Ecrit dans A voir et à lire sur le net. Lu 205 fois. 2 commentaires.

Cette semaine, un à voir et à lire light. Petit mais costaud. Tout d’abord, ici, 75 artistes que vous devez connaître et où les trouver. Un travail de fourmi pour cette longue liste de liens exceptionnels ! Que du beau monde et une initiative en or. De quoi s’en mettre plein la vue et réviser ses classiques.
Pour compléter mes précédents messages à propos de la doc, voilà quelques liens de banques d’images que je sillonne régulièrement voire quotidiennement. Dreamsite, un choix intéressant et souvent pointu, bien pratique et en plus, les images ne sont pas chères à des résolutions permettant d’avoir du détail. Sur Alamy, un choix hallucinant, tout et n’importe quoi, vraiment des tonnes d’images. Un peu fastidieux parfois de trouver son bonheur mais finalement en fouinant, je croise souvent d’autres images intéressantes auxquelles je n’avais pas pensé me lançant sur de nouvelles pistes.
Ensuite du coté comics, comicartfans qui réunit crayonnés, recherches, encrages, etc. Des collections et ventes de particuliers & co. C’est un peu la foire là-dedans mais j’aime bien m’y perdre de temps en temps pour dénicher de jolies choses. Puis par là, une news très intéressante qui me ravit, l’annonce d’un nouveau recueil de crayonnés d’Alan Lee à propos du Seigneur des Anneaux. Et il ne s’agit pas de celui-ci, précédemment publié qui m’en avait déjà mis plein les mirettes.
Pour finir la dernière leçon de maître Gurney, ici, à propos des reflets dans l’eau. Je suis tombé à la renverse devant l’étude en fin de message, ses teintes et lumières, argh, ça semble si facile ;)

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Jeudi 20 mars 2008

Parcours & Inspirations IV

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Suite et fin à propos de mon parcours et de mes aspirations
La documentation est, pour moi, capitale, indispensable. Je suis illustrateur figuratif réaliste, c’est-à-dire que je me base sur le réel pour créer mes illustrations. J’aime bien dire que je réalise des illustrations documentées (et non documentaire). Je transforme le réel, le modifie, l’altère ou l’améliore. Comme je dois inclure dans mes illustrations des éléments du réel, je dois faire appel à une documentation riche pour tout ce dont je ne peux me souvenir et dessiner d’après nature. Car je dessine et peins quand même beaucoup de mémoire mais je trouve que cela ne remplace pas toujours une bonne émulation de docs réunies sous les yeux. Par exemple pour un ciel, je vais chercher cinq, dix ou quinze références, aux couleurs proches, à la luminosité similaire. Bien imprégné de ces images, une fois comprises, je vais pouvoir donner ma version de ce ciel. Je cherche systématiquement de la doc car je pars du principe que je suis incapable de dessiner ce que je ne connais pas. A mon avis on dessine toujours ce que l’on connaît, de manière plus ou moins déformée, arrangée. Tout le monde peut dessiner un arbre ou plutôt la représentation d’un arbre mais sans documentation on ne peut pas dessiner précisément un tilleul par exemple ou un acacia sans en avoir vu un auparavant. Aussi, le fait de chercher des références et documents permet de faire une sorte de remise à plat, pour se renouveler et ne pas toujours dessiner les mêmes nuages ou les mêmes têtes ou encore les mêmes roches, etc. Cela permet de ne pas s’enfermer dans son monde mais plutôt l’étoffer, l’étendre, le tirer vers le haut. Surtout mettre son énergie, sa technique au service de l’image, de ce que l’on veut représenter plutôt qu’au service de son propre style.

Cependant il ne faut pas croire qu’il suffit de bonnes documentations et de quelques sources d’inspiration bien choisies pour réaliser de belles illustrations. Comment dire, l’imagination s’apprend. Plus j’ai d’images, de références, documentations sur tout et n’importe quoi en tête et plus je serai apte à imaginer mes propres images. Par exemple, comme un chef cuisinier qui pourrait allonger et enrichir son menu avec une quantité plus grande de bons ingrédients. Encore faut-il savoir exploiter ces ingrédients comme il faut, bien entendu.

Je lis énormément de romans, bandes dessinées, livres d’art, regarde des images tout le temps, visionne des films, des documentaires pour garder mon esprit éveillé. Des gammes, une forme de gymnastique mentale et culturelle. Ainsi, quand je lis un texte ou quand je réfléchis au sujet d’une illustration, les images me viennent en tête, naturellement. Mais toujours floues, imprécises. La recherche de documents et l’observation vont me permettre ensuite d’affiner ces images et les concrétiser. Quand les images viennent à l’esprit, c’est quelque chose d’instinctif qu’il faut cultiver et entretenir. C’est surtout un réflexe qui s’acquiert en se dopant d’images. De la même manière qu’on apprend à tenir un pinceau, il faut apprendre à imaginer. Une forme aussi de palliatif au pénible et ridicule : J’ai pas d’idées
D’une manière plus générale, je ne crois pas du tout aux trucs du genre ah ce gamin il est doué, il a du talent, c’est un don, etc. Je pense plutôt qu’il y a peut-être quelques prédispositions ou un environnement favorable à tel ou tel cheminement mais ça ne tombe pas tout cru et sans un travail acharné, un entraînement harassant et volontaire, on n’ira pas bien loin. Cela rejoint mes précédents messages sur mon parcours car sans la formation professionnelle que j’ai suivie et les rencontres libératrices que j’ai pu faire, j’en serai peut-être toujours à gribouiller dans les marges des cahiers. Maintenant, sans guide ou sans conducteur, je dois poursuivre et m’impose cet exercice. C’est complexe et rude, ça tient en trois mots : Travail, travail, travail ;)

P. S. :
J’ai crée une catégorie pour rassembler ces messages et permettre de les retrouver facilement…

Mercredi 19 mars 2008

Parcours & Inspirations III

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Après le parcours (ici et ), les inspirations. Et la documentation.
Quand j’étais enseignant à l’école Emile Cohl, j’étais toujours surpris de voir de jeunes arrivants croire gentiment qu’un illustrateur ou un bédéiste se met devant la page blanche et hop, dessine, commence en haut à gauche et finit en bas à droite (je caricature à peine). Idem pour les couleurs, et zou une mise en couleurs… A mettre sur le dos de leur fraîcheur dans le métier et les prémices de leur apprentissage, héhé. La démystification qui allait suivre et le travail considérable qui en découle allaient faire mal.

Mes sources d’inspiration sont diverses et variées. Le quotidien est la principale source, des nuages, un coucher de soleil, une lumière sur un mur, l’écorce d’un arbre, des visages dans le métro, une balade en forêt, etc. L’illustration nécessite un énorme travail d’observation, il faut former son œil à capter le moindre détail, une couleur, la pose d’une main, le contour d’un visage. Avant de commencer le crayonné d’une illustration, je ne fais pas des kilomètres de recherches en petit, des piles de brouillons ni ne remplis carnets et cahiers. Je réfléchis beaucoup à l’image. Un peu comme un travail mental à la loupe. J’ai généralement une « vision » de ce que je veux représenter (comme le mini-essai couleur des elfes). Mais une vision très floue que je vais affiner peu à peu en me creusant les méninges. Je me demande comment seront le ciel, l’ambiance, le décor. Puis les personnages, les roches, la végétation, les éléments, eau, air, etc. Enfin je pousse plus loin la réflexion en me questionnant par exemple sur les vêtements, tuniques des personnages. Celui-ci porte-t’il une broche à sa cape ? Celui-là, a-t’il une doublure à sa veste ? Cette épée reflète-t’elle ce qui l’entoure ? Est-elle matte, usée ? Est-ce qu’il y a de la mousse sur les roches ? Ce qui pourrait donner le sentiment d’un environnement humide ou apporter une touche de vert dans l’image par exemple, etc. J’assemble « mentalement » tout ceci. Ensuite ou en même temps, je me plonge dans mes livres, mes documents, je cherche sur Internet, je regarde des films pour emmagasiner le plus de références possibles et préciser ma vision de la scène. Lui donner corps. Et surtout l’enrichir, la développer pour que le lecteur ait plus un sentiment de justesse et de « vérité » de ce qui est représenté. En plus, en m’immergeant ainsi dans les bouquins & co, certaines images découvertes en appellent d’autres et m’évoquent de nouvelles interprétations de tel ou tel élément, entraînent de nouvelles idées.

J’ai chez moi grand nombre de livres, revues, magazines, catalogues de toute sorte, artbooks d’illustrateurs, bandes dessinées, encyclopédies sur les animaux, carnets de croquis… Je feuillette sans cesse ces livres à la recherche d’indices qui vont titiller mon inspiration, d’images susceptibles de m’aiguiller dans ma création. Il faut que ces sources d’inspiration « infusent » et « déteignent » sur moi. Tout ce travail de recherche sert à enrichir mon imaginaire. Une fois les documentations et sources d’inspiration bien digérées, je peux dessiner dans de bonnes conditions en me concentrant principalement sur l’illustration et son sens.

Mais il faut savoir bien utiliser la documentation. Ce qui est loin d’être évident. Il ne s’agit pas de copier, recopier ou décalquer. Cela n’aurait aucun sens car quand je dessine quelque chose, j’ai besoin de le comprendre. Connaître son articulation, son fonctionnement. Il faut « autopsier » et décortiquer la documentation avant de l’utiliser. Par exemple, une fois une pose assimilée, on peut déplacer un bras, changer la position de la tête, son regard, ses traits, maigrir ou grossir sa carrure sans trop de difficulté. Ou encore comment, sur cette photo, les nuages se teintent en fonction du soleil, ou pourquoi l’eau est plus transparente ici que là. Je recommande d’ailleurs vivement, encore et toujours, la lecture intégrale du blog de James Gurney qui, justement, détaille ce genre de raisonnement, c’est par (même si - à mon avis et ça peut être très long voire douloureux - une réflexion, seul, sans raccourci ni aide extérieure, sera meilleure et bénéfique).
Pour finir, j’imprime les docs et références trouvées pour les avoir sous les yeux, garde ouverts quelques livres autour de moi et je me lance avec mes crayons.

Suite et fin à propos de la documentation demain…

Mardi 18 mars 2008

Parcours & Inspirations II

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Suite du message précédent… Orienté vers l’école Emile Cohl, je me suis rendu à Lyon pour assister aux journées portes ouvertes. Je dois dire que ça m’a fait froid dans le dos de voir ces élèves travailler sur chevalet par exemple, faire du modèle vivant, de la sculpture, des illustrations, de la BD, etc. Le niveau était impressionnant et je n’arrivais vraiment pas à m’imaginer là… Je me suis renseigné sur les enseignants, découvrant des pointures. Tous les soirs, je feuilletais la brochure de l’école, retournant dans tous les sens les questions du genre : En suis-je capable ? Est-ce que j’ai les capacités ? Suis-je à la hauteur ? Le moral et l’endurance ? Vais-je tenir le coup ? L’envie était toujours là, intacte, mais je conservais à l’esprit le fait qu’une école privée coûte beaucoup d’argent et qu’il ne s’agit pas de se planter, au minimum par respect pour ceux qui me font confiance et financent mes études pour m’assurer une formation de qualité. Des nœuds à l’estomac.

Pour préparer mon dossier en vue de l’entretien avec le directeur de l’école, je me suis rendu chez mon oncle céramiste, Jean Girel qui fut aussi professeur de dessin (j’en parlais ici). J’ai passé une semaine à travailler dur, enfermé par mon oncle dans une pièce, des tubes de gouache et quelques pinceaux sous la main, une orange ou un verre devant moi. Au boulot. Ensuite, direction la campagne pour faire des croquis des vaches, des arbres, des montagnes, des nuages. Au passage, je souligne que mon oncle m’a toujours soutenu et aiguillé pendant toutes ces années où je commençais à dessiner, au collège, au lycée. Je lui montrais souvent mon travail et il m’orientait dans la bonne direction. Moi qui étais tout fier de mes boulots, j’entendais quand même le plus souvent : Ah non, le biceps ce n’est pas comme ça, le volume ne tourne pas assez, cette ombre est fausse, ou encore : Va regarder ton dessin dans un miroir et tu verras que ton personnage a la gueule de travers. Les coups de pied au cul, ça a toujours du bon.

Je suis donc entré à l’école Emile Cohl directement en première année. Ce qui, à l’époque, était encore jouable si on avait un niveau suffisant. J’ai passé trois années de dur labeur, c’était vraiment difficile physiquement et se retrouver confronté à tant de nouvelles choses à apprendre, digérer, assimiler, c’était souvent éprouvant. Plus de quarante heures de travail dans la semaine et, j’exagère et caricature à peine, autant à la maison (en ce qui me concerne en tout cas). Je me rends compte maintenant que ces trois années m’ont complètement transformé. Un véritable apprentissage. De nouveaux horizons, des rencontres étonnantes, des défis que je n’avais jamais imaginés. Avec des hauts et des bas, des joies et des peines comme dans toute formation intensive. Je pense sincèrement que sans l’école Emile Cohl, je n’en serais certainement pas là aujourd’hui et je pense avoir appris en trois ans ce que j’aurais peut-être appris en cinq ailleurs ou en dix tout seul. J’ai acquis une certaine technique et jeté les toutes premières bases de mon univers. Je dois beaucoup à l’école Emile Cohl et chaque jour je sens que ce que j’ai appris remonte à la surface.

En troisième année, pour mon diplôme, j’ai choisi d’illustrer des chansons de Gérard Manset (j’en parlais ). Illustrer des chansons ou de la poésie est particulièrement casse-gueule tellement les interprétations des textes sont diverses et variées. J’ai fait le forcing pour que ça passe et l’équipe d’enseignants qui suivaient les diplômes de près m’avait d’ailleurs prévenu qu’ils m’attendaient au tournant et que je n’aurais pas le droit à l’erreur. Ci-dessous, quelques illustrations réalisées pour mon diplôme, j’expérimentais, testais, tâtonnais techniquement, recherches de couleurs, d’ambiances, cadrages, points de vue, je faisais mes premières gammes. Je suis sorti de l’école en 1997, diplôme en poche, quatrième de ma promotion. Il m’a fallu ensuite deux, voire trois bons mois pour m’en remettre. J’ai passé de longues heures au bord des étangs derrière chez mes parents pour laisser infuser ce que j’avais emmagasiné.

Pour mes premiers pas, à l’automne de la même année, mon père qui projetait d’aller à Taïwan pour son travail, m’offre le voyage comme cadeau de félicitations pour mon diplôme. A Taïwan, je rencontre l’éditeur Grimm Press. Pointure de l’édition jeunesse asiatique qui faisait tourner les têtes des illustrateurs sur les salons. La rencontre fit des étincelles et je reprenais l’avion de retour avec un contrat en poche pour mon tout premier album illustré. Ce qui me permit de faire mes armes, gonfler mon portfolio et avoir un bouquin publié sous le bras qui allait m’ouvrir quelques portes ensuite. Et de fil en aiguille… La suite, elle est sous vos yeux, tout au long de ces messages.

Demain, les inspirations…

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Lundi 17 mars 2008

Parcours & Inspirations I

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Tout est dans le titre. On me questionne souvent sur mes études, sources d’inspiration & co. J’ai parfois plus ou moins répondu de-ci de-là dans mes messages mais je me dis qu’un petit concentré ne serait pas plus mal. Commençons par mon parcours.
Il me semble qu’il est des plus communs. En revanche, je crois que j’ai eu la chance extraordinaire de rencontrer, croiser, écouter des personnes qui ont su me faire confiance et déceler en moi la petite étincelle, m’aiguillant sur le bon chemin. Avec le recul, je me rends compte qu’il y a eu pas mal de petits déclics, de moments forts qui m’ont fait tendre vers une voie artistique. Par exemple gamin, certaines lectures comme Le Magicien des couleurs, j’en parlais ici, des dessins animés comme Le Sourire du dragon, . Puis ado, des jeux de rôle comme l’Œil Noir, ici, des illustrations de pochettes de disque comme , des films comme La Vallée Perdue, ici.

Au collège, en Provence, je grabouillais déjà beaucoup et me faisais remarquer dans les cours de dessin. Arrivé en troisième, il fallait faire un choix, plutôt difficile et lourd de conséquences. A l’époque, nous entendions qu’il était risqué de se lancer tôt dans une formation « professionnelle » en visant un baccalauréat technique. On nous conseillait d’éviter « l’entonnoir » tout de suite en orientant vers des matières scientifiques ou littéraires plus généralistes, plus passe-partout comme garantie et éviter de se retrouver sur le carreau si ça ne marchait dans une voie technique. Comme j’étais d’une nullité crasse en science, nous visions plutôt un bac Lettres A2 (c’était le nom à l’époque). Mais, au collège, l’enseignante des cours de dessin, Mme Palma, prit contact avec mes parents pour leur expliquer qu’elle pensait que j’avais peut-être un avenir dans le dessin ou en tout cas qu’elle sentait qu’il y avait un début de petit quelque chose en gestation. Je n’oublierai jamais cette dame et ses encouragements. Elle envisageait pour moi un bac A3 (Lettres et Arts). Je me souviens que les sections A3 n’avaient pas toujours bonne réputation et on entendait souvent que c’était celles et ceux qui n’étaient pas fichus de tenir la route dans les autres matières, des artistes, hum hum… Après réflexion, mes parents ont finalement décidé de me laisser tenter ma chance, confiants mais certainement un peu inquiets.

Il n’y avait qu’une seule section A3 dans la région, à Aix-en-Provence. C’était d’ailleurs les toutes dernières années de cette section, une réforme pointait son nez et allait donner un coup de balai dans les bacs en la faisant disparaître. L’avantage en A3 c’était le grand nombre d’heures de dessin, d’histoire de l’art et d’avoir des coefficients puissants pour ces matières, à jeu égal avec la philo ou d’autres matières clefs des sections littéraires. J’ai fait la rencontre de M. Bernus, professeur de dessin, qui pendant trois années nous fit travailler d’arrache-pied, durement, intelligemment, pour nous donner une certaine dextérité (nous travaillions habituellement en temps limité pour aller à l’essentiel, une sacrée école de la rapidité et de l’économie de moyens !). Ce professeur était haut en couleur, un peu farfelu. Il prenait son travail très à cœur et nous fit partager avec brio sa passion des arts, de la peinture. Heureusement il était plutôt réceptif, pas coincé dans une optique Beaux Arts, si je peux dire, et me permit de m’exprimer pleinement dans mon propre style. En complément de la pratique, nous avions aussi d’excellents cours d’histoire de l’art par M. Paindessous qui nous fit découvrir les classiques et nos contemporains en enrichissant considérablement notre culture artistique.

En terminale, à l’approche du bac, il a fallu encore faire des choix difficiles. Mon idéal était les Arts déco à Paris. Mais cela signifiait de grands chamboulements et, peut-être, certainement, une année de mise à niveau pour y entrer. Il y avait aussi l’école Boulle, Estienne… C’était en 1994 et mes parents et moi étions allés à Paris rencontrer des amis illustrateurs pour leur demander conseil. J’avais souvent entendu parler d’eux, «Big et Nicole» ou plutôt Bernard Giroud et Nicole Baron. Je leur avais montré mes dessins. Ils trouvaient que ça tenait la route et qu’avec de bons guides, ça devrait le faire, comme on dit. Nous avions longuement discuté, une après-midi à passer en revue les différentes écoles publiques. Nous n’avions jamais envisagé que je puisse entrer dans une école privée à cause de toute la partie finances de l’affaire. Et Big et Nicole ont évoqué l’école Emile Cohl. Ils nous ont expliqué que c’était très très difficile, un travail acharné, mais ce serait exactement ce qu’il me fallait. Cette rencontre m’a marqué car je n’avais encore jamais vu comment ça se passe chez un illustrateur, les coulisses de la création. J’avais visité leur atelier, ils travaillent souvent en duo, ils m’avaient montré des illustrations, des bouquins, des commandes. C’était merveilleux et ça me faisait drôlement envie.

La suite demain…