Ecrit dans Parcours et inspirations. Lu 202 fois. 5 commentaires.

Tout est dans le titre. On me questionne souvent sur mes études, sources d’inspiration & co. J’ai parfois plus ou moins répondu de-ci de-là dans mes messages mais je me dis qu’un petit concentré ne serait pas plus mal. Commençons par mon parcours.
Il me semble qu’il est des plus communs. En revanche, je crois que j’ai eu la chance extraordinaire de rencontrer, croiser, écouter des personnes qui ont su me faire confiance et déceler en moi la petite étincelle, m’aiguillant sur le bon chemin. Avec le recul, je me rends compte qu’il y a eu pas mal de petits déclics, de moments forts qui m’ont fait tendre vers une voie artistique. Par exemple gamin, certaines lectures comme Le Magicien des couleurs, j’en parlais ici, des dessins animés comme Le Sourire du dragon, . Puis ado, des jeux de rôle comme l’Œil Noir, ici, des illustrations de pochettes de disque comme , des films comme La Vallée Perdue, ici.

Au collège, en Provence, je grabouillais déjà beaucoup et me faisais remarquer dans les cours de dessin. Arrivé en troisième, il fallait faire un choix, plutôt difficile et lourd de conséquences. A l’époque, nous entendions qu’il était risqué de se lancer tôt dans une formation « professionnelle » en visant un baccalauréat technique. On nous conseillait d’éviter « l’entonnoir » tout de suite en orientant vers des matières scientifiques ou littéraires plus généralistes, plus passe-partout comme garantie et éviter de se retrouver sur le carreau si ça ne marchait dans une voie technique. Comme j’étais d’une nullité crasse en science, nous visions plutôt un bac Lettres A2 (c’était le nom à l’époque). Mais, au collège, l’enseignante des cours de dessin, Mme Palma, prit contact avec mes parents pour leur expliquer qu’elle pensait que j’avais peut-être un avenir dans le dessin ou en tout cas qu’elle sentait qu’il y avait un début de petit quelque chose en gestation. Je n’oublierai jamais cette dame et ses encouragements. Elle envisageait pour moi un bac A3 (Lettres et Arts). Je me souviens que les sections A3 n’avaient pas toujours bonne réputation et on entendait souvent que c’était celles et ceux qui n’étaient pas fichus de tenir la route dans les autres matières, des artistes, hum hum… Après réflexion, mes parents ont finalement décidé de me laisser tenter ma chance, confiants mais certainement un peu inquiets.

Il n’y avait qu’une seule section A3 dans la région, à Aix-en-Provence. C’était d’ailleurs les toutes dernières années de cette section, une réforme pointait son nez et allait donner un coup de balai dans les bacs en la faisant disparaître. L’avantage en A3 c’était le grand nombre d’heures de dessin, d’histoire de l’art et d’avoir des coefficients puissants pour ces matières, à jeu égal avec la philo ou d’autres matières clefs des sections littéraires. J’ai fait la rencontre de M. Bernus, professeur de dessin, qui pendant trois années nous fit travailler d’arrache-pied, durement, intelligemment, pour nous donner une certaine dextérité (nous travaillions habituellement en temps limité pour aller à l’essentiel, une sacrée école de la rapidité et de l’économie de moyens !). Ce professeur était haut en couleur, un peu farfelu. Il prenait son travail très à cœur et nous fit partager avec brio sa passion des arts, de la peinture. Heureusement il était plutôt réceptif, pas coincé dans une optique Beaux Arts, si je peux dire, et me permit de m’exprimer pleinement dans mon propre style. En complément de la pratique, nous avions aussi d’excellents cours d’histoire de l’art par M. Paindessous qui nous fit découvrir les classiques et nos contemporains en enrichissant considérablement notre culture artistique.

En terminale, à l’approche du bac, il a fallu encore faire des choix difficiles. Mon idéal était les Arts déco à Paris. Mais cela signifiait de grands chamboulements et, peut-être, certainement, une année de mise à niveau pour y entrer. Il y avait aussi l’école Boulle, Estienne… C’était en 1994 et mes parents et moi étions allés à Paris rencontrer des amis illustrateurs pour leur demander conseil. J’avais souvent entendu parler d’eux, «Big et Nicole» ou plutôt Bernard Giroud et Nicole Baron. Je leur avais montré mes dessins. Ils trouvaient que ça tenait la route et qu’avec de bons guides, ça devrait le faire, comme on dit. Nous avions longuement discuté, une après-midi à passer en revue les différentes écoles publiques. Nous n’avions jamais envisagé que je puisse entrer dans une école privée à cause de toute la partie finances de l’affaire. Et Big et Nicole ont évoqué l’école Emile Cohl. Ils nous ont expliqué que c’était très très difficile, un travail acharné, mais ce serait exactement ce qu’il me fallait. Cette rencontre m’a marqué car je n’avais encore jamais vu comment ça se passe chez un illustrateur, les coulisses de la création. J’avais visité leur atelier, ils travaillent souvent en duo, ils m’avaient montré des illustrations, des bouquins, des commandes. C’était merveilleux et ça me faisait drôlement envie.

La suite demain…

Samedi 15 mars 2008

Les Elfes I (addendum)

Ecrit dans Fantastique, SF et Fantasy. Lu 259 fois. 12 commentaires. Il y a un an, j'écrivais Pulse Arts.

Réponse en message aux commentaires du message précédent. En - long - message car je souhaitais vous faire part de mes réflexions et de mon approche pour l’élaboration de l’image.
Mais tout d’abord un grand merci pour ces mots qui me font bien plaisir ! Je suis content de voir que les commentaires reprennent vie car pendant quelques temps, c’était un peu Waterloo morne plaine. Ce n’est pas que j’ai besoin de gonfler mon égo déjà démesuré mais tous vos commentaires, retours, remarques, encouragements et suggestions me « boostent » drôlement. Un sacré coup de pouce qui m’aide (et me force) à aller toujours plus loin, vers plus de qualité.
Je réponds donc un peu en vrac. Pour nos elfes, nous souhaitons une forme de « réalisme » ou plutôt de crédibilité. D’où mon envie de faire des elfes « simples », plausibles. Comme le souligne Gribouille en commentaire, souvent on part dans des délires fantasmagoriques voire « masturbatoires ». Délires toujours bien chiadés, c’est très beaux et bien ficelé, pas de soucis de ce côté-là. Mais à trop vouloir en faire, on finit, souvent, par couper le lien avec le lecteur. Trop de dépaysement, trop de décalage ou trop de « Fantasy » peut nuire à une illustration fantastique. Je veux absolument que le lecteur puisse s’identifier à mes personnages, et ce même s’ils ont la peau pâle et blanchâtre, les oreilles en pointes, à côté de dragons, etc. Le lecteur doit pouvoir se projeter dans l’univers que je dépeins et pour cela il faut des passerelles, des éléments, détails et indices identifiables, qui collent avec son propre quotidien, son histoire et son environnement. Bien entendu, il faut aussi du délire et dépasser les limites mais, à mes yeux, il faut toujours que ce soit justifié et que l’équilibre ne soit pas rompu pour une meilleure immersion. J’en parlais déjà dans ces messages, comment d’une certaine manière mettre en scène le fantastique, ici, ou encore .

Je vais modifier l’œil du dragon, c’est en cours. Le faire un peu plus petit, plus « creusé », sous l’arcade pour un regard plus sombre et aiguisé. Et pour l’elfe à droite avec le bâton, j’hésite beaucoup à la décaler pour la faire plus sortir du champ de vision du dragon ou à agrandir un peu les roches derrière elle. En fin de compte, je me dis que les couleurs pourront jouer ce rôle, de plus j’imagine des capes un peu caméléon, imitant les teintes de la neige pour passer inaperçu. Aussi, en cachant plus l’elfe agenouillée à droite, j’ai peur de casser le timing. Là, en l’état, nous sommes une demi-seconde avant le drame ou une demi-seconde avant le réflexe salvateur. C’est-à-dire aller un peu plus loin que le dragon les a-t’il vu ? Plutôt les a-t’il identifié ? Et de fil en aiguille, ce dragon est-il méchant, intéressé par ces « fourmis », protège-t’il un territoire, etc. Je pense distiller ainsi plus de doute et décupler le nombre de questions relatives à l’image. A chacun d’imaginer la suite.

Pour la composition et la mise en scène, je me concentre sur la lisibilité et surtout, sur le cheminement du regard du lecteur. En jouant avec les diagonales, les regards, les postures. Il y en a certainement d’autres mais voici le sens de lecture que j’espère mettre en place soutenu par la mise en couleurs. Habituellement, on lit les images du haut en bas, de la gauche vers la droite. Je souhaite donc guider le regard ainsi, une grand diagonale avec les roches et l’échine du dragon jusqu’à son œil, puis on suit le regard du dragon vers le groupe d’elfe, leurs têtes et mouvements nous renvoie vers la droite de l’image et avec le bras de l’elfe, on finit sur le cristal ;)
Le dragon en arrière-plan n’entre pas vraiment dans le sens et la narration de mon image. Il apporte peut-être une dose d’inquiétude et suspense supplémentaire, qui sait, à cinq contre un dragon on peut peut-être y arriver, mais contre deux… Ce second dragon est surtout là pour ajouter une touche de couleurs chaudes qui fera contraste avec le premier-plan froid et glacé.

 

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Vendredi 14 mars 2008

Les Elfes I

Ecrit dans Fantastique, SF et Fantasy. Lu 200 fois. 9 commentaires. Il y a un an, j'écrivais Une nouvelle couche.

Coup d’envoi du projet elfique avec les éditions Daniel Maghen (j’en parlais déjà un peu ici). Nous en sommes encore au stade de l’intense brainstorming pour lister thèmes et idées sur les elfes. Ca va aller très loin et certains thèmes que nous allons aborder ne m’avaient même pas effleuré l’esprit avant et je vous promets des surprises et bon nombre de nouveautés. Par exemple, des thèmes sur les elfes non mis en images auparavant ou d’autres traités avec une approche très différente voire novatrice.
En attendant d’entrer encore plus dans le vif du sujet, j’ai carte blanche. C’est-à-dire que je peux réaliser des scènes et images de mon cru sur l’univers elfique. C’est vraiment chouette (et exceptionnel) car cela va me permettre de m’exprimer pleinement et d’enfin pouvoir mettre sur le papier des « visions » ou images que j’ai en tête depuis un moment. Comme la scène suivante, une double page pleine (62×43,5 cm pour le format original).
Dans les montagnes enneigées, un petit groupe de jeunes elfes explore les mines abandonnées à la recherche de précieux cristaux. Au moment de sortir de la caverne, ils découvrent des dragons en pleine chasse qui flairent leur présence. En tentant de franchir le passage en douceur, une elfe laisse tomber un des cristaux. Les compagnons sont sur leurs gardes car ce cristal est lumineux et le dragon à la vue perçante…
J’ai une idée très précise des couleurs et de l’ambiance. Un grand contre-jour. Le premier plan plongé dans une lumière bleutée, à l’ombre des montagnes. Le temps est suspendu. Au lointain, d’autres monts et falaises en pleine lumière. Un rai de lumière chaude tombe en arrière-plan sur un second dragon qui se dore au soleil. De la neige commence à tomber…
J’ai crayonné les différentes parties séparément, personnages, entrée de la grotte, décor et dragons pour ensuite les assembler via Photoshop. J’ai aussi fait un très rapide essai de couleurs pour placer quelques teintes qui me guideront. A suivre…

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P. S. :
Je me demande si je ne vais pas reprendre l’oeil du dragon qui me semble là, peut-être, trop « gentillet ». Un oeil plus perçant, allongé, mis-clos, inquiétant, serait peut-être plus percutant…

Lundi 10 mars 2008

L’intégrale, partie I

Ecrit dans Fantastique, SF et Fantasy. Lu 168 fois. 4 commentaires.

Après quinze jours voire même trois semaines de tête dans le sac, grippe, otite & co, j’ai repris doucement le chemin des crayons et pinceaux la semaine dernière, pour de bon, requinqué. Je rattrape tant bien que mal le retard sur tous les projets en cours. Entre autres, j’ai crayonné la couverture de l’intégrale de l’Encyclopédie du fantastique et de l’étrange dont je parlais ici.
Casterman m’a donné carte blanche. Ce qui peut se révéler à double tranchant, il n’est pas toujours évident de pouvoir profiter pleinement d’une telle liberté. Ci-dessous, la maquette de la couverture. Une grande image, un peu dans le même esprit que celles réalisées pour Rageot (voir ici ou ). Une illustration immense couvrant tous les pans de la couverture, rabats & co.

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Au début, peut-être encore assommé par les remèdes coréens en tout genre, je suis parti sur une idée classique (mais qui a fait ses preuves). Les dragons. Un envol, des cieux tourmentés, un décor montagneux si possible décoiffant avec les couleurs, etc. Mais je n’étais pas satisfait. Des dragons j’en ai fait pas mal ces derniers mois et on en voit beaucoup (et des bien mieux) dernièrement (cf par ).

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Je me suis dit que j’allais essayer de mieux profiter de cette chance d’avoir carte blanche en apportant un peu « d’exotisme » et livrer quelque chose de plus personnel. J’avais une image en tête depuis un moment. En bref, le courageux volontaire du village, couvert de grigris et baume répulsif, s’aventure dans le glauque marais voisin pour tenter de déloger la créature qui boulotte les chèvres des éleveurs. Je me suis régalé sur ce crayonné, une forme d’hommage à « l’Etrange créature du lac noir », film que je découvrais gamin, présenté par Eddy Mitchell lors de la Dernière Séance (pour celles et ceux qui auraient besoin de réviser les classiques, c’est par ici ou pour des posters effrayants dans tous les sens du terme). Mais mon éditeur, à très très juste titre (merci JMC), trouvait que les trois premières couvertures que l’on peut voir ici alignées avait une unité de cadrage, mise en scène, réalisation, un personnage dans son environnement, face aux lecteurs, entouré de sbires ou éléments nous renseignant un peu plus sur l’atmosphère ou le « biotope » local. Ma nouvelle proposition de crayonné, même si elle tient la route en elle-même, s’éloigne un peu trop des premières publications et ne fait peut-être pas assez figure « d’intégrale »…

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Cette piqure de rappel et ce petit rafraîchissement de mémoire me fit le plus grand bien, une bonne claque finalement. En revoyant les trois illustrations des couvs précédentes, je me suis rendu compte qu’elles n’ont pas vraiment de lien dans le « sens », elles décrivent chacune un univers différent mais rien ne les lie. Je me suis donc dit que j’allais les regrouper pour l’illustration de couverture de l’intégrale, une « couverture-concept » en quelque sorte, héhé. Sur les rabats et sur le plat4, je rappelle les univers dépeints précédemment, le mage et ses petits démons, la fée blanche au bord de l’eau entourée de ses lutins à capuches violettes et l’île-cimetière mystérieuse survolée de corbeaux… Et pour le plat avant, un beau gardien protecteur, défendant ces univers, accompagné d’une bestiole « porte-gourde » étrange et velue. La couv prend une dimension nouvelle ainsi et devient un peu « ludique » et j’espère que les plus curieux et malicieux lecteurs reconnaîtront les petits clins d’œil aux autres illustrations. Je laisse aussi de grands espaces dégagés pour assurer la bonne lisibilité des titres, textes et accroches qui seront ensuite ajoutés par l’éditeur. Après quelques bidouilles, nous nous dirigeons donc vers l’image suivante, le crayonné ci-dessous. En revanche, pour la mise en couleurs, je pense qu’il faudra attendre l’automne et la publication de l’ouvrage, patience ;)

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Vendredi 29 février 2008

A voir et a lire VIII

Ecrit dans A voir et à lire sur le net. Lu 166 fois. Aucun commentaire.

P
our ce huitième A voir et à lire, commençons par un site intéressant, en plein développement, une forme de Google Earth du corps humain, c’est par . Idéal pour se rafraîchir les idées ou faire remonter les cours d’anatomie, bien pratique pour réviser.
Ensuite, vous connaissez certainement la bande dessinée Watchmen. Cette aventure fleuve, hors-norme. Un format gaufrier on ne peut plus contraignant pour l’envers du décor des super-héros. Un récit dense, complexe et passionnant. Un bon résumé et une analyse intéressante sur Wikipédia, par ici. Et bien Watchmen va - enfin - voir le jour sur grand écran. C’est Zack Snyder qui s’y colle et j’espère avec brio quand je vois la réussite de l’adaptation de 300. Le réalisateur tient un blog et dévoile une première image par . J’ai hâte.
Dans la famille peinture, LinesandColors, par , nous fait découvrir ArtDemonstrations.com qui recense une multitude de tutoriels en vidéos. De belles séances de peinture, on en apprend pas mal. Nicolas Weis m’a transmis des liens intéressants à propos de « curiosités » et autres choses étranges qui nous entourent. Ici, AlexCF qui partage ses créations pour le moins étranges et bizarres. Et , le Cabinet of Wonders où l’on découvre d’autres curiosités. Je suis aussi tombé sur ce site, par ici, avec une mystérieuse petite fée séchée, brrrr.
Techniquement, ici, un joli post sur les brosses Photoshop sur ConceptART (merci Swal !), très utile et des centaines de polices gratuites. Pour finir, pour les amateurs de Fantasy, donjons & dragons, sur le site de Wizards on trouve de chouettes fonds d’écran par ici et par des kilomètres d’images et références. De belles sources d’inspiration.