on année 2006 fut placée sous le signe des chevaliers avec la réalisation de deux albums, « le Chevalier à la plume » et « les Chevaliers de la Table Ronde ». Cette année c’est les pirates. En début d’année j’ai terminée un ouvrage généraliste, The Story of Pirates, pour Usborne. Ces derniers temps, j’en finalise un second consacré spécialement à Francis Drake, toujours pour Usborne (un crayonné mis en page d’une double-page ci-dessous). Et les éditions Fleurus viennent de me contacter pour participer à une grande encyclopédie sur les pirates. On m’annonce que je recevrai, pour chaque image, de la doc, un brief, une mise en page. De quoi travailler dans de très bonnes conditions. Impec.

‘aime beaucoup les univers féeriques. Les histoires de fées, lutins, trolls et autres créatures qui nous entourent. Après le grand retour du fantastique et de la féerie dans nos quotidiens grâce à l’adaptation cinéma du Seigneur des Anneaux ou l’entrée en scène il y a quelques années du jeune Harry Potter, on voit maintenant de plus en plus de livres d’illustrations consacrés à ce sujet. Surtout sous forme de bestiaire ou apparenté. Un des grands classiques c’est «Les Fées» («Faeries») réalisé en 1978 de Brian Froud et Alan Lee. De magnifiques illustrations soulignées par des textes soignés et enchanteurs. A mon avis il n’y a pas beaucoup de recueils du même genre qui lui arrivent à la cheville. Maintenant en librairie il y souvent un rayon entièrement consacré au genre avec moult encyclopédies sur les dragons, les fées, le plus souvent sous la forme de livre de naturaliste imitant de vieux grimoires au papier jauni par le temps, aux feuilles cornées, etc. J’ai souvent été déçu par ces récentes publications. Je dois reconnaitre que la plupart du temps à cause d’illustrations - à mon goût - techniquement en deçà de ce qu’on peut voir dans le milieu du fantastique ou parfois à cause d’images trop délirantes ou trop classiques, convenues, ou encore à cause de textes un peu confus… A quelques exceptions près comme par exemple les deux tomes d’«A la recherche de Féerie» de Jean-Baptiste Monge de très haute tenue aux superbes illustrations.
Pendant les vacances j’ai découvert avec bonheur «Arthur Spiderwick - Grand guide du monde merveilleux qui vous entoure». Enfin. Voilà ce que j’appelle un beau bestiaire. Le seul reproche que je ferai c’est peut-être une mise en page vraiment classique répondant aux codes du genre, mais bon, à part ça, c’est plein les mirettes ! C’est Tony Diterlizzi qui réalise les illustrations et il peut aller dignement s’assoir à côté d’Alan Lee et consorts. Le livre est tout simplement génial, regorge d’invention, de trouvailles. En plus c’est bien dessiné, chiadé, de beaux volumes, une mise en couleur agréable et un ensemble très vivant. Au passage c’est une merveilleuse leçon de «monstres» ou comment créer des êtres étranges et mystérieux et leur donner du caractère. Diterlizzi s’appuie sur le réel et mélange, assemble des bouts, des parties d’animaux, insectes connus, membres, yeux, ailes, fourrures, pour au final nous présenter des créatures originales et comment dire, fonctionnelles. Tout simplement parce que chaque élément composant ces créatures fait appel à quelque chose de reconnaissable, identifiable qui nous permet aisément d’entrevoir l’environnement dans lequel elle évolue, sa vie, son histoire, ses sentiments peut-être. Car c’est loin d’être évident de créer une bestiole cohérente. C’est d’ailleurs le reproche que je ferai à beaucoup de livres de ce genre, on n’y croit pas. Là c’est tout l’inverse, Diterlizzi pousse le détail et va chercher le petit truc surprenant qui rendra son personnage crédible aux yeux du lecteur et nous laisse imaginer quantité de choses non dites ou à peine suggérées dans le texte. C’est à mon avis là le meilleur moyen de créer un être étrange. Enfin bon, tout ceci pour dire que je me délecte de ce Grand guide du monde merveilleux qui nous entoure, je ne verrai plus la nature sous le même angle quand je me promènerai aux bords des étangs…

P. S. :
Là c’est la version anglaise du bouquin, je n’ai pas trouvé d’images sympa de l’édition française. Il me semble que seule la couverture diffère. Une autre bestiole est mise en avant.
De temps en temps je sillonne le net en indiquant mon nom dans Google. Ce n’est pas tant pour flatter mon égo démesuré mais plutôt pour jeter un œil aux sites et forums qui parlent de mon travail, les bouquins que j’ai illustrés, lire quelques avis, c’est toujours très instructif et m’apporte souvent beaucoup. Cette fois-ci un nouveau lien a attiré mon attention. Il y a une entrée à mon nom dans l’encyclopédie Wikipédia en anglais ! C’est par ici. Etonnant. Je me demande bien qui a pu écrire ces quelques mots…

Pour que je sois satisfait d’une illustration il faut que j’ai eu du plaisir et de l’excitation à la réaliser (comme les gamin qui bruitent en dessinant, ce qui m’arrive encore), que je sois parvenu à mettre en image ce que j’avais en tête et que ce que j’ai peint atteigne le but que je m’étais fixé. C’est-à-dire émouvoir, faire vibrer, trembler et/ou rêver le lecteur. Je ne me contente pas d’être simplement heureux de toucher des euros contre une image ou ravi parce qu’elle me semble réussie ou encore satisfait parce que l’éditeur est content. Comme je l’écrivais hier, j’ai parfois eu beaucoup de plaisir à réaliser certaines illustrations mais un couac peut vite faire tourner l’affaire au cauchemar, ce qui me pourrit complètement le plaisir et transforme une belle aventure en mauvais souvenir.
En fin de compte il y a pas mal de réalisations dont je suis pleinement satisfait, sur toute la ligne, un bon paquet en fait (des albums, des couvertures, pour Rageot par exemple ou encore certaines illustrations pour l’édition jeunesse). Celles au bon équilibre entre travailler dans le respect et la bonne humeur, une certaine jouissance en dessinant/peignant et la satisfaction des lecteurs face aux illustrations publiées. Je pense notamment à «Robinson Crusoé» même si la réalisation de l’album s’est faite dans la douleur sur la fin à cause du retard pris. Car entre temps je me suis marié et j’ai déménagé de France en Corée. Un drôle de chamboulement. Ce changement d’horizon, la vie à deux, une ambiance et un climat différent, de nouveaux lieux, m’ont bouleversé au point que je n’avais jamais autant pris de risques pour une mise en couleurs. Avec le recul, je crois bien que je ne m’étais jamais autant dépassé pour aller chercher ce que je n’avais encore jamais fait en peinture. La pression (et la passion) aidant certainement. Des cieux roses, des variations de bleus, de verts, tout un tas d’expériences techniques, créer de nouvelles textures, tester de nouvelles manières de faire les nuages par exemple, etc. La liberté (totale) laissée par les éditrices, l’espace (de grands formats) et le sujet (classique et connu de tous) m’ont permis de m’évader. J’étais sur un petit nuage et je bouillonnais, la tête pleine d’images, de couleurs, une certaine euphorie dont je garde un excellent souvenir.
Je pense aussi à «l’Encyclopédie du fantastique et de l’étrange». Avant ce projet, je travaillais principalement pour l’illustration jeunesse plutôt du côté de l’aventure et de l’historique avec quelques rares escapades vers le fantastique ou l’héroic-fantasy (chez J’aiLu, ou D20 Magazine par exemple) surtout pour des couvertures de romans. A l’époque je n’avais pas encore vraiment mis les pieds dans le milieu du jeu de rôle et ses ramifications et je n’avais pas vraiment pu m’exprimer dans mes domaines de prédilection que sont le fantastique, la fantasy & co. Il me semble qu’on voyait surtout en moi une technique, un style réaliste et documenté avec une mise en couleur qui tenait plutôt la route. Je crois que je n’oublierais jamais quand Jean-Michel Coblence, directeur de collection chez Casterman, m’a contacté pour me proposer de participer à cette aventure. Je n’avais pas vraiment l’habitude qu’on me propose un travail en pensant d’abord à mon univers et pas uniquement à ma technique et mon style. Un projet en complète adéquation avec ce que j’attendais, du fantastique pur jus. J’étais très touché. Je pouvais enfin faire du fantastique et en longueur. Au total une bonne cinquantaine d’illustrations. Grâce à des textes excellents, des formats, des ambiances et des thèmes divers et variés, j’ai pu faire mes armes. En plus avec la chance d’avoir un interlocuteur qui sait écouter, aider, soutenir et surtout donner le champ libre pour que je puisse m’exprimer pleinement et laisser mon imagination et mon inspiration se débrider. Pour couronner le tout, en super bonus quelques formidables espaces de pure création (sans textes à respecter) que sont les trois couvertures des trois albums ou encore les doubles-pages sur la Guerre des Monde ou à propos des vampires. J’ai en moi beaucoup d’images, de gammes de couleurs, d’atmosphères emmagasinées depuis des années, petit à petit, au fil de mes lectures, balades, rencontres et j’en ai imprégné toutes les illustrations de ces encyclopédies.
Pour finir je pense à tout ce que je fais actuellement dans le milieu du jeu et du jeu de rôle. Même si ça devient de plus en plus difficile de travailler dans de bonnes conditions (surtout du côté financier), en confiance, sans doutes ni méfiance, je suis là comme un poisson dans l’eau. Artistiquement en tous cas. Après dix ans de cheminement j’arrive enfin à travailler sur des projets la plupart du temps en complète harmonie avec mon univers, mon style, ma technique, mes sentiments et mes désirs. Je me fais plaisir et je peux développer tout ce qui me tient à cœur depuis longtemps, dessiner des dragons, des pirates, des objets magiques, des monstres, des paysages fantastiques, des ambiances mystérieuses, etc. Mais à un ou deux exceptions près cela se fait quand même, toujours, dans un certain cadre, avec des limites et des contraintes, se conformer à des cahiers des charges, des mondes déjà bien en place à respecter.
Actuellement, après quelques passages à vide, je suis plutôt satisfait de ce que je fais, je déroule mon univers petit à petit, distille ce que je gardais, ce que je n’avais pas pu mettre en images plus tôt. Mais je voudrais aller plus loin. Sortir du carcan. Jusqu’à maintenant, même si j’ai souvent de plus en plus de libertés, j’ai toujours travaillé dans le cadre de commandes. Ca m’a sauté aux yeux en revoyant mes illustrations pendant la mise à jour du site. On me propose des textes, des histoires, des aventures, des mondes à mettre en images qui heureusement collent de plus en plus à mon univers. Grâce aux libertés évoquées plus haut j’ai pu insuffler de temps en temps ce que je ressens au plus profond de moi. Je repère de ci delà des bouts d’idées, des amorces, des tentatives mais jamais développés jusqu’au bout. Même dans le cadre de commandes je suis arrivé, il me semble, à me dévoiler de temps en temps. Et je ne parle pas de technique ou de style mais vraiment d’un univers. J’ai tellement de choses à faire sortir, tellement d’images en tête que j’envisage sérieusement de prendre les commandes. Je ne sais pas encore vraiment sous quelle forme mais mener une aventure seul. De bout en bout. D’ici la fin de l’année je vais creuser et ouvrir des pistes. Je n’y parviendrai peut-être pas du premier coup mais j’en ressens le besoin. De plus en plus pressant et évident. Faire sauter les barrières et ouvrir les vannes.
Grâce au site Pousse Rapière, j’ai découvert que L’Encyclopédie Médiévale de Viollet-le-Duc est maintenant disponible en ligne et gratuitement. Ca c’est une bonne nouvelle. Pour celles et ceux qui ne comprennent pas ce que je viens d’écrire je recopie le début du message lu sur Pousse Rapière :
«Eugène Viollet-le-Duc a fait durant le 19ème siècle un important travail de restauration sur des églises, des châteaux et des villes fortifiées françaises de l’époque moyenâgeuse. L’ensemble de ses travaux ont été publiés en fascicules, eux-mêmes réunis en livres. Le Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle a été écrit par Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc de 1854 à 1868 ; les 4000 pages de texte illustrées de 4500 gravures sur bois qui le composent furent publiées en neuf tomes d’environ 500 pages chacun, un dixième tome indexant l’ensemble des lieux géographiques couverts par les neuf premiers. Il fut suivi par un Dictionnaire raisonné du mobilier publié de 1858 à 1875 en six tomes…etc, lire la suite…»
Ces encyclopédies sont une source inépuisable de documents, références & co. Un must. Mon seul regret c’est de découvrir cette mise en ligne alors que je viens de terminer mes crayonnés pour l’album «Le chevalier à la plume» qui se déroule à cette période, ça m’aurait fait gagner du temps. Au passage j’ai aussi découvert cet excellent site, riche en documentation, The New-York Public Library Online.

P. S. :
Un petit mot à propos de mon récent message sur ma dernière fournée d’armes et objets magiques. J’ai retiré l’image avec toutes les illustrations en miniature après que l’éditeur m’ait gentiment et poliment (je tiens à le préciser) demandé de ne pas montrer les images avant leur publication pour conserver intacte la découverte du lot. Ce que je comprends tout à fait. Désolé donc et patience pour les retardataires qui ne verront pas ces illustrations en avant-première mondiale comme les petits veinards qui passent quotidiennement par ici ;)









