

Chacun de nous a sa chanson de chevet, celle qui va l’émouvoir aux larmes faisant ressurgir des souvenirs, des sensations ou celle qui l’apaisera, l’enveloppera de douceur… Moi je n’ai pas une chanson mais plutôt une œuvre. Celle de Gérard Manset.
Si mes souvenirs sont bons j’étais au collège, j’avais entendu une chanson à la radio, fasciné j’ai questionné autour de moi, qui est-ce ? Quel est le titre de la chanson ? Je décrivais la chanson, fredonnait quelques paroles et on me répondait invariablement c’est «Capitaine abandonné» de Gold… J’avais alors acheté le 45 tours «Capitaine abandonné» mais j’étais bien loin du compte.
Quelques années plus tard, un cousin emprunte quelques disques à la bibliothèque pour me faire découvrir un chanteur, Manset. Un peu perplexe, sceptique, j’écoute. Un choc. Je reconnais cette voix particulière, ce ton, ces arrangements, cette musique qui m’avait tant marqué. Je cherche un peu et retrouve la fameuse chanson si désirée, «Il voyage en solitaire».
Depuis, l’œuvre de Manset me colle à la peau. J’ai lu je ne sais plus trop où : «Manset a écrit la bande originale de ma vie». C’est un peu ce que je ressens, il ne se passe pas une journée sans qu’une chanson me revienne aux oreilles, sans qu’une situation me fasse penser à tel ou tel couplet, un refrain, une mélodie. Je me sens «accompagné».
Quand j’étais à l’Ecole Emile Cohl, J’ai illustré, pour mon diplôme de fin d’études, une quarantaine de chansons de Gérard Manset et réuni, sur support cédérom interactif, les illustrations, les textes et les musiques correspondantes. J’avais à l’époque rencontré Manset pour en discuter, un éditeur étant intéressé pour en faire un livre illustré, ce projet est finalement tombé à l’eau et je fus happé par le tourbillon de mes débuts d’illustrateur, je n’ai pas donné suite. Il faudrait d’ailleurs que je dépoussière tout ça un de ces jours… Manset est un artiste surprenant, complexe, qualifié de «difficile» au premier abord, sur le site de RFI on peut lire cette description :
«Un talent à part dans le monde de la chanson française, un artiste culte. Riche d’un univers musical sombre et mystérieux, auteur-compositeur de génie, Gérard Manset préfère le travail en solitaire, loin du public et des médias. Devenu star malgré lui, il fuit le métier pour voyager et découvrir de nouvelles inspirations. Un artiste complet, exigeant avec lui-même, dont l’oeuvre est reconnue par ses pairs.»
Quand j’ai un coup de spleen, un passage à vide, ou une envie de me ressourcer, un besoin de plénitude, je me passe un ou deux albums de Manset, n’importe lesquels. Ça me fait l’effet d’une grande expiration, pour chasser un peu de noirceur…
«Si seulement t’avais connu la terre,
Du temps des océans et des continents verts
De la mousse, des plantes, des saisons de la pluie
Et je pleure sur lui
Qui va dans l’océan suivant la pente
Masque blanc, vêtement d’amiante
Ciel sans fin poussière du monde…»

Je me rends compte maintenant que je n’ai encore jamais parlé ici d’un forum que j’affectionne tout particulièrement. C’est le forum de la Promo Sempé. Un groupe de joyeux drilles que j’ai eu comme élèves quand j’étais enseignant à l’Ecole Emile Cohl. Ce fut d’ailleurs une des promos les plus agréables que j’ai vu passer. Un bon esprit, un forum sympa et surtout du talent en veux-tu en voilà.
Une belle brochette d’illustrateurs, infographistes, bédéistes fortiches.
C’est par là : http://forumeec.free.fr/

Ma collaboration pour la gamme Starship Troopers vient de finir de manière fort désagréable.
Ce n’est pas dans mes habitudes de balancer ou détailler mes problèmes avec les éditeurs mais ce que je viens de vivre «mérite» que j’en parle ici. Au moins à titre informatif.
En novembre dernier, les conditions posées pour Starship Troopers par l’éditeur étaient très claires et franchement très en dessous du raisonnable, les tarifs les plus bas que je connaisse. L’éditeur se réservant même le droit de faire ce que bon lui semble avec les images. Hum hum. En temps normal j’aurais tout simplement refusé, j’ai essayé de négocier mais rien à faire, blocage.
J’ai finalement accepté ce travail parce que j’avais d’autres projets sur le feu à ce moment-là qui me permettaient de rattraper financièrement ce que je perdais. Et puis surtout c’est Starship Troopers. Je l’ai fait pour le plaisir et pour avoir un formidable espace de création, de
Depuis peu j’ai remarqué qu’il se passait des choses curieuses, l’éditeur utilisait les illustrations sans me prévenir. Il a le droit, c’est dans le contrat mais bon normalement et moralement il est d’usage de prévenir l’illustrateur. Ensuite j’ai dû batailler ferme pour avoir les contrats pour chaque image, relance après relance. Et pour finir l’éditeur me demandait les illustrations de plus en plus rapidement, les délais fondaient.
Et voilà la goutte d’eau. En parallèle, mon ami Christophe Swal travaille pour eux en noir et blanc, pour un autre jeu. Ils lui ont commandé et payé des illustrations quart de page qui ont finalement été imprimées comme des demi pages voire des pleines pages. Sans le prévenir, sans explications. Après discussion, l’éditeur a tout simplement refusé de régulariser le paiement en conséquence, c’est-à-dire pour des demi ou pleine pages. Les mails de l’éditeur sont consternants. En bref comme ils ont payé les illustrations, ils en font ce qu’ils veulent par la suite. L’illustrateur n’a pas à se plaindre et devrait plutôt être content de voir ses images prendre plus de place dans le bouquin… A la poubelle le respect du travail d’un artiste, le respect d’une personne, à la poubelle les droits moraux, l’éthique.Christophe a mis un terme à leur collaboration.
Agacé, j’ai écrit à l’éditeur en disant que maintenant j’ai la trouille pour mon travail avec eux sur Starship Troopers et je ne me sens plus en confiance au regard de ce qui se passe. Je veux bien continuer mais à mes conditions, à mes tarifs habituels, je ne ferai plus d’exception pour Starship Troopers. Je leur précise que je suis prêt à continuer mais avec de nouvelles conditions, je donnais même au passage mes tarifs habituels pour lancer une négociation. Mon message était ouvert pour la discussion, poli et courtois.
Un éditeur normal et professionnel aurait calmé le jeu en me rassurant et aurait au moins expliqué pourquoi ils ne peuvent pas payer plus, etc en entrant dans les détails. Un pro aurait essayé de négocier, de trouver un arrangement. Mais non, là on me répond avec une mauvaise foie évidente et appuyée, me faisant la leçon au passage, me disant de haut que ce sont des pratiques tout à fait courantes dans le milieu de l’illustration et que personne ne s’est jamais plaint. De plus ils me mentent délibérément en disant que je n’ai pas à m’inquiéter, mes images ne seront utilisés que pour les boîtes de jeu. Ce qui est faux. C’est édifiant.
Cet éditeur pratique une politique de terre brûlée. Ils n’essaient même pas de m’embobiner, m’amaouder ou me flatter pour que je reste avec eux. Rien. Je n’ai jamais vu un éditeur sacrifier ses relations avec ses illustrateurs, encore moins quand ces illustrateurs lui assurent des produits de qualité. C’est incompréhensible. Le plus effrayant dans cette histoire c’est cette froideur soudaine. Pas un merci, pas un désolé. Le pire je crois c’est finalement le peu d’intérêt porté par l’éditeur à notre collaboration, balayer comme cela six mois de collaboration il faut le faire. De plus c’est curieux qu’il accepte un changement d’illustrateur dans une gamme de jeu en cours de fabrication alors que depuis l’an passé ils me disent qu’il apprécient mon travail et sont enchantés par cette aventure Starship Troopers avec moi.
Je leur ai finalement écrit que la situation actuelle ne permet pas à notre collaboration de continuer comme il se doit, dans de bonnes conditions. J’aurais tellement aimé pouvoir continuer sur cette lancée mais notre entente s’effondre à cause de leur refus de discuter et leurs pratiques irraisonnées.
Je n’ai plus de nouvelles depuis.
C’est vraiment dommage et je vais donc rester éloigné de Mongoose Publishing.
Si j’étais à la campagne j’irais couper un arbre pour me soulager…










