Ayant fini cette semaine les nouveaux crayonnés pour le troisième set GameMastery Item Pack, je me rends sur le site de Paizo dans la rubrique concernant cette gamme, histoire de jeter un œil. Et là, oh joie, je découvre le visuel de la boîte du premier pack ! Excellent ! J’avais montré ici un premier visuel qui apparemment n’était là que pour la pub et annoncer le lancement de la série. Je poursuis ma lecture et découvre l’annonce d’un quatrième pack ! Encore 110 cartes ! Etonnant, on ne m’en a pas parlé… Un peu surpris, curieux, je contacte l’éditeur. En attendant sa réponse, je me dis que peut-être il ne m’a pas prévenu car ils souhaitent diversifier la gamme, peut-être demander un pack spécifique à un autre illustrateur pour varier un peu, ce que je comprendrais tout à fait car 384 cartes (!) par le même ça peut peut-être commencer à lasser… Et voilà la réponse :
«Vincent, my plan is to have you do all of our Item Card illustrations, I’m very happy with what you’ve done so far !»
Youpi ! Dansons la karioka !

En lisant cet article édifiant sur les dangers et précautions à prendre face au jeu de rôle je me suis bien marré. Du grand art. On y parle de fuite devant la réalité, identification, dérèglement sentimental et dépendance, schizophrénie et névrose. Rien que ça. Bon, ce site est, il est vrai, un peu «orienté» idéologiquement et certainement pas le plus objectif mais la lecture de cette «étude» vaut le détour. Un impressionnant condensé. Amis joueurs, «rôlistes» comme on dit, attention, vous allez sombrer dans la violence, la démence, le vice et bien d’autres joyeusetés. Quand je pense que c’est grâce à ces univers, ces mondes et ces jeux que tant d’artistes ont pu développer leur talent. Ce qui me surprend sur le site cité plus haut, c’est qu’il ne parle pas - encore - des jeux vidéo ni du hard-rock…
Toujours dans le jeu de rôle, j’ai fini cette semaine quelques illustrations noir et blanc. Six images pour l’Elven Sourcebook (les elfes) ainsi que quatre demi-pages pour le jeu Shadowrun. Hier soir j’ai bossé tard pour apporter la touche finale aux crayonnés des 110 armes et objets magiques… Voilà, fini les crayonnés maintenant il va falloir passer à la couleur. Je travaille le plus souvent de cette manière, dix, quinze jours de crayonnades intensifs puis que de la couleur pour ensuite revenir aux crayonnés et ainsi de suite. Je préfère grouper, c’est plus facile de se concentrer de cette manière et surtout c’est bien plus pratique, ça m’évite un sacré bazar pour changer de matériel.

J’ai reçu les Artbooks (Artbooks) commandés il y a peu sur Amazon, aucun souci comme d’habitude, parfait état, rapide et efficace.
Tout d’abord le bouquin avec les crayonnés de Alan Lee (si on peut encore parler de «crayonnés»). Magnifique tout simplement, une grande sensibilité, de belles nuances, un régal…

Ensuite le recueil sur Allen St. John. Encore une brute à ajouter au panthéon des furieux du noir & blanc dans la veine de Joseph Clement Coll, Franklin Booth ou encore Bernie Wrightson…

Puis le artbook sur le troisième épisode de la série Star Wars. Certainement le bouquin le plus riche, le plus abouti de la série Star Wars à mon avis. Excellent. On ne sait plus où donner de la tête, des quantités phénoménales de recherches, une masse de travail qui me dépasse, tests, crayonnés, etc…

Pour finir, la cerise. Le (gros) bouquin sur les costumes Star Wars qui va bien au-delà de mes espérances ! J’ai rarement vu un livre aussi bien foutu, classe, des photos impeccables, plein de détails de costumes, certains vus sous plusieurs angles. Ça va du simple trooper, en passant par les personnages principaux, les monstres et autres ethnies qui pullulent dans les films. Il ne manque rien. Impressionnant. Je ne m’attendais pas à un livre aussi complet et détaillé. En plus les photos sont prises avec les actrices et acteurs du film, ce qui ne gâche rien. Si vous avez 30$ dans votre tirelire c’est le moment de la casser !

Il y a quelques années j’avais illustré «les naufragés de l’Arbre-Pont» pour les éditions Nathan. Depuis le livre a eu un certain succès et il est régulièrement réimprimé et adapté aux nouvelles collections. Le livre sera donc publié à nouveau et ils m’ont contacté pour faire une nouvelle couverture pour la nouvelle collection. Pour info voilà les précédentes couvertures.

Cette année rebelote et on me donne beaucoup de temps. C’est chouette je vais pouvoir prendre mon temps, justement, et faire ça au mieux. Tranquillement. Comme la collection est différente on me fait un joli briefing et par rapport à l’histoire on me conseille de montrer le vaisseau-mère écrasé avec l’arbre poussant dessus (si vous voulez savoir pourquoi allez lire le bouquin). Parfois les éditeurs donnent à l’illustrateur un point de départ pour illustrer une couverture, je trouve que c’est souvent utile car l’illustrateur n’a pas forcément une vision d’ensemble de la collection ou n’est peut-être pas familiarisé avec l’esprit de cette collection. Un petit aiguillage de départ peut éviter d’avoir à recommencer des crayonnés faisant doublon avec une autre couverture d’un autre bouquin. Je me lance alors sur la piste du vaisseau plus l’arbre mais cela ne me convient pas à cent pour cent et je fais un crayonné supplémentaire avec l’arbre seul, pour ne pas trop dévoiler l’histoire. Et c’est cette proposition qui est retenue !

Ensuite j’ai suivi cette piste en ajoutant un lézard au premier-plan pour dynamiser l’image et crée de la profondeur et je détaille un peu plus le lointain. Mais l’éditeur trouvait que cette version manquait un peu de patate, de vertige et j’ai fait un nouveau crayonné en ce sens, une contre-plongée.

Crayonné accepté et puis direction la mise en couleur. J’ajoute aussi un petit test maison pour voir ce que ça va donner mis en page. Ça me plaît bien ;)

Je remarque - avec plaisir - que le dernier tuto a du succès ! Merci !
Plusieurs questions dans les commentaires auxquelles je vais tenter de répondre ici.
Tout d’abord Al me demande «tu restes très fidèle à ton encrage, comment est-ce que tu fais? Je veux dire, est-ce que tu reprends tous tes traits au pinceau fin ???»
Là c’est difficile de répondre et dans un premier temps je n’ai pas su quoi dire. Ce matin j’ai trouvé. En fait je n’ai pas une approche «BD classique» de mes illustrations (et cela n’a rien de péjoratif attention). Comment dire, je ne remplis pas des formes, ce n’est pas du pot de peinture dans Photoshop (je caricature). Mon encrage ou l’impression du crayonné n’est là que pour m’indiquer l’emplacement des différents éléments de mon image. Le crayonné est un simple support, une sorte de sous-couche. Un canevas que je recouvre entièrement. Et je ne me stresse jamais pour rester fidèle ou non à ce crayonné. Il se trouve que dans le cas de Spartacus ça colle assez bien mais ce n’est pas volontaire. Certainement parce que le crayonné était déjà très poussé, très «fini» et détaillé. J’ai une approche très peinture, je pense en matière de couleurs, formes, volumes, contrastes, plans, profondeur, etc. Je ne reprends jamais les traits au pinceau ou crayon. En revanche parfois je retends des formes, accentue des lignes, ce n’est pas tout à fait la même chose. Mais dans ma tête je ne suis pas en train de penser que je reproduis fidèlement mon crayonné. Hmm je ne sais pas si je suis clair…
Comme le dis Serge un peu plus tard, «Et il ne reste rien du dessin d’origine, n’est-ce pas un peu dur de continuer à peindre une partie dont le dessin a déjà disparu ?» Pas du tout. Et franchement j’aimerais me passer de crayonnés. Je réalise les crayonnés pour l’éditeur (les lois du marché). L’éditeur a besoin d’un crayonné pour s’assurer que l’illustration est bien dans le ton de ce qui est demandé, pour vérifier qu’elle entre bien dans la maquette. Mais maintenant, de plus en plus en souvent, on réalise les crayonnés pour les réunions de représentants qui montent les catalogues Fnac & co à partir de ces images. Moi ça m’inquiète un peu car j’ai l’impression qu’on se trompe de cible, je fais mes crayonnés pour les directeurs artistiques qui ont certainement plus la fibre artistique que commerciale, je ne fais pas du business mais de l’art (si je peux me permettre). Quand j’entends «ah le crayonné est vendeur c’est bien» ça m’exaspère et je m’en cogne, je préfèrerais entendre «ah ce crayonné fera rêver, il raconte ou suggère beaucoup de choses et aidera les enfants à développer leur imaginaire c’est bien» (ahah). Bon on joue sur les mots mais il y a là un vrai souci, à mon avis, et ce sera pour un autre débat. Donc, pour ma part, si je le pouvais je ferai un crayonné très très sommaire, rapide, simplement l’emplacement des formes, personnages, le décor. Et je travaillerais directement à la peinture. Mais si j’envoie un crayonné très basique à l’éditeur je m’expose à deux choses. L’éditeur risque de me demander de le pousser un peu plus parce qu’il ne comprend pas bien l’image et s’inquiète ou sinon il l’accepte, je réalise l’image en couleurs et là oh surprise on me dit, ah bon, ok, ça ne correspond pas à ce qu’on imaginait, vous pouvez recommencer ? Hum hum. C’est pour cette raison que je fais des crayonnés très poussés, pour blinder cette étape afin de ne pas avoir de soucis par la suite. Si cela ne tenait qu’à moi je m’en passerai volontiers et je me jetterai sur les pinceaux fissa, mon rêve, peindre à la Wyeth & co…
Serge me demande aussi «Il y a je ne sais quoi qui homogénéise l’ensemble, j’imagine que c’est un souci tout le long ?»
Le je ne sais quoi ce sont les lavis colorés que je passe de temps en temps. Justement pour homogénéiser l’image. Pour cette illustration, j’ai passé des lavis de Terre de sienne naturelle mélangé à du Jaune d’or. Même si j’ai expliqué l’ordre dans lequel j’ai réalisé l’image, j’ai une vision d’ensemble tout au long de la réalisation. Quand je travaille une zone de l’image je suis naturellement concentré dessus mais je pense surtout à son intégration dans l’illustration. Et ce n’est pas un souci, ça ne m’inquiète pas plus que ça, c’est plutôt amusant. Je m’inquiète plutôt de ce que va faire le regard du lecteur.
Ce qui rejoint une question de Sfrank «Le fait que le ciel soit bleu, est-ce pour faire contrepoint au rouge des boucliers ? Est-que tu n’aurais pas grisé ou jauni le ciel s’il n’y avait pas eu le rouge dans l’illustration ?»
Ce n’est pas tout à fait ça. Dans une illustration il est important de créer de la profondeur. Pour cela il y a plusieurs techniques, on peut dessiner détaillé sur flou comme une mise au point en photo par exemple, c’est ce que je fais ici pour mettre le gladiateur en valeur. On peut jouer avec des tons chauds sur des tons froids ou encore on peut superposer des complémentaires. Ce qui est aussi le cas ici. Mon but étant de faire ressortir au maximum le casque du gladiateur, j’ai mis du bleu en fond, autour, pour mettre les jaunes en avant. De plus pour rendre mes illustrations plus vivantes, je fais attention à toujours utiliser une tonalité dominante plus deux tons différents, donc trois «couleur» (et si possible pas plus ni moins). De cette manière l’illustration ne ressemble pas à un sapin de Noël ou ne semble pas trop «vide». Ici on a une gamme dominante de bruns/rouges/orangés, des jaunes et des bleus tirant sur le vert. Essayez de visualiser l’illustration sans une de ces couleurs. Par exemple si on enlève le bleu, l’image tire vers le monochrome… Un petit conseil à propos de la force d’une image et de son bon équilibre. Je crois que dans une illustration il faut un point noir et un point blanc. Une zone très très sombre et une zone la plus claire possible. Ceci pour l’équilibrer et développer la gamme entre ces deux tons extrêmes. Ce qui est aussi une manière de mettre en valeur un élément en particulier. Par exemple pour savoir si votre image est suffisamment contrastée et équilibrée, passez là en gris (dans Photoshop) et vous verrez tout de suite si elle fonctionne. Je trouve que mon Spartacus passe plutôt bien en gris ! Ça reste lisible et mon souhait de montrer en premier le casque marche tout aussi bien. Là ce n’est pas grâce aux complémentaires mais grâce aux contrastes car j’ai placé mes tons noirs et blancs les plus forts sur le casque. Un dernier petit truc pour vérifier si son image tient la route, mettez-la tête en bas, à l’envers et hop on voit immédiatement ce qui cloche.

Sfrank me demande aussi «En fait avais-tu déjà choisis les couleurs avant de commencer cette illustration ?»
Oui et c’est le cas la plupart du temps. Je déteste me lancer dans une mise en couleur sans savoir où je vais. Comme je le disais il y a bien sûr une bonne part de hasard et tout ceci évolue au long de la réalisation mais je visualise assez bien ce que je veux. Tout simplement parce que je cherche des kilomètres de docs et regarde quantité d’images auparavant. Là par exemple j’ai revu les passages de batailles des films Alexandre, Kingdom of Heaven ou encore Gladiator. J’ai cherché plein de documents sur les gladiateurs, les casques etc. Et plus je trouvais de références et plus l’image prenait forme en esprit.
Voilà, j’ai fait long mais j’essaie d’être le plus clair possible. Car ce n’est jamais évident de décrire et tenter d’expliquer ce qui se passe intérieurement, sa sensibilité, son fonctionnement. Demain je mets en ligne le tuto sur les réglages et modifications dans Photoshop en vue de l’impression…









