Ces temps-ci je mets au propre et peaufine mes crayonnés pour «Le chevalier à la plume», album d’illustrations que je réalise pour Casterman Jeunesse. En solo pour les illustrations, à partir d’un texte de Brigitte Coppin. Je n’en dirai pas beaucoup sur le contenu, simplement que l’histoire se déroule au moyen-âge, à l’époque des croisades et des châteaux forts. Un jeune homme rentre chez lui après de longues années d’apprentissage et rêve de devenir un jour chevalier. Sur son chemin il va croiser une dame étrange qui va lui remettre une plume tout aussi étrange et en avant pour l’aventure ! Une base historique solide et une bonne dose de féérie et magie. Exactement ce qui me plaît, bousculer et dévier le réel, faire apparaître le fantastique là où on ne l’attend pas. Je vais réaliser une douzaine d’illustrations pleine page au format 26,5 x 31 cm. Pour info c’est la collection Les albums Duculot. Avec Jean-Michel Coblence, mon épatant directeur artistique, nous sommes partis sur le format de l’album Saburo. Il y aura quelques double-pages, d’autres illustrations plus documentaires sur le moyen-âge et bien sûr la couverture. Jean-Michel me donne carte blanche. Un peu comme pour mon Robinson chez Magnard, je fais «ce que je veux». Je suis d’ailleurs dans le même état d’esprit que pour Robinson, je vais profiter de cette liberté pour peindre tout ce que j’ai en tête depuis un moment. Surtout pour les gammes de couleurs, j’ai dans l’idée de frapper fort de ce côté-là et sortir des sentiers battus de l’imagerie chevaleresque moyenâgeuse habituelle parfois un peu trop clinquante. Je vois quelque chose de plus sombre et ténébreux, mystérieux. Je me régale, le format est grand, idéal pour bien travailler, le sujet intéressant et le texte suffisamment libre pour me laisser aller et m’exprimer comme je le souhaite. Je dois rendre tout ça fin mai et montrerai ici des crayonnés au fur et à mesure. Un peu de patience ;)

L’année dernière j’avais réalisé une double page sur «La Guerre des monde» de H. G. Wells pour l’Encyclopédie du Fantastique et de l’étrange. Peu de temps après le film de Spielberg était sorti et je n’avais malheureusement pas eu le temps de le voir au cinéma, ma fille est née à cette période-là. Hier soir j’ai donc pu le voir et je me suis régalé ! Wouah ! Je ne m’attendais pas à un film aussi bon ! L’approche du scénario est impeccable, très terre à terre, Tom Cruise ne prend pas son avion pour tuer les aliens (à la Will Smith), toutes les scènes sont vraiment effrayantes, cauchemardesques, que des morceaux de bravoure, j’étais scié. Fascinant. Spielberg est vraiment un maître, c’est très bien raconté, la narration est fluide, inventive et j’ai été sidéré par certaines visions. C’était génial et ça faisait bien longtemps que je n’avais pas été scotché comme ça !
Ensuite j’ai pu voir le dvd bonus avec making-of et interviews. Passionnant, un très bon complément au film. Ça va de l’adaptation, scénario aux effets spéciaux & co, musiques & sons, etc. Très complet (sauf les interviews de Tom Cruise qui a l’air définitivement persuadé qu’il est le centre du monde). J’aime bien l’idée développée par le scénariste, David Koepp, de faire un truc «anecdotique», pas de capitales ou monuments historiques rasés, pas de militaires qui prennent tout en main avec des cartes et des plans, Tom Cruise ne monte pas dans un tripode pour le piloter et sauver le monde, Manhattan ne brûle pas, etc etc. On vit et on suit l’invasion du point de vue de cette famille, de ces trois personnes. En fait ils expliquent clairement qu’ils ont souhaité éviter tous les clichés et faire du neuf. Spielberg a voulu créer des images, des visions traumatisantes qui le traumatiseraient (ce qui explique la puissance de tant de plans !), et c’est le cas en plus, je ne suis pas prêt d’oublier certaines séquences. Le parallèle avec le 11 septembre est saisissant, Spielberg présente d’ailleurs son film comme une «réponse» aux attentats (sa manière d’exorciser le drame ?). D’où les séquences choc inoubliables, une sorte d’«hommage» en quelque sorte, comme Tom Cruise recouvert de la poussière des personnes désintégrées par les tripodes à la manière des pompiers et «zombies» recouverts des cendres du Word Trade Center, les scènes de panique, ou à la fin, le tripode mort encastré dans un building. C’est vraiment un film américain pour les américains (ce n’est pas un reproche pour une fois), l’ambiance étant très typique «américaine classe ouvrière de banlieue mon quartier d’enfance s’est fait rasé», il y a apparemment (et certainement) des subtilités et détails qui m’échappent dans les symboles et les sentiments, n’ayant pas subi cette épreuve et je me dis que le film doit être très éprouvant pour les plus meurtris. De mon point de vue je trouve très bien que Spielberg se soit concentré là-dessus en approfondissant son histoire et ses personnages sous cet angle et ne pas se sentir obliger d’internationaliser l’invasion.
J’ai trouvé ce film tout simplement excellent. D’une part parce que c’est un des plus intéressants et recherchés sur une invasion extra-terrestre, de tous points de vue, car il fait référence à un drame réel et terrible qui renforce son impact, une métaphore impressionnante. Et d’autre part parce que Spielberg a injecté tout son savoir-faire et son expérience du cinéma (au sens large, narration, mise en scène, cadrage, invention, traitement de l’image, esthétique, couleurs, etc) avec de nombreuses références au cinéma de monstres d’antan, une belle leçon. C’est à mon avis, un de ses meilleurs, un des plus aboutis. On peut aussi prendre ce film au premier degré, au niveau popcorn, un grand spectacle de science-fiction distrayant et bien mené, je me dis que ce film doit être «pas mal» aujourd’hui pour beaucoup et dans quelques années, avec le recul, on parlera de chef d’œuvre. J’ouvre les paris !
Cette semaine je mets en couleur deux couvertures pour les éditions Rageot. Deux romans fantastiques «Le duel des sorciers» et «Le jardin des sortilèges». Ces deux aventures bien ficelées m’ont tout de suite plu et fait penser à un film que je considère comme culte, un film qui m’a ouvert le monde du fantastique et de l’étrange quand j’étais gamin : «Le secret de la pyramide» (ou «Young Sherlock Holmes» en anglais). Film de Barry Levinson sorti en 1986, produit par Spielberg, retraçant un exploit de jeunesse de Sherlock Holmes alors étudiant. Sherlock Holmes et John Watson se rencontrent pour la première fois à la Brampton School of London. Alors qu’ils deviennent amis, de mystérieux suicides les poussent à mener l’enquête. Très vite leur esprit de déduction les conduira jusqu’au repaire d’une secte pratiquant des sacrifices humains…
Ce film m’a vraiment marqué car gamin il était d’une part très facile de s’identifier aux personnages et d’autre part j’étais à l’époque complètement fasciné par tout ce qui touche au fantastique. Le film regorgeait d’effets spéciaux saisissants, les mystérieux suicidés se donnant la mort suite à des visions cauchemardesques, un poulet rôti qui se «réveille» et passe à l’attaque, une statuette de démon qui s’envole, des choux à la crème vindicatifs, etc. Le clou du spectacle (et il me semble, le premier personnage entièrement en images de synthèse au cinéma), un vitrail descendant de son cadre dans une cathédrale pour massacrer un prêtre. Tout ceci m’avait bien secoué.
J’avais beaucoup aimé que les choses inanimées, sans vie, se réveillent. C’est l’idée que j’ai repris pour ces deux couvertures. De plus cela fit partie de l’imaginaire collectif, des peurs, mystères et intrigues «classiques», comme se balader la nuit en forêt et sentir les arbres bouger autour de nous ou imaginer un visage sur un mur de pierre. Donc là, pour «Le jardin des sortilèges», une gargouille sort d’une longue nuit, se tourne vers nous et pour «Le duel des sorciers», un masque égyptien qui passe de la pierre à la chair. Ce n’est pas évident à rendre en crayonné mais je vais mettre le paquet sur l’ambiance, tout en nuances et suggestions pour bien faire passer le côté «voilà des siècles que je sommeille et je suis de retour».

De retour à Séoul après un mois et demi de vacances, de pérégrinations à travers la France… Un mois et demi c’est long mais c’est surtout trop court. Un mois et demi en France c’est les retrouvailles avec la famille, les amis, les fêtes en Savoie, un séjour à Lyon sous la neige, un passage à Paris, croiser ses connaissances, déjeuner avec ses éditeurs, se balader en Provence, retrouver les lieux qui nous sont chers, se reposer, se ressourcer…
En rentrant nous avons retrouvé l’hiver coréen, sec et froid, très froid, -14°c ce matin. Je profite de ce weekend pour m’étirer une dernière fois avant de reprendre crayons et pinceaux «sérieusement». Car j’ai - déjà - du pain sur la planche. Et du costaud. Cette fin d’hiver s’annonce chargée. En résumé, un dossier Science & Vie Découvertes sur les dragons, deux couvertures fantastiques pour les éditions Rageot, quelques poignées d’illustrations pour plusieurs Encyclopes chez Milan, une couverture de la série L’Œil Noir pour l’éditeur allemand Fanpro, des illustrations intérieures pour Dragon Magazine et enfin la cerise sur le gâteau, un bel album illustré de 48 pages pour les Albums Duculot chez Casterman, je vais me régaler… Enfin bon je détaillerai tout ceci au fur et à mesure. Et voilà c’est reparti, reprise du Journal de Bord ! A lundi pour la suite !

P. S. :
Je profite de la reprise du Journal de Bord pour faire quelques petites modifications et améliorations. Comme la nouvelle bannière, plus sobre et plus classe, non ? ;)
J’ai aussi fait une petite mise à jour de la rubrique «tutoriels», des images un peu plus sympas…
J’ai eu le retour de l’éditeur Green Ronin et de GamesWorkshop sur mes premiers crayonnés Warhammer. Dans l’ensemble ils sont contents, les compositions fonctionnent, tout est ok. En revanche c’est trop «propre». IL faut aller à fond dans le crade, morbide, salace, pustulant, putride, etc pour que ça colle plus avec l’univers Warhammer. Je vais donc retoucher mes crayonnés dans ce sens. Ce n’est jamais évident de travailler sur un univers déjà en place, riche et fort, détaillé et précis, il faut toujours un temps d’adaptation, là c’est difficile de saisir l’essence de Warhammer du premier coup. Heureusement qu’il a de bons directeurs artistiques pour mettre sur la bonne voie, leurs commentaires et suggestions sont impeccables, très clairs. Je crois aussi que je suis encore trop dans le trip médiéval-fantastique «clean» que j’ai dessiné plusieurs fois au cours des mois précédents pour le magazine Dragon.
Pour finir on m’écrit ceci, pour me «guider» :
No problem. If you think you are going too crazy, you are probably on the right track ;)









