Ecrit dans Digressions et tergiversations. Lu 441 fois. 8 commentaires.

Je ne vais pas me lancer dans le vain débat pour ou contre le numérique, souris ou pinceau c’est quoi qu’est mieux, etc. Non je vais plutôt répondre à une question qui revient souvent dans les mails que je reçois de lecteurs du Journal de Bord ou de sympathiques admirateurs. On me demande donc souvent pourquoi je ne touche pas au numérique ou encore pourquoi je n’intègre pas le numérique dans mon travail.
En fait c’est assez simple. J’ai testé et essayé ces nouveaux outils, les Painter, ArtRage, Photoshop & Co, je m’étais même frotté à la 3D à une époque. J’ai toujours été passionné par l’infographie, ahlala DeluxePaint sur mon Atari 520ste ça décoiffait ! 16 couleurs une tuerie ! A l’Ecole Emile Cohl je m’étais aussi spécialisé infographie en seconde option, après l’illustration. Je me tiens au courant, je m’intéresse mais plus par passion. J’ai donc fait des essais, en couleur directe sur écran ou en partant de scans de crayonnés. Au final j’avais à peu près le résultat attendu, c’était bien «mes» illustrations mais j’étais terriblement frustré assis devant mon écran. Aucune sensation, aucun lien physique avec le support, je veux parler du grain du papier sous le pinceau, les odeurs, les accidents, l’influence de la lumière ambiante. Je m’étais aperçu que finalement je ne faisais que transposer ma technique dite traditionnelle sur écran. Je m’imitais.
Et j’ai pensé au parallèle avec un pianiste «classique» qui se met devant un synthétiseur. C’est marrant deux minutes, ça permet peut-être de bricoler, s’entrainer, s’amuser, on peut «composer» avec un ordinateur pas loin, c’est bien on n’embête pas les voisins avec un casque, etc. Mais pour l’exécution finale ce pianiste aura très certainement besoin d’un «vrai» piano, avec le toucher, la chaleur du bois, les vibrations, la texture des touches, le son qui enveloppe.
On compare aussi souvent le numérique avec l’arrivée de l’acrylique il y a moins d’un siècle qui a chamboulé pas mal d’habitudes. Mais je ne crois pas trop à cette symétrie car c’était uniquement le médium qui changeait. Ce qui était dans le tube. On utilisait toujours les mêmes outils, des pinceaux, couteaux et brosses. Avec le numérique le changement est radical. Nouveau support (écran, papier virtuel) et nouveaux outils (souris, stylets, écran tactile à l’avenir). Je ne crois pas que le numérique soit une forme d’évolution par rapport aux techniques traditionnelles. Je pense plutôt que c’est complètement différent. Autre chose. Qui pour l’instant n’est pas utilisé comme il faut car dans la très grande majorité des cas on ne fait que recopier papier & pinceaux. A mon avis, ceux qui sont en train de mettre la révolution en marche, sont ceux-là qui, avec des années de pratique ou formation académiques derrière eux, pense au numérique comme un simple outil à découvrir, à explorer et pas comme au substitut d’une technique existante trop longue et/ou difficile à apprendre. Des illustrateurs comme Sparth, Craig Mullins ou Justin Sweet (et tant d’autres), là je pense qu’on est radicalement dans l’expérimentation, la création originale (ou originelle qui sait ?), ce n’est ni de l’imitation de techniques classiques ni du remplissage au pot de peinture dans Photoshop, on voit émerger quelque chose de neuf et d’inédit.
Pour en revenir à la technique pure et dure je crois que le changement est beaucoup plus profond qu’une simple évolution. Un peu comme si notre pianiste se mettait à la guitare. Il ferait de la musique mais avec un nouvel instrument qu’il faudra apprendre à utiliser et maîtriser. Mais on n’apprend pas la guitare en quinze jours…
Même si je me tiens informé et bidouille à mes heures perdues, dans l’immédiat je n’ai vraiment aucune envie d’intégrer ces nouveaux outils à mon travail, où plutôt à ce que je fais actuellement. De plus je pense que j’ai encore d’énormes progrès à faire en peinture, j’ai encore beaucoup à apprendre et je suis bien loin du compte. Honnêtement et sans fausse modestie, je pense vraiment en être à mes tout débuts, je n’ai qu’une petite dizaine d’années d’expérience et dur labeur derrière moi et je commence seulement à être réellement satisfait (et encore pas toujours). J’ai posé les bases de mon univers et les premières pierres de ma technique. Maintenant il va falloir développer, améliorer tout ceci dans les décennies à venir et je ne suis pas pressé… Pour l’instant je n’utilise pas le numérique artistiquement, plutôt pratiquement, pour gagner du temps (impression et retouches des crayonnés par exemple). En revanche je ferai peut-être, certainement, autre chose avec le numérique. Complètement autre chose qui n’aurait rien à voir artistiquement et esthétiquement avec ce que je fais maintenant. Arriver à ne conserver que le savoir (gestion des couleurs, composition, cadrage) pour élaborer de nouvelles techniques, de nouvelles voies avec le numérique, se positionner dans la même optique que les illustrateurs cités plus haut. C’est-à-dire inventer. Mais il faudra trouver le temps et l’énergie pour chercher et expérimenter. Ce n’est pas gagné et quand je vois la marée numérique dans le monde de l’illustration et le peu de choses qui me plaisent ça me donne furieusement envie de faire de la résistance ;)
A part ces quelques réflexions c’est boulot boulot, finaliser les projets en cours. En fin de journée, le soleil s’est enflammé au-dessus des montagnes qu’on aperçoit par les fenêtres à l’arrière de l’appart…

Mercredi 7 juin 2006

L’Encyclopédie Médiévale

Ecrit dans Culture et artbooks. Lu 1 651 fois. 8 commentaires.

Grâce au site Pousse Rapière, j’ai découvert que L’Encyclopédie Médiévale de Viollet-le-Duc est maintenant disponible en ligne et gratuitement. Ca c’est une bonne nouvelle. Pour celles et ceux qui ne comprennent pas ce que je viens d’écrire je recopie le début du message lu sur Pousse Rapière :
«Eugène Viollet-le-Duc a fait durant le 19ème siècle un important travail de restauration sur des églises, des châteaux et des villes fortifiées françaises de l’époque moyenâgeuse. L’ensemble de ses travaux ont été publiés en fascicules, eux-mêmes réunis en livres. Le Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle a été écrit par Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc de 1854 à 1868 ; les 4000 pages de texte illustrées de 4500 gravures sur bois qui le composent furent publiées en neuf tomes d’environ 500 pages chacun, un dixième tome indexant l’ensemble des lieux géographiques couverts par les neuf premiers. Il fut suivi par un Dictionnaire raisonné du mobilier publié de 1858 à 1875 en six tomes…etc, lire la suite…»
Ces encyclopédies sont une source inépuisable de documents, références & co. Un must. Mon seul regret c’est de découvrir cette mise en ligne alors que je viens de terminer mes crayonnés pour l’album «Le chevalier à la plume» qui se déroule à cette période, ça m’aurait fait gagner du temps. Au passage j’ai aussi découvert cet excellent site, riche en documentation, The New-York Public Library Online.

P. S. :
Un petit mot à propos de mon récent message sur ma dernière fournée d’armes et objets magiques. J’ai retiré l’image avec toutes les illustrations en miniature après que l’éditeur m’ait gentiment et poliment (je tiens à le préciser) demandé de ne pas montrer les images avant leur publication pour conserver intacte la découverte du lot. Ce que je comprends tout à fait. Désolé donc et patience pour les retardataires qui ne verront pas ces illustrations en avant-première mondiale comme les petits veinards qui passent quotidiennement par ici ;)

Jeudi 1 juin 2006

Le chevalier à la plume, suite…

Ecrit dans Illustrations, crayonnés et making-of. Lu 419 fois. 2 commentaires.

Voilà les douze crayonnés des douze illustrations pleine page (26,5 x 31 cm) pour l’album chez Casterman. Je précise que cette planche de crayonnés est volontairement réduite, je ne vais quand même pas TOUT vous montrer, non mais, il faut en garder un peu pour la sortie de l’album, pour préserver le mystère et la surprise. Et maintenant il faut mettre tout ça en couleur et je suis très loin d’être en avance, hum hum…

Mercredi 31 mai 2006

Armes, sorciers & sortilèges

Ecrit dans Fantastique, SF et Fantasy. Lu 709 fois. 7 commentaires.

Hier je présentais ma dernière fournée d’armes et objets magiques et voilà que Paizo m’annonce que la liste du pack suivant «Dragon’s Trove» est prête ! C’est reparti pour 110 ! A commencer tout doux dans les mois et semaines à venir pour une sortie prévue à l’automne. Il va falloir se creuser les méninges. Je vais aussi réaliser deux illustrations pour le magazine Dragon 347, je n’ai malheureusement pas pu en accepter plus compte tenu de mon planning déjà bien chargé…
Et voilà les deux couvertures parues chez Rageot, les crayonnés c’était par ici. C’est classieux, papier mat et blanc cassé pour les couvertures avec quelques zones en relief, brillantes (yeux et bouches des «personnages», titres), j’aime beaucoup et ça fait du bien de pouvoir faire du bon vieux fantastique mystérieux. Au passage je vous recommande vivement la lecture de ces deux aventures, il n’y a pas vraiment d’ordre mais on retrouve les mêmes personnages. Deux très bonnes histoires fantastiques, plutôt adultes, penchant vers l’ésotérisme et le côté obscur de la magie, démons, malédictions, pentacles et revenants. La plume de Jean Molla est particulièrement bien aiguisée, on passe un très bon moment et ça change de la magie «gentille», amusante et féerique à la Harry Potter. Le vent tourne.

Lundi 29 mai 2006

Et voilà

Ecrit dans Au jour le jour. Lu 479 fois. 2 commentaires.

Déménagement réussi, sans encombre, tout s’est déroulé à merveille. Impec. Installation rapide, efficacité coréenne oblige. J’ai pu reprendre crayons et pinceaux dès le lendemain. Ca fait du bien d’avoir plus d’espace, j’ai maintenant un grand bureau, notre nouvel appart est au quinzième étage, grande baie vitrée au sud, lumineux, très agréable et aéré. Et depuis il s’est passé pas mal de choses.
Tout d’abord j’ai été contacté par les éditions anglaises Usborne. L’an passé, lors d’une de mes séances de ratissage éditorial, j’avais contacté - un peu au pif - les éditions Usborne (qui je le rappelle est un des grands éditeurs anglais pour la jeunesse). J’avais reçu une réponse positive même s’il n’y avait pas de travail dans l’immédiat. Le message ressemblait à la réponse automatique que reçoivent les illustrateurs en quête de nouvelles collaborations mais cela m’avait paru honnête et sincère. Apparemment ça a fait son chemin car la semaine dernière, une certaine Andrea m’écrit pour me proposer un projet d’album excellentissime, l’histoire des Pirates. Un immense panorama de la piraterie, des Vikings et Barbares en passant par les pirates des mers de Chine, le Blackbeard, François L’Ollonaios, William Kidd, l’Île au Trésor, des passages plus techniques sur les abordages, la vie à bord, les attaques & co, etc. En bref un projet du tonnerre. Mais là où ça s’est compliqué c’est que la date de rendu était fixée à la mi-août. Ces temps-ci je suis archi-débordé et je vais disparaître dans les marais et étangs de Provence en juillet. Le planning proposé par Usborne m’avait l’air bien verrouillé et ne voyant aucune solution pour faire le livre dans les temps et dans de bonnes conditions, j’ai proposé, à contre-cœur, qu’on laisse passer les pirates (argh) et qu’on se tourne vers un autre projet pour le début de l’automne, à mon retour. Finalement, on m’annonce que la date de rendu des pirates est repoussée à la fin du mois d’octobre pour que je puisse réaliser le bouquin ! Génial. Voilà une nouvelle qui m’a beaucoup touché. D’une part parce que j’ai toujours rêvé de me frotter pour de bon aux histoires de pirates, un régal et d’autre part parce que cela fait très très plaisir de voir un éditeur modifier son planning de la sorte pour qu’on puisse travailler ensemble, surtout par les temps qui courent. Je sens qu’on va faire du bon boulot et il y a du pain sur la planche, 64 pages couleur, un moyen format (13×20cm) et un joli pactole pour le tout. Je commencerai donc cette aventure dès la mi-août.
Ensuite j’ai reçu quelques bouquins dont j’avais réalisé les couvertures. Le recueil sur les elfes pour le jeu de rôle «L’Œil Noir» chez Fanpro et Le jardin des sortilèges chez Rageot. Les deux couvertures sont vraiment bien imprimées, les couleurs sont respectées, fidèles aux originaux, les mises en pages bien foutues et voir son travail mis en valeur de cette manière ça fait aussi très plaisir. Les crayonnés et/ou mises en couleurs de ces couvertures sont quelque part sur le Journal de Bord, en fouinant un peu.
Bon c’est parti pour une semaine chargée dans un nouvel environnement. Au boulot.

P. S. :
Depuis quelques semaines j’ai reçu plusieurs mails sympathiques me posant des questions, me demandant de l’aide. Trop accaparé par le boulot et le déménagement, je n’ai pas eu le temps de répondre clairement et posément. Donc un petit coucou aux auteurs de ces mails pour leur dire que je ne les oublie pas et que je répondrai dès que mon horizon se sera un peu éclairci. Encore un peu de patience ;)