Ecrit dans Parcours et inspirations. Lu 250 fois. 6 commentaires.

Après le parcours (ici et ), les inspirations. Et la documentation.
Quand j’étais enseignant à l’école Emile Cohl, j’étais toujours surpris de voir de jeunes arrivants croire gentiment qu’un illustrateur ou un bédéiste se met devant la page blanche et hop, dessine, commence en haut à gauche et finit en bas à droite (je caricature à peine). Idem pour les couleurs, et zou une mise en couleurs… A mettre sur le dos de leur fraîcheur dans le métier et les prémices de leur apprentissage, héhé. La démystification qui allait suivre et le travail considérable qui en découle allaient faire mal.

Mes sources d’inspiration sont diverses et variées. Le quotidien est la principale source, des nuages, un coucher de soleil, une lumière sur un mur, l’écorce d’un arbre, des visages dans le métro, une balade en forêt, etc. L’illustration nécessite un énorme travail d’observation, il faut former son œil à capter le moindre détail, une couleur, la pose d’une main, le contour d’un visage. Avant de commencer le crayonné d’une illustration, je ne fais pas des kilomètres de recherches en petit, des piles de brouillons ni ne remplis carnets et cahiers. Je réfléchis beaucoup à l’image. Un peu comme un travail mental à la loupe. J’ai généralement une « vision » de ce que je veux représenter (comme le mini-essai couleur des elfes). Mais une vision très floue que je vais affiner peu à peu en me creusant les méninges. Je me demande comment seront le ciel, l’ambiance, le décor. Puis les personnages, les roches, la végétation, les éléments, eau, air, etc. Enfin je pousse plus loin la réflexion en me questionnant par exemple sur les vêtements, tuniques des personnages. Celui-ci porte-t’il une broche à sa cape ? Celui-là, a-t’il une doublure à sa veste ? Cette épée reflète-t’elle ce qui l’entoure ? Est-elle matte, usée ? Est-ce qu’il y a de la mousse sur les roches ? Ce qui pourrait donner le sentiment d’un environnement humide ou apporter une touche de vert dans l’image par exemple, etc. J’assemble « mentalement » tout ceci. Ensuite ou en même temps, je me plonge dans mes livres, mes documents, je cherche sur Internet, je regarde des films pour emmagasiner le plus de références possibles et préciser ma vision de la scène. Lui donner corps. Et surtout l’enrichir, la développer pour que le lecteur ait plus un sentiment de justesse et de « vérité » de ce qui est représenté. En plus, en m’immergeant ainsi dans les bouquins & co, certaines images découvertes en appellent d’autres et m’évoquent de nouvelles interprétations de tel ou tel élément, entraînent de nouvelles idées.

J’ai chez moi grand nombre de livres, revues, magazines, catalogues de toute sorte, artbooks d’illustrateurs, bandes dessinées, encyclopédies sur les animaux, carnets de croquis… Je feuillette sans cesse ces livres à la recherche d’indices qui vont titiller mon inspiration, d’images susceptibles de m’aiguiller dans ma création. Il faut que ces sources d’inspiration « infusent » et « déteignent » sur moi. Tout ce travail de recherche sert à enrichir mon imaginaire. Une fois les documentations et sources d’inspiration bien digérées, je peux dessiner dans de bonnes conditions en me concentrant principalement sur l’illustration et son sens.

Mais il faut savoir bien utiliser la documentation. Ce qui est loin d’être évident. Il ne s’agit pas de copier, recopier ou décalquer. Cela n’aurait aucun sens car quand je dessine quelque chose, j’ai besoin de le comprendre. Connaître son articulation, son fonctionnement. Il faut « autopsier » et décortiquer la documentation avant de l’utiliser. Par exemple, une fois une pose assimilée, on peut déplacer un bras, changer la position de la tête, son regard, ses traits, maigrir ou grossir sa carrure sans trop de difficulté. Ou encore comment, sur cette photo, les nuages se teintent en fonction du soleil, ou pourquoi l’eau est plus transparente ici que là. Je recommande d’ailleurs vivement, encore et toujours, la lecture intégrale du blog de James Gurney qui, justement, détaille ce genre de raisonnement, c’est par (même si - à mon avis et ça peut être très long voire douloureux - une réflexion, seul, sans raccourci ni aide extérieure, sera meilleure et bénéfique).
Pour finir, j’imprime les docs et références trouvées pour les avoir sous les yeux, garde ouverts quelques livres autour de moi et je me lance avec mes crayons.

Suite et fin à propos de la documentation demain…

Samedi 15 mars 2008

Les Elfes I (addendum)

Ecrit dans Fantastique, SF et Fantasy. Lu 255 fois. 12 commentaires. Il y a un an, j'écrivais Pulse Arts.

Réponse en message aux commentaires du message précédent. En - long - message car je souhaitais vous faire part de mes réflexions et de mon approche pour l’élaboration de l’image.
Mais tout d’abord un grand merci pour ces mots qui me font bien plaisir ! Je suis content de voir que les commentaires reprennent vie car pendant quelques temps, c’était un peu Waterloo morne plaine. Ce n’est pas que j’ai besoin de gonfler mon égo déjà démesuré mais tous vos commentaires, retours, remarques, encouragements et suggestions me « boostent » drôlement. Un sacré coup de pouce qui m’aide (et me force) à aller toujours plus loin, vers plus de qualité.
Je réponds donc un peu en vrac. Pour nos elfes, nous souhaitons une forme de « réalisme » ou plutôt de crédibilité. D’où mon envie de faire des elfes « simples », plausibles. Comme le souligne Gribouille en commentaire, souvent on part dans des délires fantasmagoriques voire « masturbatoires ». Délires toujours bien chiadés, c’est très beaux et bien ficelé, pas de soucis de ce côté-là. Mais à trop vouloir en faire, on finit, souvent, par couper le lien avec le lecteur. Trop de dépaysement, trop de décalage ou trop de « Fantasy » peut nuire à une illustration fantastique. Je veux absolument que le lecteur puisse s’identifier à mes personnages, et ce même s’ils ont la peau pâle et blanchâtre, les oreilles en pointes, à côté de dragons, etc. Le lecteur doit pouvoir se projeter dans l’univers que je dépeins et pour cela il faut des passerelles, des éléments, détails et indices identifiables, qui collent avec son propre quotidien, son histoire et son environnement. Bien entendu, il faut aussi du délire et dépasser les limites mais, à mes yeux, il faut toujours que ce soit justifié et que l’équilibre ne soit pas rompu pour une meilleure immersion. J’en parlais déjà dans ces messages, comment d’une certaine manière mettre en scène le fantastique, ici, ou encore .

Je vais modifier l’œil du dragon, c’est en cours. Le faire un peu plus petit, plus « creusé », sous l’arcade pour un regard plus sombre et aiguisé. Et pour l’elfe à droite avec le bâton, j’hésite beaucoup à la décaler pour la faire plus sortir du champ de vision du dragon ou à agrandir un peu les roches derrière elle. En fin de compte, je me dis que les couleurs pourront jouer ce rôle, de plus j’imagine des capes un peu caméléon, imitant les teintes de la neige pour passer inaperçu. Aussi, en cachant plus l’elfe agenouillée à droite, j’ai peur de casser le timing. Là, en l’état, nous sommes une demi-seconde avant le drame ou une demi-seconde avant le réflexe salvateur. C’est-à-dire aller un peu plus loin que le dragon les a-t’il vu ? Plutôt les a-t’il identifié ? Et de fil en aiguille, ce dragon est-il méchant, intéressé par ces « fourmis », protège-t’il un territoire, etc. Je pense distiller ainsi plus de doute et décupler le nombre de questions relatives à l’image. A chacun d’imaginer la suite.

Pour la composition et la mise en scène, je me concentre sur la lisibilité et surtout, sur le cheminement du regard du lecteur. En jouant avec les diagonales, les regards, les postures. Il y en a certainement d’autres mais voici le sens de lecture que j’espère mettre en place soutenu par la mise en couleurs. Habituellement, on lit les images du haut en bas, de la gauche vers la droite. Je souhaite donc guider le regard ainsi, une grand diagonale avec les roches et l’échine du dragon jusqu’à son œil, puis on suit le regard du dragon vers le groupe d’elfe, leurs têtes et mouvements nous renvoie vers la droite de l’image et avec le bras de l’elfe, on finit sur le cristal ;)
Le dragon en arrière-plan n’entre pas vraiment dans le sens et la narration de mon image. Il apporte peut-être une dose d’inquiétude et suspense supplémentaire, qui sait, à cinq contre un dragon on peut peut-être y arriver, mais contre deux… Ce second dragon est surtout là pour ajouter une touche de couleurs chaudes qui fera contraste avec le premier-plan froid et glacé.

 

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Vendredi 14 mars 2008

Les Elfes I

Ecrit dans Fantastique, SF et Fantasy. Lu 197 fois. 9 commentaires. Il y a un an, j'écrivais Une nouvelle couche.

Coup d’envoi du projet elfique avec les éditions Daniel Maghen (j’en parlais déjà un peu ici). Nous en sommes encore au stade de l’intense brainstorming pour lister thèmes et idées sur les elfes. Ca va aller très loin et certains thèmes que nous allons aborder ne m’avaient même pas effleuré l’esprit avant et je vous promets des surprises et bon nombre de nouveautés. Par exemple, des thèmes sur les elfes non mis en images auparavant ou d’autres traités avec une approche très différente voire novatrice.
En attendant d’entrer encore plus dans le vif du sujet, j’ai carte blanche. C’est-à-dire que je peux réaliser des scènes et images de mon cru sur l’univers elfique. C’est vraiment chouette (et exceptionnel) car cela va me permettre de m’exprimer pleinement et d’enfin pouvoir mettre sur le papier des « visions » ou images que j’ai en tête depuis un moment. Comme la scène suivante, une double page pleine (62×43,5 cm pour le format original).
Dans les montagnes enneigées, un petit groupe de jeunes elfes explore les mines abandonnées à la recherche de précieux cristaux. Au moment de sortir de la caverne, ils découvrent des dragons en pleine chasse qui flairent leur présence. En tentant de franchir le passage en douceur, une elfe laisse tomber un des cristaux. Les compagnons sont sur leurs gardes car ce cristal est lumineux et le dragon à la vue perçante…
J’ai une idée très précise des couleurs et de l’ambiance. Un grand contre-jour. Le premier plan plongé dans une lumière bleutée, à l’ombre des montagnes. Le temps est suspendu. Au lointain, d’autres monts et falaises en pleine lumière. Un rai de lumière chaude tombe en arrière-plan sur un second dragon qui se dore au soleil. De la neige commence à tomber…
J’ai crayonné les différentes parties séparément, personnages, entrée de la grotte, décor et dragons pour ensuite les assembler via Photoshop. J’ai aussi fait un très rapide essai de couleurs pour placer quelques teintes qui me guideront. A suivre…

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P. S. :
Je me demande si je ne vais pas reprendre l’oeil du dragon qui me semble là, peut-être, trop « gentillet ». Un oeil plus perçant, allongé, mis-clos, inquiétant, serait peut-être plus percutant…

Mercredi 12 mars 2008

L’intégrale, partie II

Ecrit dans Fantastique, SF et Fantasy. Lu 202 fois. 5 commentaires. Il y a un an, j'écrivais Syndiquées.

Suite de l’intégrale, partie I. Finalement, après réflexion et concertation, nous avons décidé de féminiser la couverture. Mon mâle sourire « email diamant » faisait peut-être un peu trop « aventure » et pas assez « fantastique ». Je l’ai remplacé par une femme aux traits d’elfes, elle aura la peau blanche, pâle, tirant sur le bleu, ce qui ajoutera encore de l’étrangeté à la scène.
Pour répondre aux commentaires du premier message, je dirais que travailler, reprendre et modifier un crayonné, quand c’est dans le bon sens, dans la bonne humeur, le respect et la discussion, pour tirer l’image vers le haut, pour l’améliorer, cela ne me pose absolument aucun problème. C’est surtout formidable et enrichissant. Là, je suis ravi par la direction prise, l’émulation a toujours du bon. Et je suis loin d’être serein face à un tel format… Je suis tout excité ! Pour une fois que j’ai de l’espace pour m’exprimer, sans une tonne de texte plaqué dessus, avec, pour couronner le tout, carte blanche et une très très grande marge de manœuvre, ça me titille drôlement. En plus techniquement, le défi à relever est séduisant. On est bien loin du cahier des charges à rallonge et des directives strictes à suivre. Ce n’est pas une « simple » commande. Je ne fais pas office de simple exécutant et je peux exploiter cet espace avec plaisir, en livrant une vision très personnelle de cette couverture. Arriver à concilier la réalisation d’une illustration aux enjeux conséquents et développer son propre univers et ses aspirations en même temps, un régal :)

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Mercredi 27 février 2008

Duel dans le Pacifique

Ecrit dans Illustrations, crayonnés et making-of. Lu 215 fois. 4 commentaires. Il y a un an, j'écrivais Ce cher Dexter.

En attendant les elfes et autres réjouissances à venir, un crayonné pour une nouvelle illustration de packaging pour la gamme Pirates de Wizkids. Au départ, je ne devais faire qu’un vaisseau attaqué dans une crique. Puis finalement Wizkids me demande de réaliser deux persos qu’ils ajouteront ensuite par-dessus comme bon leur semble. Moi ça me va, je vais m’occuper des personnages à part, sur fond blanc pour qu’ils puissent les détourer et les utiliser ailleurs pour ce produit, vignettes, habillages & co.

EDIT 15 mars 2008 : Petit pataquès « en interne » (comme on dit), je retire les crayonnés à la demande de Wizkids, désolé.