près le parcours (ici et là), les inspirations. Et la documentation.
Quand j’étais enseignant à l’école Emile Cohl, j’étais toujours surpris de voir de jeunes arrivants croire gentiment qu’un illustrateur ou un bédéiste se met devant la page blanche et hop, dessine, commence en haut à gauche et finit en bas à droite (je caricature à peine). Idem pour les couleurs, et zou une mise en couleurs… A mettre sur le dos de leur fraîcheur dans le métier et les prémices de leur apprentissage, héhé. La démystification qui allait suivre et le travail considérable qui en découle allaient faire mal.
Mes sources d’inspiration sont diverses et variées. Le quotidien est la principale source, des nuages, un coucher de soleil, une lumière sur un mur, l’écorce d’un arbre, des visages dans le métro, une balade en forêt, etc. L’illustration nécessite un énorme travail d’observation, il faut former son œil à capter le moindre détail, une couleur, la pose d’une main, le contour d’un visage. Avant de commencer le crayonné d’une illustration, je ne fais pas des kilomètres de recherches en petit, des piles de brouillons ni ne remplis carnets et cahiers. Je réfléchis beaucoup à l’image. Un peu comme un travail mental à la loupe. J’ai généralement une « vision » de ce que je veux représenter (comme le mini-essai couleur des elfes). Mais une vision très floue que je vais affiner peu à peu en me creusant les méninges. Je me demande comment seront le ciel, l’ambiance, le décor. Puis les personnages, les roches, la végétation, les éléments, eau, air, etc. Enfin je pousse plus loin la réflexion en me questionnant par exemple sur les vêtements, tuniques des personnages. Celui-ci porte-t’il une broche à sa cape ? Celui-là, a-t’il une doublure à sa veste ? Cette épée reflète-t’elle ce qui l’entoure ? Est-elle matte, usée ? Est-ce qu’il y a de la mousse sur les roches ? Ce qui pourrait donner le sentiment d’un environnement humide ou apporter une touche de vert dans l’image par exemple, etc. J’assemble « mentalement » tout ceci. Ensuite ou en même temps, je me plonge dans mes livres, mes documents, je cherche sur Internet, je regarde des films pour emmagasiner le plus de références possibles et préciser ma vision de la scène. Lui donner corps. Et surtout l’enrichir, la développer pour que le lecteur ait plus un sentiment de justesse et de « vérité » de ce qui est représenté. En plus, en m’immergeant ainsi dans les bouquins & co, certaines images découvertes en appellent d’autres et m’évoquent de nouvelles interprétations de tel ou tel élément, entraînent de nouvelles idées.
J’ai chez moi grand nombre de livres, revues, magazines, catalogues de toute sorte, artbooks d’illustrateurs, bandes dessinées, encyclopédies sur les animaux, carnets de croquis… Je feuillette sans cesse ces livres à la recherche d’indices qui vont titiller mon inspiration, d’images susceptibles de m’aiguiller dans ma création. Il faut que ces sources d’inspiration « infusent » et « déteignent » sur moi. Tout ce travail de recherche sert à enrichir mon imaginaire. Une fois les documentations et sources d’inspiration bien digérées, je peux dessiner dans de bonnes conditions en me concentrant principalement sur l’illustration et son sens.
Mais il faut savoir bien utiliser la documentation. Ce qui est loin d’être évident. Il ne s’agit pas de copier, recopier ou décalquer. Cela n’aurait aucun sens car quand je dessine quelque chose, j’ai besoin de le comprendre. Connaître son articulation, son fonctionnement. Il faut « autopsier » et décortiquer la documentation avant de l’utiliser. Par exemple, une fois une pose assimilée, on peut déplacer un bras, changer la position de la tête, son regard, ses traits, maigrir ou grossir sa carrure sans trop de difficulté. Ou encore comment, sur cette photo, les nuages se teintent en fonction du soleil, ou pourquoi l’eau est plus transparente ici que là. Je recommande d’ailleurs vivement, encore et toujours, la lecture intégrale du blog de James Gurney qui, justement, détaille ce genre de raisonnement, c’est par là (même si - à mon avis et ça peut être très long voire douloureux - une réflexion, seul, sans raccourci ni aide extérieure, sera meilleure et bénéfique).
Pour finir, j’imprime les docs et références trouvées pour les avoir sous les yeux, garde ouverts quelques livres autour de moi et je me lance avec mes crayons.
Suite et fin à propos de la documentation demain…
uelques liens pour finir la semaine et attaquer les fêtes. Commençons par une petite leçon de story-board par le géant Ian McCaig, en attendant son artbook (240 pages ! Sans cesse repoussé, argh), c’est par ici. Puis un petit tour par quelques galeries bien chouettes :
- Massimo Carnevale, c’est « graphique » comme on dit, nerveux et léché, une sacré patate (merci Swal pour le lien !).
- Erik Tiemens, un champion du concept art, je l’avais repéré dans les artbooks StarWars, une pointure.
- Zaffino, un vieux de la vieille, de belles choses en noir et blanc, classiques et efficaces, dommage que le site ne soit pas mieux rangé, on s’y perd un peu.
- Nathan Fowkes, une belle claque technique pour ce blog à rallonge, des kilomètres d’images, recherches et illustrations.
- Pour finir, Link Collector qui comme son nom l’indique répertorie quantité de sites et galeries tous plus impressionnants les uns que les autres, il y en a pour un moment à éplucher tout ça.
Je conclus avec un petit tour comme d’hab chez James Gurney qui, cette semaine, nous explique un peu la profondeur de champ, c’est toujours aussi limpide et pédagogique, par là.
Sur ce, je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d’année et on se retrouve l’année prochaine !

on, comme c’est plutôt calme côté boulot et que je n’ai pas grand-chose à montrer, je vais plutôt poursuivre côté culture et lectures. J’ai reçu hier ma dernière commande Amazon et je suis loin d’être déçu. Tout d’abord le Carnet de croquis, Archives de Féerie de Jean-Baptiste Monge. 80 pages de sublimes crayonnés en noir et blanc (ou plutôt en gris et blanc) sur un beau papier épais et granuleux. C’est très très beau, riche et varié. Toujours captivant de voir les recherches et crayonnés d’un illustrateur. Le dessin est juste et agréable, les valeurs de gris délicates, l’ensemble souligné par quelques textes explicatifs et intéressants de l’auteur. Pour chipoter un peu je dirais qu’en conservant toute son identité et son originalité, on lorgne parfois un poil trop du côté d’Alan Lee et John Howe période Seigneur des Anneaux, mais il y a bien pire comme référence ;)
(Un tout petit bémol dans la fabrication du livre. Chose curieuse, les pages n’ont pas toutes la même largeur, une erreur de fabrication au niveau des cahiers j’imagine mais qui ne facilite pas la lecture)

Ensuite j’ai reçu un pavé, StarWars : La Prélogie (ou en anglais Star Wars Chronicles: The Prequels). Un aperçu par ici. Un format proche du A3, pas loin de 350 pages de papier glacé, le tout dans un lourd coffret luxueux. C’est, à mon avis, le bouquin ultime de références et documentations sur les trois premiers films de la saga (je veux parler des épisodes I, II et III). Des milliers de photos, recherches, crayonnés, costumes, vaisseaux sur tous les mondes et personnages de ces premiers films. Ajouter ce monstre aux «Art of» des premiers films (ici en deuxième partie de message), plus le bestiaire (c’était il y a quelques jours) et pour finir l’autre pavé sur les costumes (c’est par là) et je crois qu’on tient là un pack du tonnerre on ne peut plus complet. Je craignais un peu les doublons avec ce nouvel arrivant de taille et finalement non, pas trop en fait. On retrouve quand même quelques images sinon le reste c’est du nouveau ou de l’inexploité complétant les autres bouquins (photos inédites des mêmes séances photo de costumes par exemple, différents angles et prises de vue). En tous cas on peut dire que l’univers StarWars tient drôlement bien la route, c’est dense, travaillé et cohérent. On ne pourra pas leur reprocher d’avoir fait ça à la va-vite sans prendre le temps de développer et approfondir ;)

Et zou un petit message spécial documentations, références et découvertes. Et presque que de l’illustration américaine «à l’ancienne» dans la veine des Pyle, Wyeth & co. Tout d’abord j’ai épluché Illustration Magazine et j’ai pu découvrir ou redécouvrir des artistes incroyables comme John R. Neill, Harvey T. Dunn. Je copie ci-dessous quelques liens intéressants trouvés dans le magazine, surtout des boutiques mais avec beaucoup d’images :
http://www.johnrneill.net/
http://www.graphiccollectibles.com/catalog/
http://www.girasolcollectables.com/
http://www.illustrationartgallery.com/
http://grapefruitmoongallery.com/
http://www.illustratedgallery.com/
http://www.charlesmartignette.com/
La plupart de ces sites sont loin d’être attractifs, voire carrément moches, mais en fouinant un peu on trouve de belles choses.
Ensuite l’ami Swal m’a passé un lien très très chouette, de belles galeries (ça change de ses mails avec des vidéos pas drôles que tout le monde a déjà vu sur le net six mois en arrière, héhé) :
http://giam.typepad.com/100_years_of_illustration/nc_wyeth_18821945/index.html
Là aussi ça vaut le coup de creuser un peu, beaucoup d’images magnifiques.
Puis un lien vers Goeff Hunt. J’ai découvert ce peintre en cherchant des docs sur les bateaux avant de commencer mon bouquin sur les pirates. Bon c’est hyper-chiadé, faut aimer les bateaux mais ça fait une super doc pour la mer, les bateaux donc, les cieux, etc. On trouve pas mal de choses sur ce bonhomme sur le net, ça vaut le détour.
http://www.artistpartners.com/portfolios/geoff_hunt/index.html
Pour finir, une ou deux fois par an, je passe commande chez l’ami Bud aux States pour m’approvisionner en beaux livres d’illustrations et je suis enchanté par ma dernière commande. J’ai reçu les deux recueils de crayonnés de Mark Schultz. «Ouhlô» comme on dit à Lyon. Le dessin est impeccable, le traité superbe, formes, courbes, volumes, très vivant et dynamique, de belles nuances et gammes de gris. C’est tout à fait le genre de bouquin à double tranchant. Quand je vois ça je me dis que j’ai encore beaucoup, beaucoup, de chemin à parcourir, d’énormes progrès à faire, c’est limite déprimant et ça rend jaloux. Et d’un autre côté ça me donne une patate d’enfer et l’envie de me jeter sur mes crayons et dessiner, dessiner, dessiner. Ces crayonnés communiquent une telle passion et une joie immense, ça déteint, jouissif. En revanche je suis moins fan de son travail en couleur, rien de très original de ce côté-là à mon avis.

J’avais aussi commandé un recueil sur Howard Pyle, rien à dire, excellent comme d’habitude. Et «Stories to Tell» un catalogue d’une exposition new-yorkaise qui devait être de toute beauté. En bavant, j’aurais traîné ma mâchoire derrière moi sur plusieurs mètres en la visitant. Avec les classiques Wyeth, Pyle & co. Mais d’autres à découvrir ou redécouvrir (une nouvelle fois) comme Sarah Stilwell, Walter Harrisson Cady, Dean Cornwell (hallucinant), Charles Dana Gibson, Saul Tepper ou encore Mead Schaeffer qui m’a fait tomber de ma chaise.

La fin de l’année est chargée en belles publications et je vais passer à nouveau commande. J’attends encore un peu, un ou deux bouquins qui m’ont l’air bien sympathiques vont sortir pendant le mois (dont un sur les couleurs de J. Allen St. John, miam). Je les ajouterai aux deux déjà mis dans mon panier, un de crayonnés de Al Williamson et l’autre sur le travail en couleur de Franklin Booth. Encore de belles choses, ça va faire mal…

Et la cerise, un terrible encrage de Mark Schultz. Je suis étonné de voir que certains traits sont «doublés» voire «triplés». C’est superbe ainsi car le noir et les gris de l’image vibrent. Ce traité casse la rigidité que peu parfois prendre un encrage. Un travail très subtil et en prenant du recul (où à la réduction pour l’impression), l’image gagne en précision et en nuances. J’aimerais bien savoir quel sorte de plume ou pinceau est utilisée, je pense à un pinceau fin «abimé» dont les poils se sépareraient mais je n’en suis pas sûr. Si un de mes fidèles lecteurs a une info je suis preneur ;)

Je dois être un peu maso car de temps en temps je me replonge dans les illustrations d’Angus McBride. Et ça fait mal. J’adore. Je trouve qu’il est un des rares a avoir su trouver le bon compromis entre étude documentaire et illustration fiction. McBride fait preuve d’un formidable sens de la narration soutenu par une technique sensible et minutieuse. Ses illustrations ne sont pas uniquement démonstratives mais racontent toujours quelque chose qui, en plus, amplifie l’immersion et assoie le côté documenté de l’image. De belles mises en situation. Pour couronner le tout, en regardant son travail à la loupe on peut remarquer un sens aigu de l’observation et une économie de moyen que j’envie. Peu de touches, textures délicates, coups de pinceaux précis, couleurs justes, équilibre des masses et des gammes de couleurs, contrastes entre les zones détaillées et celles plus lâchées, etc. En lisant le artbook qui lui est consacré (j’en parlais rapidement ici) j’ai appris qu’en amont il ne dessine pas vraiment de crayonnés préparatoires poussés et travaillés, mais plutôt de simples esquisses rapides de mise en place. L’essentiel du travail se faisant à la mise en couleur, directement avec les pinceaux. Un véritable travail de peintre.
A mon avis, actuellement, de nombreux illustrateurs (plutôt du côté infographie et l’artbook Cthulhu me le laisse penser à nouveau après plusieurs lectures), se focalisent uniquement sur la performance et oublient de donner du sens aux illustrations qu’ils réalisent. Là, avec McBride, ça me fait plaisir de voir un travail de qualité qui allie technicité, narration et lisibilité. On peut admirer tout son talent aux éditions Osprey, les bouquins historiques, une sacrée pelletée présentée sur le site de l’éditeur, pas loin d’une centaine, une source de documents et d’inspiration inépuisable…











