent m’a demandé de raconter une expérience qui m’est arrivée et qui, paraît-il, pourrait intéresser une ou deux personnes sur ce blog. Il a décidé de créer une nouvelle rubrique à la suite de ses articles sur la profession et des commentaires qu’ils ont suscités. Donc s’il faut commencer par un bout cette histoire, commençons-la par le commencement.
Il y a près de quatorze années, Sylvie Chausse, un auteur avec qui j’ai l’habitude de travailler, écrivit un texte, un abécédaire pour être plus précis, sur le thème des dragons. En ce temps-là, (on pourrait croire que je parle du temps des pharaons !) les livres sur les dragons en France, n’étaient pas monnaie courante, pas comme maintenant en tout cas. Nous étions donc persuadés de tenir un bon « filon ». L’éditeur de cette époque me demanda de faire des essais, ce que je fis, enthousiaste, bien que n’aimant pas cela. Je ne suis jamais bon dans cet exercice. Je trouve qu’il est impossible de faire le même travail à l’essai et au final. Et Malheureusement, comme je le prévoyais, les essais, malgré ma bonne volonté, ne furent pas à la hauteur des espérances de l’éditeur et je fus remercier, à juste titre au vu de ces quelques dessins que j’ai encore en ma possession. L’auteur dut retravailler son texte plusieurs fois jusqu’à écœurement. De plus, l’éditeur commençait à penser qu’un livre sur les dragons, ça ne marcherait jamais dans notre pays. Des visionnaires ! Sylvie repris le tout, le rangea dans un tiroir qu’elle ferma soigneusement pendant plusieurs années.
C’est la rencontre, en 2004, avec un tout tout petit éditeur mâconnais, avant tout imprimeur, et qui a depuis disparu, qui a relancé le projet des dragons.
En effet, devant sa demande, nous avons présenté cette idée d’un abécédaire aussi amusant qu’instructif. En effet, entre le moment où le livre avait été imaginé et cette nouvelle rencontre, nous avions trouvé tout un tas de documents relatifs aux dragons. Ces animaux n’étaient pas seulement des bêtes d’héroic-fantasy ou du moyen âge mais également des animaux liés à toutes les civilisations du monde. Voilà le thème principal de notre ouvrage. Il ne me restait plus qu’à faire des essais encore une fois. Mais là, je refusais tout net. Soit je travaillais tout de suite, projet accepté, soit je ne faisais pas de dessins. Par la suite, je montrais quand même mes deux premières illustrations à cet éditeur qui, rassuré, nous laissa faire notre travail tranquillement. L’avance en monnaie sonnante et trébuchante fut des plus ridicules, compte tenu du fait que je savais pertinemment que je devrais travailler au moins un an et demi sur ce livre. Mais j’avais fait un choix : celui de faire le livre que je voudrais comme je le voudrais avec la certitude au bout du compte d’avoir une maquette que je pourrais travailler avec l’éditeur ainsi qu’un ouvrage parfaitement bien imprimé, ce qui n’est pas le cas habituellement. Je pense que tous les illustrateurs ont eu des désillusions en voyant leurs livres revenir de l’impression. La perte est inévitable certes, mais parfois elle est carrément scandaleuse. Bien peu d’entre-nous, je parle des dessinateurs, peuvent suivre l’impression et discuter avec l’imprimeur. Et puis les coûts et les raisons économiques font qu’on regarde à deux fois avant de faire refaire le travail. Bref là, je tenais un éditeur qui était avant tout imprimeur et un très bon imprimeur qui plus est.
La décision prise, le coup de feu fut donné à la fin octobre 2004. Le travail sur le chemin de fer me prit un mois et demi. Je cherchais mon format, ni trop grand ni trop petit, regardais les livres déjà imprimés et choisissais un format viable économiquement et artistiquement qui fut accepté par l’imprimeur-éditeur. Je n’ai plus revu mon éditeur, ou peu s’en faut, jusqu’à sa faillite un an et demi plus tard.
Entre temps j’avais déjà fait près de la moitié du livre, du moins je le croyais à ce moment-là, car celui-ci augmenta un peu en pagination après notre visite de la magnifique exposition sur les dragons en Moselle, exposition qui partit ensuite à Paris puis au Québec…
J’avais donc travaillé sans direction ni indication d’aucune sorte que les miennes. Juste mon bon vouloir, ma volonté, mes désirs : en somme le rêve ! Et le cauchemar également car je n’avais personne à qui demander si je prenais la bonne direction. Mais cette liberté, je ne l’aurais échangée contre rien au monde. J’avais fait mon chemin de fer sans rien demander à personne, ni le montrer. Il faisait déjà plus de 150 pages et ne tarderait pas à atteindre les 200 pages. Bref, un truc idiot qu’il ne faut jamais faire, mais je l’ai fait quand même. De son côté, l’auteur augmentait aussi son manuscrit. Nous n’en faisions décidément qu’à notre tête, des deux côtés. Pour une fois, nous aurions notre livre, un bébé joufflu et gras, bien rose et bien vivant et pas un poupon en plastique.
Puis patatras, tout se cassa la figure. Notre éditeur disparut. Fini le rêve. Jusque-là, je ne gagnais rien en travaillant sur le livre, mais au moins j’avais la certitude de le voir tel qu’en mon rêve et tout à coup, plus rien. J’ai alors travaillé près de cinq mois sans savoir si notre projet trouverait un autre éditeur. Un moment dur à vivre mais un moment très instructif. J’ai su que je pouvais me passer de filet de protection. Et puis je n’avais plus vraiment le choix. J’avais trop donné à ce projet, il me fallait le finir maintenant.
Avant notre arrivée chez Belin, grâce à une amie, auteur également, j’avais déjà plus de 80 dessins dans mon sac. Elle présenta le projet au salon de Paris en 2006 et ramena dans son escarcelle plusieurs éditeurs dont Belin que nous avons finalement choisi avec Sylvie Chausse. Mais là encore, j’ai posé mes conditions. Si j’ai pu le faire, je le sais, c’est parce que plusieurs éditeurs étaient sur le coup ; la loi de l’offre et de la demande. Sans cela, je suppose que je n’aurais rien pu discuter mais juste dire oui ou non. je n’ai pas voulu d’avance pour moi afin de pouvoir discuter un bon contrat, une évolution rapide et de bons pourcentages, sans parler de tout un tas de petits points très précis qu’il serait trop long de détailler ici. Je sais que ce que je dis peut choquer beaucoup de monde. Je sais que l’avance est nécessaire et même indispensable pour vivre, manger et payer son loyer mais c’est un choix tout comme d’être libre entièrement sur le projet. Nul ne m’y a obligé. Mais je ne le conseille à personne sauf si on se sent passionné au point de ne plus pouvoir en dormir. Il faut être sûr de soi et savoir qu’on va sans doute dans le mur en travaillant de cette manière. Pour nous, tout se termine bien (sauf si les gens ne l’achètent pas en masse ! Soyons bassement vénal !) mais ça aurait pu être très différent. Nous aurions pu nous retrouver, Sylvie et moi, avec un travail inutilisable et deux années et demi de sueur, d’angoisse et de plaisir pour rien.
Mais comme je l’ai déjà écrit plus haut dans cet article que j’espère pas trop ennuyeux, la liberté est un luxe qui se paye très cher. Mais quel plaisir, aujourd’hui, de voir ce livre exister et lut par des grands et des petits. Et de savoir que Vincent va pouvoir le regarder à l’autre bout du monde avec sa femme et sa petite fille.
Pour tout ça, ces efforts valaient le coup.
Voilà, dans l’espoir que ce témoignage vous aura intéressé, je vous souhaite une bonne fin d’année 2007 et pour tous ceux qui écrivent ou dessinent pleins de projets fabuleux que j’aurai hâte de lire dès leur parution.
P.S. :
En me relisant avant d’envoyer ce texte à Vincent, je m’aperçois qu’un point pourrait porter vraiment à controverse, celui de l’avance. Je sais qu’il est normal et même souhaitable d’avoir une avance pour faire un travail. C’est même la moindre des choses qu’un éditeur court un petit risque en nous payant un peu, voire beaucoup pour un nombre infinitésimal d’auteurs, avant même la vente d’un livre. Toutefois, comme chacun le sait, l’avance n’est qu’une avance. La Palice n’aurait pas dit mieux. En résumé, l’avance sur les droits à venir sera d’autant plus importante que vous êtes important. Vous remarquez que je n’ai pas dis : « que vous êtes un grand artiste ». Si certains romanciers reçoivent une avance hallucinante, ce n’est pas parce qu’ils sont des génies (seul le temps le dira et fera l’écrémage) mais parce qu’ils sont de bons vendeurs, souvent très médiatisés.
Pour ma part, je ne suis rien de tout cela. Ni génie, ni bon vendeur. Donc, après 18 ans de carrière, il m’a fallu faire ce sacrifice. Je ne l’approuve pas, mais il était nécessaire pour faire ce que j’ai fait. Aucun éditeur n’aurait voulu de ce projet au départ. Seul un micro-éditeur l’a accepté. Or ces gens, malgré leur bonne volonté et leur audace souvent incroyable dans leurs choix éditoriaux, n’ont assurément pas la trésorerie d’un Gallimard ou d’un la Martinière.
Si par la suite, avec Belin, j’ai fait le même choix, la raison en est que j’avais déjà fait trop de travail pour me laisser mener par le bout du nez. Une petite avance ou rien, pour moi, c’était identique. J’ai choisi de poursuivre dans cette voie, à mes risques et périls. En effet, si le livre ne se vend pas ou peu, je ne gagnerai rien après deux ans et demi de dur labeur. Mais j’ai aussi fait le choix d’une carrière à risque. Je ne suis ni fonctionnaire ni salarié. Et ce choix, nous l’avons tous fait, n’en déplaise à quelques auteurs grincheux.
Ce que je n’accepte plus, en revanche, c’est la petitesse des contrats d’édition, les closes inadmissibles et le dédain avec lequel nous sommes parfois traités, alors même que nous sommes les chevilles ouvrières du système. Sans auteur, plus d’éditeurs. Il serait juste que les auteurs jeunesse puissent bénéficier du même type de contrat que certains auteurs « adultes ». Après tout, les pourcentages sur les ventes devraient être très importants. Si on ne vend pas, on ne gagne pas (normal), mais si on vend, on ne doit plus être considéré comme la cinquième roue du carrosse (ce qui est trop souvent le cas). Si l’argent rentre dans les caisses, nous devrions, nous aussi, en profiter. En profiter vraiment. Ce serait la moindre des choses. Certaines situations aujourd’hui sont insupportables et indignes. En disant cela, je crois exprimer la pensée de beaucoup d’auteurs et d’illustrateurs.
En effet, beaucoup d’entre nous discutent là-dessus et même certains ont créé depuis peu un syndicat afin de se battre et de faire reconnaître nos droits et de les améliorer, ce qui ne serait pas un luxe, croyez-moi. Mais tout ceci, ne m’empêche pas de dire également que sans éditeur, plus de livres publiés. Et des auteurs qui resteraient avec des projets inutiles pleins leurs cartons à dessins.
Voilà, je me suis bien excité, maintenant je vais me reposer et commencer un nouveau travail. Un clou chasse l’autre avec à chaque fois, l’espoir de tenir le bon « filon », la perle rare qui va nous permettre de mettre un peu d’argent de côté. Mais c’est une perle des plus rares assurément, une perle noire !
Bien à vous et bon travail.
Philippe-Henri Turin, un illustrateur heureux malgré tout.
Le villeurbannais Philippe-Henri Turin est né en 1963 à Lyon, une ville où il a appris les bases de son métier d’illustrateur d’abord aux beaux-arts puis à l’école Emile Cohl. Après une année passée aux studios Folimage de Valence, sous la direction de Jacques-Rémy Girerd, d’abord comme intervalliste puis comme animateur, il a rapidement pris son envol en solitaire, préférant le travail d’illustrateur indépendant, et depuis le début des années 90, il dessine pour les petits et les grands enfants. Dans la presse jeunesse, il collabore à différentes revues, essentiellement pour Fleurus ( « je lis des histoires vraies », « 1001 Histoires », etc…). Il a aussi dessiné pour différentes collections des éditions Milan (Zanzibar, Contes traditionnels…). Mais il est un peu plus connu pour son travail à l’Ecole des loisirs, une maison d’édition où il se sent particulièrement bien, en collaboration avec Alex Cousseau, l’auteur des textes. C’est d’ailleurs le petit succès de ces livres qui lui ont permis de travailler uniquement sur l’ouvrage des dragons pendant plus de deux années sans interruption et qui lui ont permis de rencontrer des éditeurs passionnés chez Belin. Philippe-Henri Turin est, par ailleurs, l’auteur de deux textes, Warf le pirate et La Bombarde, tous deux publiés au Seuil jeunesse.
Les Ogres (Turin/Durual / texte de S.Chausse/ éditons Albin Michel-1993)
Warf le pirate (Texte de Turin/ Illustrations de C. Durual / Seuil jeunesse- 1993)
Bartelby (Turin/ Texte adapté de H. Melville/ GrimmPress-2004)
Le Père Noël (Turin/Durual / texte de S.Chausse/ éditons Albin Michel-1994)
Warf le pirate/ tome 2 (Turin/ Illustrations de Fred Bernard/ seuil jeunesse-1995)
Les Chevaliers (Turin/Durual / texte de S.Chausse/ editons Albin Michel-1996)
L’art d’être chat (Turin/ Texte de S. Chausse / Seuil jeunesse- 1997)
L’agenda du Père Noël (Turin/ Texte de S. Chausse/ Albin Michel- 1998)
La Bombarde (roman/ Seuil jeunesse-1999)
La Marseillaise Noire (Turin/ Texte de J. Cowan/ Editions du Cosmogone-2001)
Histoire caustique et illustrée de la bonne ville de Lyon (Turin/ texte de M. Fustier/ l’Antilope-2002)
Les trois loups (Turin/ Texte de A. Cousseau/ Ecole des loisirs-2002)
Je veux être une maman tout de suite (Turin/ Cousseau/ Ecole des Loisirs -2002)
Quichute et SangChaud (Turin/ Cousseau/ Ecole des loisirs- 2003)
On veut voler mon Trésor ! (Turin/ Cousseau/ Ecole des loisirs-2004)
Pangbotchi (Turin/ Cousseau/ Ecole des loisirs- 2005)
Tendres Dragons (Turin/ Texte de S. Chausse/ Editions Belin – 2007)

a faisait un petit moment que ça me titillait et je vais pouvoir démarrer prochainement. De temps en temps, je vais céder ma place pour un message. Demander à une de mes connaissances, illustrateurs, éditeurs, libraires, bédéistes ou quelqu’un participant à la vie du livre, de venir écrire quelques mots sur l’illustration, le métier, quelques mots sur le monde de l’image, sur l’édition, sur les aléas de la profession, etc. Tout ceci afin de compléter voire plutôt enrichir et développer ce que j’écris déjà ici. De cette manière, mes chères lectrices et mes chers lecteurs auront d’autres sons de cloches, d’autres points de vue, d’autres témoignages. Je me dis qu’au bout du compte, petit à petit, on pourrait peut-être tendre ici vers une vision d’ensemble de la vie d’un livre. De sa préparation, création, réalisation jusqu’au contact avec les lecteurs. Et, ce serait la cerise, une réflexion plus large sur le métier, l’illustration, l’image. Toujours dans l’optique de partager une expérience et lever un peu le voile sur les coulisses. C’est ambitieux et j’espère que ça tiendra la route. A suivre…
Ce weekend en faisant un peu de rangement je suis tombé sur mes photos du Vietnam. Ca m’a fait un drôle d’effet car je ne les avais pas vues depuis un bon bout de temps. Un peu ému, nostalgique, beaucoup de souvenirs, d’émotions, de sensations. Il y a quelques années en arrière j’étais parti un mois au Vietnam, sacs à dos, avec mon ami Benjamin Fleury. Un mois sans aucune préparation, aucun contact sur place, à l’aventure. L’idée étant de partir du Nord et descendre vers le Sud, de ville en ville, sans planning précis, au gré de nos envies, de nos coups de coeur. Le voyage s’était déroulé sans encombre, ce fut génial, en fait sur place tout est prévu pour accueillir touristes, routards et voyageurs, surtout leurs dollars.
A l’époque j’étais un peu dans un énorme ras-le-bol de la ville (je vivais à Lyon), nos sociétés dites «modernes», j’avais envie d’un bain de nature, un retour aux sources, d’une vie plus «simple». Il me semblait que l’Asie du Sud-est ou le Sud-ouest de la Chine seraient des coins plus accessibles et pourraient m’apporter ce que je cherchais. En un mois nous avons à peu près fait tout le tour traditionnel, le dépaysement était total, Hanoï, les rizières, visite de la DMZ, les no man’s land encore cramés et blanchis par la chaux, les villages en ruines et les vestiges de la guerre, montagnes et forêts, jungle, la cuisine délicieuse, quelques jours de bateau sur la baie d’Along, plages et îles de Nha Trang, encore du bateau sur le Mékong, Saigon, etc. J’avais été ébloui par les paysages, charmé par la gentillesse des vietnamiens et impressionné par la beauté des enfants. En revanche la misère et la pauvreté apparentes m’avaient fait remettre beaucoup de choses en question. Je m’étais pris une bonne claque, de plein fouet. Je me suis rendu compte à quel point j’avais de la chance de pouvoir vivre dans un chouette appart lyonnais avec l’eau et l’électricité courante, avoir un sol autre que de la terre battue et un toit… On relativise et on arrête de râler. C’était dur, déstabilisant et il m’avait fallu beaucoup de temps pour m’en remettre au retour. Pour me reconcentrer sur ma vie «normale». Sans être fataliste ou cafardeux je m’inquiète souvent en repensant à ces vies croisées et pense à ces enfants lâchés sur le chemin des touristes par leurs parents pour réclamer quelques dollars. Ce que nous avions vu là-bas n’augurait rien de bon pour leur avenir. Pas d’école, quémander quelques dollars toute la journée et pire j’imagine. En même temps je me dis que, depuis, les choses ont du encore bien changer, en mieux je l’espère. J’ai gardé un souvenir très fort. Celui de cette fillette certainement mal «entraînée» par ses parents ou je ne sais qui pour grapiller quelques sous. Avec une herbe elle m’avait tressé et offert une bague. Simplement. Sans rien en retour de plus que mon sourire. Alors que les autres enfants autour réclamaient dollars ou boissons en échange. Un cadeau. L’herbe de la bague a séché mais ne s’est jamais abimée. La bague est toujours près de moi, accrochée à ma lampe de bureau, au bout d’une courte ficelle, depuis cinq ans.
http://www.vincentdutrait.com/vietnam/

P. S. :
Je précise que les images sont grandes, n’hésitez pas à mettre votre navigateur en plein écran (F11) pour en profiter au mieux. Bonne balade !









