Ecrit dans Digressions et tergiversations. Lu 1 fois. 3 commentaires.

Apparemment je vais pouvoir mettre en ligne mes messages comme il faut. Donc je reprends là où j’en étais… Mon ami le numérique, la suite.
J’ai reçu de nombreux messages suite à mon mot de la semaine dernière. Une question en appelant une autre, on me demande quels sont les avantages du numérique, ou plutôt qu’est-ce que le numérique pourrait m’apporter par rapport à mon travail en «traditionnel». Tout d’abord techniquement le numérique peut servir à faire sauter des barrières, des contraintes physiques. Par exemple on peut créer ses propres outils, créer ses brosses, ses pinceaux, ses je-ne-sais-pas-quoi pour peindre tel ou tel truc, c’est fantastique et vraiment novateur. Même si les rayons du magasin de fournitures où je vais acheter mes pinceaux sont plutôt bien garnis, je suis quand même limité de ce côté-là et surtout il m’est difficile de bricoler mes outils. Je ne vais pas descendre un sanglier coréen pour tester la texture de ses poils. Avec le numérique on peut sortir des classiques pinceaux rond et brosses carré. L’autre grand chamboulement qui me vient à l’esprit ce sont les formats. Là plus aucune limite. Quand je réalise les illustrations d’un grand album ou un plateau de jeu, des illustrations grand format «boosté» à +130% au minimum pour gagner en précision et définition à la réduction, ça prend vite des proportions parfois envahissantes, j’ai déjà abordé ces problèmes il y a quelques temps à propos de mon ami l’imprimeur coréen. En numérique on peut bosser une illustration à +500 ou +1000% si on le souhaite car le rapport taille des brosses / taille du support suivra (dans l’absolu bien sûr, il y a quand même certaines limites logiciels et puissance de l’ordinateur). Bien entendu j’imagine là un travail qui sera publié par la suite, si c’est destiné à rester sur écran, le format n’a finalement pas vraiment d’importance mais cela permet d’avoir un éventail impressionnant de tailles de brosses, travailler très large jusqu’au pixel près.
Artistiquement je ne sais pas trop quoi dire face à de telles possibilités, un vaste terrain à défricher. J’ai le vertige quand je pense aux possibilités incroyables et variées, créer ses brosses, jouer avec les calques, effectuer tous les réglages possibles et imaginables, et ça me désole quand je vois des illustrations réalisées numériquement avec les brosses Photoshop de base, quand on reconnaît tel ou tel filtre appliqué bêtement ou le dernier effet à la mode vu sur un tutorial sur Internet. Ca me fait penser aux gamins qui commencent avec les dix feutres couleur Stabilo, c’est un passage obligé mais plus tard si on veut vraiment faire quelque chose de plus élaboré, abouti et développer ainsi sa passion on va apprendre à se servir de pinceaux et toucher à la gouache ou à je ne sais quel autre peinture.
Et de mon point de vue, les choix, raisons ou prétextes pour utiliser le numérique du genre ça va vite, facile pour corriger, ça ne salit pas, c’est économique, c’est du pipeau parce que je trouve que c’est se placer dans une optique souvent uniquement commerciale. Un minimum d’effort pour un maximum de rentabilité. Je ne vois pas là-dedans des arguments convaincants car je peux dire la même chose avec mes pinceaux. Je ne me salis pas, ce n’est pas trop difficile pour corriger, je vais vite, etc. Mais - en faisant un parallèle avec le commentaire écrit par Swal au sujet d’Umberto Eco - j’ai mis plus de dix ans à mettre au point ma technique. Une décennie à m’entraîner, à chercher, expérimenter, trouver des astuces et tendre vers une certaine maîtrise. C’est long, passionnant et difficile, enrichissant et parfois pénible. Il est évident que le numérique offre un accès facile et plus direct, n’importe qui peut se mettre devant son écran pour barbouiller en sautant la case formation et apprentissage. On ne prend pas dix ans pour trouver le Crtl+Z…
Là où je trouve que ça devient problématique, c’est auprès de certains éditeurs (et je ne généralise pas). Je commence à subir les effets de la marée numérique dans le milieu de l’illustration. Il y a peu on m’a demandé de rendre une illustration avec les différents éléments séparés sur des calques… Quand j’ai expliqué que cela m’est difficile car je réalise des illustrations d’un seul tenant, des «peintures», on m’a dit ah bon vous ne travaillez pas en numérique ? Je me suis pris une drôle de claque. J’étais étonné d’avoir à expliquer que je crée une ambiance, un univers, une scène où les éléments sont intimement liés, imbriqués pour tenir une gamme de couleur, des contrastes, des lumières, des textures, etc. Je suis finalement parvenu à réaliser les différents éléments séparément mais ce ne fut pas une mince affaire, ma technique néandertalienne ne se prêtant pas vraiment à ce genre d’exercice. Je remarque aussi que les délais imposés ont souvent tendance à fondre. Je ne pense pas que le numérique soit la cause première de ce changement mais il y contribue grandement. Par exemple, grâce au numérique les éditeurs n’ont plus à scanner et/ou attendre les illustrations envoyées par courrier. Ce qui représente quand même un gain de temps qui n’est pas négligeable surtout quand on doit tenir un planning de publication serré. C’est vraiment étonnant car je suis jeune dans ce métier et j’ai senti ce glissement. A mes tous débuts, on s’envoyait des faxs, j’avais déjà crée mon petit site qui ne servait pas à grand chose, il n’y avait pas beaucoup d’illustrateur français sur le net, les modems tournaient à 56K et les éditeurs n’avaient pas encore pris le pli Internet et numérique, pas de mails et souvent même pas d’accès. Heureusement que maintenant il y a encore des éditeurs qui téléphonent (et oui même en Corée !), envoient des lettres et préfèrent avoir les illustrations originales entre les mains.
Je râle, je râle mais quand je vois l’innovation numérique mal employée, mal utilisée, détournée à des fins commerciales et ses pénibles répercussions, ça me donne furieusement envie de faire de la résistance. Je me sens de plus en plus proche d’une certaine démarche artistique à l’ancienne (on y revient), je rêve d’une époque où on avait le temps d’apprendre, chercher, creuser, développer, approfondir. Le numérique peut et va devenir une nouvelle technique puissante, originale et révolutionnaire si bien entendu on l’approche comme toute autre technique inconnue, en évitant les modes, les raccourcis maladroits et les mirages d’une facilité et d’un accès trop évidents. Si patiemment, on se donne la peine de prendre le temps de la découvrir et la comprendre, l’appréhender en profondeur, sous tous les angles et surtout la maîtriser. Je crois que j’aborderai le numérique dans ce sens, uniquement artistiquement et surtout pas pour des raisons matérielles ou purement commerciales. Ce qui me rappelle ces mots d’Hokusaï, décédé à l’âge de 89 ans :
«…Depuis l’âge de cinq ans, j’ai la manie de recopier la forme des choses et depuis près d’un demi siècle, j’expose beaucoup de dessins ; cependant je n’ai rien peint de notable avant d’avoir soixante-dix ans. A soixante-treize ans, j’ai assimilé légèrement la forme des herbes et des arbres, la structure des oiseaux et d’autres animaux, insectes et poissons ; par conséquent à quatre-vingt ans, j’espère que je me serai amélioré et à quatre-vingt-dix ans que j’aurai perçu l’essence même des choses, de telle sorte qu’à cent ans j’aurai atteint le divin mystère et qu’à cent dix ans, même un point ou une ligne seront vivants. Je prie pour que l’un de vous vive assez longtemps pour vérifier mes dires.»

Pour compléter mon discours je vous invite à lire ce débat que j’avais lancé sur le forum CaféSalé, «Mais où va ?». C’était en 2004, j’avais sensiblement la même opinion et je me rends compte qu’avec le temps, le phénomène n’a fait qu’amplifier et mes craintes se sont confirmées. De plus certaines réponses à mon questionnement sont édifiantes et terriblement révélatrices. Je signale une belle réponse sensible et raisonnée de Sparth en page 3. Au passage j’ajoute une publicité qui doit avoir une bonne vingtaine d’années, du temps de l’Atari et de l’Amiga, aux balbutiements de l’infographie ;)

Lundi 12 juin 2006

Numérique or not numérique

Ecrit dans Digressions et tergiversations. Lu 433 fois. 8 commentaires.

Je ne vais pas me lancer dans le vain débat pour ou contre le numérique, souris ou pinceau c’est quoi qu’est mieux, etc. Non je vais plutôt répondre à une question qui revient souvent dans les mails que je reçois de lecteurs du Journal de Bord ou de sympathiques admirateurs. On me demande donc souvent pourquoi je ne touche pas au numérique ou encore pourquoi je n’intègre pas le numérique dans mon travail.
En fait c’est assez simple. J’ai testé et essayé ces nouveaux outils, les Painter, ArtRage, Photoshop & Co, je m’étais même frotté à la 3D à une époque. J’ai toujours été passionné par l’infographie, ahlala DeluxePaint sur mon Atari 520ste ça décoiffait ! 16 couleurs une tuerie ! A l’Ecole Emile Cohl je m’étais aussi spécialisé infographie en seconde option, après l’illustration. Je me tiens au courant, je m’intéresse mais plus par passion. J’ai donc fait des essais, en couleur directe sur écran ou en partant de scans de crayonnés. Au final j’avais à peu près le résultat attendu, c’était bien «mes» illustrations mais j’étais terriblement frustré assis devant mon écran. Aucune sensation, aucun lien physique avec le support, je veux parler du grain du papier sous le pinceau, les odeurs, les accidents, l’influence de la lumière ambiante. Je m’étais aperçu que finalement je ne faisais que transposer ma technique dite traditionnelle sur écran. Je m’imitais.
Et j’ai pensé au parallèle avec un pianiste «classique» qui se met devant un synthétiseur. C’est marrant deux minutes, ça permet peut-être de bricoler, s’entrainer, s’amuser, on peut «composer» avec un ordinateur pas loin, c’est bien on n’embête pas les voisins avec un casque, etc. Mais pour l’exécution finale ce pianiste aura très certainement besoin d’un «vrai» piano, avec le toucher, la chaleur du bois, les vibrations, la texture des touches, le son qui enveloppe.
On compare aussi souvent le numérique avec l’arrivée de l’acrylique il y a moins d’un siècle qui a chamboulé pas mal d’habitudes. Mais je ne crois pas trop à cette symétrie car c’était uniquement le médium qui changeait. Ce qui était dans le tube. On utilisait toujours les mêmes outils, des pinceaux, couteaux et brosses. Avec le numérique le changement est radical. Nouveau support (écran, papier virtuel) et nouveaux outils (souris, stylets, écran tactile à l’avenir). Je ne crois pas que le numérique soit une forme d’évolution par rapport aux techniques traditionnelles. Je pense plutôt que c’est complètement différent. Autre chose. Qui pour l’instant n’est pas utilisé comme il faut car dans la très grande majorité des cas on ne fait que recopier papier & pinceaux. A mon avis, ceux qui sont en train de mettre la révolution en marche, sont ceux-là qui, avec des années de pratique ou formation académiques derrière eux, pense au numérique comme un simple outil à découvrir, à explorer et pas comme au substitut d’une technique existante trop longue et/ou difficile à apprendre. Des illustrateurs comme Sparth, Craig Mullins ou Justin Sweet (et tant d’autres), là je pense qu’on est radicalement dans l’expérimentation, la création originale (ou originelle qui sait ?), ce n’est ni de l’imitation de techniques classiques ni du remplissage au pot de peinture dans Photoshop, on voit émerger quelque chose de neuf et d’inédit.
Pour en revenir à la technique pure et dure je crois que le changement est beaucoup plus profond qu’une simple évolution. Un peu comme si notre pianiste se mettait à la guitare. Il ferait de la musique mais avec un nouvel instrument qu’il faudra apprendre à utiliser et maîtriser. Mais on n’apprend pas la guitare en quinze jours…
Même si je me tiens informé et bidouille à mes heures perdues, dans l’immédiat je n’ai vraiment aucune envie d’intégrer ces nouveaux outils à mon travail, où plutôt à ce que je fais actuellement. De plus je pense que j’ai encore d’énormes progrès à faire en peinture, j’ai encore beaucoup à apprendre et je suis bien loin du compte. Honnêtement et sans fausse modestie, je pense vraiment en être à mes tout débuts, je n’ai qu’une petite dizaine d’années d’expérience et dur labeur derrière moi et je commence seulement à être réellement satisfait (et encore pas toujours). J’ai posé les bases de mon univers et les premières pierres de ma technique. Maintenant il va falloir développer, améliorer tout ceci dans les décennies à venir et je ne suis pas pressé… Pour l’instant je n’utilise pas le numérique artistiquement, plutôt pratiquement, pour gagner du temps (impression et retouches des crayonnés par exemple). En revanche je ferai peut-être, certainement, autre chose avec le numérique. Complètement autre chose qui n’aurait rien à voir artistiquement et esthétiquement avec ce que je fais maintenant. Arriver à ne conserver que le savoir (gestion des couleurs, composition, cadrage) pour élaborer de nouvelles techniques, de nouvelles voies avec le numérique, se positionner dans la même optique que les illustrateurs cités plus haut. C’est-à-dire inventer. Mais il faudra trouver le temps et l’énergie pour chercher et expérimenter. Ce n’est pas gagné et quand je vois la marée numérique dans le monde de l’illustration et le peu de choses qui me plaisent ça me donne furieusement envie de faire de la résistance ;)
A part ces quelques réflexions c’est boulot boulot, finaliser les projets en cours. En fin de journée, le soleil s’est enflammé au-dessus des montagnes qu’on aperçoit par les fenêtres à l’arrière de l’appart…

Lundi 29 mai 2006

Et voilà

Ecrit dans Au jour le jour. Lu 474 fois. 2 commentaires.

Déménagement réussi, sans encombre, tout s’est déroulé à merveille. Impec. Installation rapide, efficacité coréenne oblige. J’ai pu reprendre crayons et pinceaux dès le lendemain. Ca fait du bien d’avoir plus d’espace, j’ai maintenant un grand bureau, notre nouvel appart est au quinzième étage, grande baie vitrée au sud, lumineux, très agréable et aéré. Et depuis il s’est passé pas mal de choses.
Tout d’abord j’ai été contacté par les éditions anglaises Usborne. L’an passé, lors d’une de mes séances de ratissage éditorial, j’avais contacté - un peu au pif - les éditions Usborne (qui je le rappelle est un des grands éditeurs anglais pour la jeunesse). J’avais reçu une réponse positive même s’il n’y avait pas de travail dans l’immédiat. Le message ressemblait à la réponse automatique que reçoivent les illustrateurs en quête de nouvelles collaborations mais cela m’avait paru honnête et sincère. Apparemment ça a fait son chemin car la semaine dernière, une certaine Andrea m’écrit pour me proposer un projet d’album excellentissime, l’histoire des Pirates. Un immense panorama de la piraterie, des Vikings et Barbares en passant par les pirates des mers de Chine, le Blackbeard, François L’Ollonaios, William Kidd, l’Île au Trésor, des passages plus techniques sur les abordages, la vie à bord, les attaques & co, etc. En bref un projet du tonnerre. Mais là où ça s’est compliqué c’est que la date de rendu était fixée à la mi-août. Ces temps-ci je suis archi-débordé et je vais disparaître dans les marais et étangs de Provence en juillet. Le planning proposé par Usborne m’avait l’air bien verrouillé et ne voyant aucune solution pour faire le livre dans les temps et dans de bonnes conditions, j’ai proposé, à contre-cœur, qu’on laisse passer les pirates (argh) et qu’on se tourne vers un autre projet pour le début de l’automne, à mon retour. Finalement, on m’annonce que la date de rendu des pirates est repoussée à la fin du mois d’octobre pour que je puisse réaliser le bouquin ! Génial. Voilà une nouvelle qui m’a beaucoup touché. D’une part parce que j’ai toujours rêvé de me frotter pour de bon aux histoires de pirates, un régal et d’autre part parce que cela fait très très plaisir de voir un éditeur modifier son planning de la sorte pour qu’on puisse travailler ensemble, surtout par les temps qui courent. Je sens qu’on va faire du bon boulot et il y a du pain sur la planche, 64 pages couleur, un moyen format (13×20cm) et un joli pactole pour le tout. Je commencerai donc cette aventure dès la mi-août.
Ensuite j’ai reçu quelques bouquins dont j’avais réalisé les couvertures. Le recueil sur les elfes pour le jeu de rôle «L’Œil Noir» chez Fanpro et Le jardin des sortilèges chez Rageot. Les deux couvertures sont vraiment bien imprimées, les couleurs sont respectées, fidèles aux originaux, les mises en pages bien foutues et voir son travail mis en valeur de cette manière ça fait aussi très plaisir. Les crayonnés et/ou mises en couleurs de ces couvertures sont quelque part sur le Journal de Bord, en fouinant un peu.
Bon c’est parti pour une semaine chargée dans un nouvel environnement. Au boulot.

P. S. :
Depuis quelques semaines j’ai reçu plusieurs mails sympathiques me posant des questions, me demandant de l’aide. Trop accaparé par le boulot et le déménagement, je n’ai pas eu le temps de répondre clairement et posément. Donc un petit coucou aux auteurs de ces mails pour leur dire que je ne les oublie pas et que je répondrai dès que mon horizon se sera un peu éclairci. Encore un peu de patience ;)

Lundi 1 mai 2006

Hero’s Hoard

Ecrit dans Gamemastery. Lu 421 fois. 4 commentaires.

Sur le site de Paizo ils ont mis à jour les fiches de la gamme GameMastery. Ils annoncent en images la seconde fournée d’armes et objets magiques. C’est super bien (oui moi aussi j’emploie des expressions rétrogrades). Si j’ai bien compris il y aurait 11 cartes au hasard par sachet, ce n’est apparemment pas un bon gros pack comme pour la première série, ça sent un peu le business, héhé. Et au risque de me répéter, je suis vraiment ravi de cette collaboration. C’est pro, classe, apparemment bien imprimé, mon travail est respecté et mis en valeur, c’est hyper chouette (tu notes Nils ?). Avec ça j’ai la patate pour toute la semaine.

Paizo n’édite pas que du contenu Dungeons and Dragons & co. Ils éditent aussi des jeux de société plus «traditionnels». Ils sont en train de refaire le jeu Kill Doctor Lucky, une sorte de Cluedo. Ils m’ont contacté car ils ont eu des soucis pour le plateau de jeu. Apparemment, si j’ai bien compris, un graphiste devait le faire entièrement en 3D et les a laissé tomber. Ils me contactent donc au pied levé pour reprendre le flambeau et réaliser le plateau à l’ancienne avec du papier et des pinceaux. A mon avis ce n’est pas plus mal. Donc je me lance dans la réalisation d’un plateau de jeu assez imposant de la demeure victorienne du Doctor Lucky. Je crayonne pour l’instant, c’est plutôt sympa et amusant. Ca me fait un drôle d’effet de réaliser un plateau de jeu de ce genre, je dessine des fumoirs, chambres, salons. Et ça m’a surtout rappelé un très bon souvenir. Un peu plus qu’un souvenir même, un déclic, un jour, une après-midi, quelques heures à la suite desquelles ma vie avait pris une nouvelle voie. En 1994, mon baccalauréat en poche (bac A3, lettres et dessin), je ne savais pas trop vers quelle école me tourner pour me spécialiser dans l’illustration, la bd, graphisme, etc. J’étais allé à Paris rencontrer des amis illustrateurs de mes parents. J’avais souvent entendu parler d’eux, «Big et Nicole» ou plutôt Nicole Baron et Bernard Giroud. Nous avions longuement discuté et ils m’avaient orienté vers l’Ecole Emile Cohl à Lyon, un choix qui s’est révélé excellent par la suite. Cette rencontre m’a marqué car je n’avais encore jamais vu comment ça se passe chez un illustrateur, les coulisses de la création. J’avais visité leur atelier, ils travaillent souvent en duo, ils m’avaient montré des illustrations, des bouquins, des commandes. C’était merveilleux et ça me faisait drôlement envie. A ce moment-là ils travaillaient sur un jeu de société et peaufinaient le plateau. J’avais pu voir cette immense illustration, un manoir vu de dessus, hyper détaillé, chiadé. J’étais fasciné et émerveillé (je n’avais pas encore en tête les histoires de contraintes, cahiers des charges, planning & co, ahah). En voyant cette illustration pour le plateau de jeu je m’étais dit que si seulement, un jour, qui sait, peut-être, j’aimerais tellement… Et voilà une autre boucle de bouclée.

Mercredi 29 mars 2006

Long long chemin

Ecrit dans Maîtres, affinités et inspirations. Lu 1 467 fois. 11 commentaires.

De temps en temps je me fais des orgies visuelles sur le net si je puis m’exprimer ainsi. Je passe une soirée à revisiter mes liens d’illustration, parcourir Internet dans tous les sens, en suivant des liens de liens sur les sites d’illustrateurs, banques d’images, en tapant je ne sais quoi dans Google & co… Ca me permet de trouver de nouvelles images, de nouvelles sources d’inspiration et aussi de voir et revoir des illustrations que j’aime et me fascinent. Généralement je sors de ce genre de marathon avec un bon mal de crâne et un peu de tristesse ou mélancolie devant tant de talent et surtout devant le long chemin qui me reste à parcourir pour, qui sait, peut-être un jour arriver à la semelle de ces champions de l’illustration. Voilà un petit compte-rendu en images…

Pour commencer, un petit tour chez James Gurney, créateur de Dinotopia, aussi bon avec une technique légère, aquarellée, qu’avec plus de pate et de matière, impressionnant. Classique et léché.

Ensuite une visite à Ted Nasmith un des grands illustrateurs de Tolkien, du détail en veux-tu en voilà et j’espère que je n’ai pas oublié une feuille sur l’arbre.

Puis un coucou à Segrelles, sa technique m’épate, très à l’ancienne, simple et efficace, j’aime particulièrement la sensibilité de sa touche et son sens des couleurs.

On passe en coup de vent chez Ray Lago, illustrateur de talent trop méconnu à mon avis.

Un Gary Gianni pour la route, quelle patate, ça chauffe…

J’allais oublier Manchess, quelle énergie dans le coup de pinceau et quelle économie de moyens ! Aïe aïe aïe !

Un que je viens de découvrir en passant, Gnemo, intéressant, belle perspective.

On approche de la fin et on révise ses classiques, J. Allen St. John. Il m’énerve.

Et pour finir le clou de ma soirée, un autre illustrateur qui m’était inconnu, Petar Meseldjiza, il est 1h45 et je tombe là-dessus, j’adore la variété des textures, l’ambiance chiadée, la puissance de l’image et son côté no limit grand n’importe quoi qui part dans tous les sens… Maintenant je vais me coucher, la pêche a été bonne, même si j’ai vu bon nombre d’illustrations affreuses voire hideuses pendant cette soirée, j’ai de belles images plein les yeux, ça devrait infuser pendant la nuit…