ette semaine, un à voir et à lire light. Petit mais costaud. Tout d’abord, ici, 75 artistes que vous devez connaître et où les trouver. Un travail de fourmi pour cette longue liste de liens exceptionnels ! Que du beau monde et une initiative en or. De quoi s’en mettre plein la vue et réviser ses classiques.
Pour compléter mes précédents messages à propos de la doc, voilà quelques liens de banques d’images que je sillonne régulièrement voire quotidiennement. Dreamsite, un choix intéressant et souvent pointu, bien pratique et en plus, les images ne sont pas chères à des résolutions permettant d’avoir du détail. Sur Alamy, un choix hallucinant, tout et n’importe quoi, vraiment des tonnes d’images. Un peu fastidieux parfois de trouver son bonheur mais finalement en fouinant, je croise souvent d’autres images intéressantes auxquelles je n’avais pas pensé me lançant sur de nouvelles pistes.
Ensuite du coté comics, comicartfans qui réunit crayonnés, recherches, encrages, etc. Des collections et ventes de particuliers & co. C’est un peu la foire là-dedans mais j’aime bien m’y perdre de temps en temps pour dénicher de jolies choses. Puis par là, une news très intéressante qui me ravit, l’annonce d’un nouveau recueil de crayonnés d’Alan Lee à propos du Seigneur des Anneaux. Et il ne s’agit pas de celui-ci, précédemment publié qui m’en avait déjà mis plein les mirettes.
Pour finir la dernière leçon de maître Gurney, ici, à propos des reflets dans l’eau. Je suis tombé à la renverse devant l’étude en fin de message, ses teintes et lumières, argh, ça semble si facile ;)

près le parcours (ici et là), les inspirations. Et la documentation.
Quand j’étais enseignant à l’école Emile Cohl, j’étais toujours surpris de voir de jeunes arrivants croire gentiment qu’un illustrateur ou un bédéiste se met devant la page blanche et hop, dessine, commence en haut à gauche et finit en bas à droite (je caricature à peine). Idem pour les couleurs, et zou une mise en couleurs… A mettre sur le dos de leur fraîcheur dans le métier et les prémices de leur apprentissage, héhé. La démystification qui allait suivre et le travail considérable qui en découle allaient faire mal.
Mes sources d’inspiration sont diverses et variées. Le quotidien est la principale source, des nuages, un coucher de soleil, une lumière sur un mur, l’écorce d’un arbre, des visages dans le métro, une balade en forêt, etc. L’illustration nécessite un énorme travail d’observation, il faut former son œil à capter le moindre détail, une couleur, la pose d’une main, le contour d’un visage. Avant de commencer le crayonné d’une illustration, je ne fais pas des kilomètres de recherches en petit, des piles de brouillons ni ne remplis carnets et cahiers. Je réfléchis beaucoup à l’image. Un peu comme un travail mental à la loupe. J’ai généralement une « vision » de ce que je veux représenter (comme le mini-essai couleur des elfes). Mais une vision très floue que je vais affiner peu à peu en me creusant les méninges. Je me demande comment seront le ciel, l’ambiance, le décor. Puis les personnages, les roches, la végétation, les éléments, eau, air, etc. Enfin je pousse plus loin la réflexion en me questionnant par exemple sur les vêtements, tuniques des personnages. Celui-ci porte-t’il une broche à sa cape ? Celui-là, a-t’il une doublure à sa veste ? Cette épée reflète-t’elle ce qui l’entoure ? Est-elle matte, usée ? Est-ce qu’il y a de la mousse sur les roches ? Ce qui pourrait donner le sentiment d’un environnement humide ou apporter une touche de vert dans l’image par exemple, etc. J’assemble « mentalement » tout ceci. Ensuite ou en même temps, je me plonge dans mes livres, mes documents, je cherche sur Internet, je regarde des films pour emmagasiner le plus de références possibles et préciser ma vision de la scène. Lui donner corps. Et surtout l’enrichir, la développer pour que le lecteur ait plus un sentiment de justesse et de « vérité » de ce qui est représenté. En plus, en m’immergeant ainsi dans les bouquins & co, certaines images découvertes en appellent d’autres et m’évoquent de nouvelles interprétations de tel ou tel élément, entraînent de nouvelles idées.
J’ai chez moi grand nombre de livres, revues, magazines, catalogues de toute sorte, artbooks d’illustrateurs, bandes dessinées, encyclopédies sur les animaux, carnets de croquis… Je feuillette sans cesse ces livres à la recherche d’indices qui vont titiller mon inspiration, d’images susceptibles de m’aiguiller dans ma création. Il faut que ces sources d’inspiration « infusent » et « déteignent » sur moi. Tout ce travail de recherche sert à enrichir mon imaginaire. Une fois les documentations et sources d’inspiration bien digérées, je peux dessiner dans de bonnes conditions en me concentrant principalement sur l’illustration et son sens.
Mais il faut savoir bien utiliser la documentation. Ce qui est loin d’être évident. Il ne s’agit pas de copier, recopier ou décalquer. Cela n’aurait aucun sens car quand je dessine quelque chose, j’ai besoin de le comprendre. Connaître son articulation, son fonctionnement. Il faut « autopsier » et décortiquer la documentation avant de l’utiliser. Par exemple, une fois une pose assimilée, on peut déplacer un bras, changer la position de la tête, son regard, ses traits, maigrir ou grossir sa carrure sans trop de difficulté. Ou encore comment, sur cette photo, les nuages se teintent en fonction du soleil, ou pourquoi l’eau est plus transparente ici que là. Je recommande d’ailleurs vivement, encore et toujours, la lecture intégrale du blog de James Gurney qui, justement, détaille ce genre de raisonnement, c’est par là (même si - à mon avis et ça peut être très long voire douloureux - une réflexion, seul, sans raccourci ni aide extérieure, sera meilleure et bénéfique).
Pour finir, j’imprime les docs et références trouvées pour les avoir sous les yeux, garde ouverts quelques livres autour de moi et je me lance avec mes crayons.
Suite et fin à propos de la documentation demain…
out est dans le titre. On me questionne souvent sur mes études, sources d’inspiration & co. J’ai parfois plus ou moins répondu de-ci de-là dans mes messages mais je me dis qu’un petit concentré ne serait pas plus mal. Commençons par mon parcours.
Il me semble qu’il est des plus communs. En revanche, je crois que j’ai eu la chance extraordinaire de rencontrer, croiser, écouter des personnes qui ont su me faire confiance et déceler en moi la petite étincelle, m’aiguillant sur le bon chemin. Avec le recul, je me rends compte qu’il y a eu pas mal de petits déclics, de moments forts qui m’ont fait tendre vers une voie artistique. Par exemple gamin, certaines lectures comme Le Magicien des couleurs, j’en parlais ici, des dessins animés comme Le Sourire du dragon, là. Puis ado, des jeux de rôle comme l’Œil Noir, ici, des illustrations de pochettes de disque comme là, des films comme La Vallée Perdue, ici.
Au collège, en Provence, je grabouillais déjà beaucoup et me faisais remarquer dans les cours de dessin. Arrivé en troisième, il fallait faire un choix, plutôt difficile et lourd de conséquences. A l’époque, nous entendions qu’il était risqué de se lancer tôt dans une formation « professionnelle » en visant un baccalauréat technique. On nous conseillait d’éviter « l’entonnoir » tout de suite en orientant vers des matières scientifiques ou littéraires plus généralistes, plus passe-partout comme garantie et éviter de se retrouver sur le carreau si ça ne marchait dans une voie technique. Comme j’étais d’une nullité crasse en science, nous visions plutôt un bac Lettres A2 (c’était le nom à l’époque). Mais, au collège, l’enseignante des cours de dessin, Mme Palma, prit contact avec mes parents pour leur expliquer qu’elle pensait que j’avais peut-être un avenir dans le dessin ou en tout cas qu’elle sentait qu’il y avait un début de petit quelque chose en gestation. Je n’oublierai jamais cette dame et ses encouragements. Elle envisageait pour moi un bac A3 (Lettres et Arts). Je me souviens que les sections A3 n’avaient pas toujours bonne réputation et on entendait souvent que c’était celles et ceux qui n’étaient pas fichus de tenir la route dans les autres matières, des artistes, hum hum… Après réflexion, mes parents ont finalement décidé de me laisser tenter ma chance, confiants mais certainement un peu inquiets.
Il n’y avait qu’une seule section A3 dans la région, à Aix-en-Provence. C’était d’ailleurs les toutes dernières années de cette section, une réforme pointait son nez et allait donner un coup de balai dans les bacs en la faisant disparaître. L’avantage en A3 c’était le grand nombre d’heures de dessin, d’histoire de l’art et d’avoir des coefficients puissants pour ces matières, à jeu égal avec la philo ou d’autres matières clefs des sections littéraires. J’ai fait la rencontre de M. Bernus, professeur de dessin, qui pendant trois années nous fit travailler d’arrache-pied, durement, intelligemment, pour nous donner une certaine dextérité (nous travaillions habituellement en temps limité pour aller à l’essentiel, une sacrée école de la rapidité et de l’économie de moyens !). Ce professeur était haut en couleur, un peu farfelu. Il prenait son travail très à cœur et nous fit partager avec brio sa passion des arts, de la peinture. Heureusement il était plutôt réceptif, pas coincé dans une optique Beaux Arts, si je peux dire, et me permit de m’exprimer pleinement dans mon propre style. En complément de la pratique, nous avions aussi d’excellents cours d’histoire de l’art par M. Paindessous qui nous fit découvrir les classiques et nos contemporains en enrichissant considérablement notre culture artistique.
En terminale, à l’approche du bac, il a fallu encore faire des choix difficiles. Mon idéal était les Arts déco à Paris. Mais cela signifiait de grands chamboulements et, peut-être, certainement, une année de mise à niveau pour y entrer. Il y avait aussi l’école Boulle, Estienne… C’était en 1994 et mes parents et moi étions allés à Paris rencontrer des amis illustrateurs pour leur demander conseil. J’avais souvent entendu parler d’eux, «Big et Nicole» ou plutôt Bernard Giroud et Nicole Baron. Je leur avais montré mes dessins. Ils trouvaient que ça tenait la route et qu’avec de bons guides, ça devrait le faire, comme on dit. Nous avions longuement discuté, une après-midi à passer en revue les différentes écoles publiques. Nous n’avions jamais envisagé que je puisse entrer dans une école privée à cause de toute la partie finances de l’affaire. Et Big et Nicole ont évoqué l’école Emile Cohl. Ils nous ont expliqué que c’était très très difficile, un travail acharné, mais ce serait exactement ce qu’il me fallait. Cette rencontre m’a marqué car je n’avais encore jamais vu comment ça se passe chez un illustrateur, les coulisses de la création. J’avais visité leur atelier, ils travaillent souvent en duo, ils m’avaient montré des illustrations, des bouquins, des commandes. C’était merveilleux et ça me faisait drôlement envie.
La suite demain…
éponse en message aux commentaires du message précédent. En - long - message car je souhaitais vous faire part de mes réflexions et de mon approche pour l’élaboration de l’image.
Mais tout d’abord un grand merci pour ces mots qui me font bien plaisir ! Je suis content de voir que les commentaires reprennent vie car pendant quelques temps, c’était un peu Waterloo morne plaine. Ce n’est pas que j’ai besoin de gonfler mon égo déjà démesuré mais tous vos commentaires, retours, remarques, encouragements et suggestions me « boostent » drôlement. Un sacré coup de pouce qui m’aide (et me force) à aller toujours plus loin, vers plus de qualité.
Je réponds donc un peu en vrac. Pour nos elfes, nous souhaitons une forme de « réalisme » ou plutôt de crédibilité. D’où mon envie de faire des elfes « simples », plausibles. Comme le souligne Gribouille en commentaire, souvent on part dans des délires fantasmagoriques voire « masturbatoires ». Délires toujours bien chiadés, c’est très beaux et bien ficelé, pas de soucis de ce côté-là. Mais à trop vouloir en faire, on finit, souvent, par couper le lien avec le lecteur. Trop de dépaysement, trop de décalage ou trop de « Fantasy » peut nuire à une illustration fantastique. Je veux absolument que le lecteur puisse s’identifier à mes personnages, et ce même s’ils ont la peau pâle et blanchâtre, les oreilles en pointes, à côté de dragons, etc. Le lecteur doit pouvoir se projeter dans l’univers que je dépeins et pour cela il faut des passerelles, des éléments, détails et indices identifiables, qui collent avec son propre quotidien, son histoire et son environnement. Bien entendu, il faut aussi du délire et dépasser les limites mais, à mes yeux, il faut toujours que ce soit justifié et que l’équilibre ne soit pas rompu pour une meilleure immersion. J’en parlais déjà dans ces messages, comment d’une certaine manière mettre en scène le fantastique, ici, là ou encore là.
Je vais modifier l’œil du dragon, c’est en cours. Le faire un peu plus petit, plus « creusé », sous l’arcade pour un regard plus sombre et aiguisé. Et pour l’elfe à droite avec le bâton, j’hésite beaucoup à la décaler pour la faire plus sortir du champ de vision du dragon ou à agrandir un peu les roches derrière elle. En fin de compte, je me dis que les couleurs pourront jouer ce rôle, de plus j’imagine des capes un peu caméléon, imitant les teintes de la neige pour passer inaperçu. Aussi, en cachant plus l’elfe agenouillée à droite, j’ai peur de casser le timing. Là, en l’état, nous sommes une demi-seconde avant le drame ou une demi-seconde avant le réflexe salvateur. C’est-à-dire aller un peu plus loin que le dragon les a-t’il vu ? Plutôt les a-t’il identifié ? Et de fil en aiguille, ce dragon est-il méchant, intéressé par ces « fourmis », protège-t’il un territoire, etc. Je pense distiller ainsi plus de doute et décupler le nombre de questions relatives à l’image. A chacun d’imaginer la suite.
Pour la composition et la mise en scène, je me concentre sur la lisibilité et surtout, sur le cheminement du regard du lecteur. En jouant avec les diagonales, les regards, les postures. Il y en a certainement d’autres mais voici le sens de lecture que j’espère mettre en place soutenu par la mise en couleurs. Habituellement, on lit les images du haut en bas, de la gauche vers la droite. Je souhaite donc guider le regard ainsi, une grand diagonale avec les roches et l’échine du dragon jusqu’à son œil, puis on suit le regard du dragon vers le groupe d’elfe, leurs têtes et mouvements nous renvoie vers la droite de l’image et avec le bras de l’elfe, on finit sur le cristal ;)
Le dragon en arrière-plan n’entre pas vraiment dans le sens et la narration de mon image. Il apporte peut-être une dose d’inquiétude et suspense supplémentaire, qui sait, à cinq contre un dragon on peut peut-être y arriver, mais contre deux… Ce second dragon est surtout là pour ajouter une touche de couleurs chaudes qui fera contraste avec le premier-plan froid et glacé.

oilà presque deux mois que je n’ai pas mis en ligne liens et infos. Beaucoup de choses à partager aujourd’hui. James Gurney poursuit son blog pédagogique et captivant. Un vrai stakhanoviste du blog avec parfois un à deux message par jour. Et pas du « petit » message « coucou je vais bien et j’ai fait ça » mais plutôt du dense, limpide et instructif. Ce serait trop long de lister les derniers messages qui m’ont passionné, tout est bon dans le Gurney de toutes façons, et je vous recommande chaudement ses explications sur les couleurs, ambiances et tonalités publiées dernièrement. De vraies leçons de maître par là.
Une chouette news, Alan Lee débarque en France pour des signatures, c’est par ici pour les dates, veinards.
Puis quelques liens d’artistes, illustrateurs, galeries & co. Un classique, Tom Lovell, j’ai eu la chance d’avoir sous les yeux une peinture originale chez un ami illustrateur, magnifique. De belles choses tirées des archives du National Geographic, par ici. Basil Gogos, spécialisé dans les monstres et personnages bizarroïdes, très amusant. Par là, des illustrations Fantasy sur Charlemagne que je ne connaissais pas, par N. C. Wyeth, ça change des chevaliers, cow-boys ou pirates, très intéressant. Un chouette tutoriel de John Howe, ici. Et pour finir Curious Expeditions, une sorte de cabinet des curiosités, les « Dancing Fetal Skeletons » sont saisissants, par là.
Ensuite plus technique, Photoshoplus, un vaste bazar consacré à Photoshop et Vecteezy qui propose gratos des fichiers vectoriels, pratique. Je me suis aussi penché sur les PDFs et les solutions gratuites. Pour transformer des PDFs en fichiers WORD, c’est ici, pour convertir à la volée n’importe quelle page web en PDF, c’est par là (imparfait mais efficace) et PDF Hammer qui permet de manipuler des PDFs en ligne. Je suis aussi tombé par hasard sur un site permettant de créer des factures en ligne, en anglais, The Invoice Machine. Pour boucler la partie technique, un petit rappel avec ce site qui fait le tour de la question de la protection des images sur le net.
Enfin, SyndicatBD fait le point sur son activité et publie un bilan d’activité 2007, c’est par là, intéressant et encourageant. Et pour les plus gourmets d’entre vous, les meilleures recettes du quotidien coréen, c’est ici, miam ;)









