es derniers temps, j’ai réalisé un deuxième lot d’illustrations pour le jeu en ligne Sang & Sueur, par là. Je parlais du premier lot ici et ces premières images sont par là. Pour ce deuxième lot, j’ai réalisé une nouvelle série de bustes et visages pour le petit générateur de portraits proposé aux joueurs, une nouvelle série d’armes et armures et quelques personnages pour illustrer le jeu (en voilà un ci-dessous). Pour voir les autres images, il faudra aller briser quelques coudes et mordre quelques oreilles de gladiateurs sur Sang et Sueur !

e weekend, Goupil, en commentaire, a eu la bonne idée d’écrire ceci : « Combien de temps passez-vous à chercher des contrats ? Surtout au début ça représente énormément d’heures souvent pour rien, et c’est cela de perdu pour la productivité. Est-ce que ça vaudrait une entrée de blog ? »
En effet, cela mérite amplement une entrée…
Il y a dix ans, quand j’ai mis les pieds dans l’illustration, n’étant pas sur Paris, je ne pouvais pas facilement rencontrer et démarcher les éditeurs directement. Editeurs souvent repérés via de longues heures de prospection dans les librairies pour se projeter dans telle ou telle collection, ou conseillés par des amis illustrateurs ou encore découverts via des catalogues et annuaires de salons. J’envoyais donc des dossiers de photocopies de mes illustrations. Ensuite, si une dizaine de jours plus tard, je n’avais pas de réponse (positive ou négative), je passais un coup de fil pour m’assurer que le dossier était bien arrivé et s’il était possible d’avoir un petit retour, des conseils, commentaires ou suggestions. Petit à petit, cela m’a permis de mieux cibler mes envois. Deux à trois fois par an, je prenais une bonne dizaine de rendez-vous et me rendais sur Paris pour présenter mon travail. Bien entendu, j’ai eu mon lot de politesses et portes dans les dents, mais au fil du temps, je pense m’être fait remarquer et connaître. Ces démarches aussi soutenues par une présence sur les salons, du livre à Paris en mars, jeunesse à Montreuil en décembre, Bologne en Italie au printemps…
Une remarque par rapport à la question de Goupil, ce n’est jamais pour rien. Ca prend beaucoup de temps, c’est souvent difficile voire laborieux mais ça fait partie du jeu et ce n’est jamais pour rien, je répète. Tout simplement parce qu’une majorité d’éditeurs conserve les dossiers envoyés, sous le coude, pour une future occasion ou nouvelle rencontre. Il m’est souvent arrivé d’être contacté des années (je dis bien des années) après avoir envoyé des dossiers ici ou là. Ce n’est pas du temps pris sur la réalisation d’illustrations mais du temps pris pour se préparer un avenir, monter un carnet de contact, se faire voir, connaître, remarquer.
Et surtout, il faut persévérer. Ce n’est pas parce qu’un éditeur vous dit non aujourd’hui, que ce sera la même chose demain. Au début, il m’est arrivé de rencontrer des éditeurs dans leurs bureaux, se disant intéressés mais rien de concret et puis, plus tard, sur un salon ou ailleurs, on se rencontre à nouveau, ils se souviennent peut-être de mon travail, de moi ou d’une image et là, ah oui, une nouvelle collection va pointer son nez ou je ne sais quelle perspective et nous allons pouvoir collaborer.
Il faut aussi savoir se rendre disponible. A mes débuts, je résidais à Lyon. Un matin, Pierre Marchand, directeur d’Hachette jeunesse à l’époque, me téléphone. Il souhaitait me rencontrer rapidement, peut-être du travail. Il me dit qu’il voit sur mon dossier que je suis sur Lyon et me demande quand je pourrais venir à Paris ? Je réponds du tacotac que je peux être dans son bureau le jour même, dans l’après-midi. A l’époque, je ramais, les débuts toujours difficiles mais j’ai cassé ma tirelire pour me payer l’aller-retour à Paris dans la journée. Je pouvais difficilement me le permettre financièrement mais il faut battre le fer quand il est chaud. Le rendez-vous a duré une petite vingtaine de minutes et je suis rentré chez moi, le soir, avec de très bonnes pistes qui allaient se transformer en contrats conséquents dans les semaines suivantes. Comment dire, je perdais une journée de boulot, prenant ainsi du retard sur mes projets en cours, question sous j’étais limite, mais ce que ça m’a apporté ensuite en valait largement l’effort…
Aujourd’hui, je démarche toujours. Moins intensivement, mes illustrations et publications travaillant pour moi. Mais deux fois par an ou en pointillé, au fil des news, des annonces et bruits de couloir dans l’édition, je contacte de nouveaux éditeurs ou me rappelle au bon souvenir d’autres. Je fonctionne uniquement par emails, invitant ces contacts à visiter mon essentiel, ici. J’ai remarqué que la plupart du temps, je travaille beaucoup au printemps pour les ouvrages à paraître à l’automne pour les fêtes de fin d’année et plutôt à l’automne pour les publications du printemps. Donc j’envoie des messages à la fin de l’été et à la fin de l’hiver.
Même si maintenant les commandes tombent régulièrement, j’entretiens ces démarches pour de nouvelles collaborations, peut-être découvrir de nouveaux univers et me tenir dans le flot. Aussi, et surtout, car on n’est jamais à l’abri d’une peau de banane. Il m’est arrivé une ou deux fois de m’endormir sur mes petits lauriers, me disant que ça va, tout va bien, le téléphone sonne tout seul mais quelques temps plus tard, un projet capotant par exemple, je me suis retrouvé le nez dans l’eau, en rade, sans boulot. Ca peut faire des dégâts et j’ai amèrement regretté de ne pas m’être bougé les fesses en maintenant le contact. Pour tout vous dire, cela m’est encore arrivé dernièrement, en début d’année. Même avec l’expérience douloureuse de situations difficiles auparavant et prévenu, je me suis retrouvé à tirer la langue à cause de fâcheuses coïncidences et un planning mal agencé, un projet qui ne se concrétise pas et un ou deux autres prenant du retard en même temps. Trop confiant, j’ai manqué de prudence à l’automne dernier, au début de l’hiver et je n’avais pas relancé la machine, persuadé d’être débordé dans les semaines à venir… Si je l’avais fait, comme à mon habitude, j’aurais peut-être eu d’autres pistes et projets qui m’auraient permis d’éviter ces tracas. Aïe, ce n’est jamais facile de redresser la barre dans ces cas-là et j’ai passé quelques semaines périlleuses… Et puis je me dis que si, finalement, toutes les pistes se concrétisent et que tout tombe en même temps, et bien tant mieux, je ne me plaindrai pas, bien au contraire, les nuits seront courtes, il faudra mettre les pinceaux double mais au moins, je conserverai la tête hors de l’eau. Dans à peine plus d’un mois, je reviens en France après cinq années en Corée à communiquer essentiellement via emails interposés. Ce retour va me permettre de reprendre un peu le book sous le bras et démarcher les éditeurs français en chair et en os, disons « comme avant ». Les emails, c’est bien pratique, mais ça ne remplacera jamais une vraie rencontre.

epuis quelques temps, j’ai beaucoup évolué sur ma manière d’aborder les crayonnés. Auparavant, je les considérais comme des illustrations à part entière. Je les travaillais en valeurs, d’une pièce, d’un seul tenant, chiadés, pour faire de jolies images, comme ici par exemple. Mais maintenant, je ne les vois plus - que - comme des canevas, uniquement des supports pour la couleur. Bon, tant mieux si le crayonné est sympa quand même mais un vilain crayonné ne me chagrine plus du tout.
Dorénavant je fais plus intervenir l’ordinateur comme outil de mise en page. Ci-dessous à la manière d’un mini-tutoriel, l’élaboration de mon dernier crayonné de couverture pour les éditions Paizo. Un crayonné pour une couverture d’une nouvelle gamme, dans le même esprit que celle-là (sans le gros logo étoilé). C’est-à-dire une illustration pleine page couvrant l’intégralité de la surface. Mais une illustration recouverte de deux bandeaux transparents recadrant la scène. Je dois représenter trois personnages de la série, un moine, une petite druide accompagné de son gros matou et une barbare découvrant une porte elfique noire au fond d’une sombre forêt de conifère. De cette porte vont débouler créatures et monstruosités d’un autre âge…
Comme je l’expliquais ici, j’ai une idée bien précise voire très précise de ce que je veux mettre en image, composition, cadrage, personnages (appuyée par une bonne recherche de docs). Maintenant, je commence par une petite mise en place rapide et cracra de ce que j’ai en tête pour délimiter les espaces. Mon idée est de tourner les personnages vers la porte avec un cheminement du regard en zigzag, le moine au premier-plan nous dirige vers la barbare qui, avec le matou, nous aiguille vers la druide qui nous fait plonger vers la porte et ses noirceurs. Je précise que, volontairement, j’ai choisi de ne pas montrer clairement les visages des personnages. Car cette couverture s’inscrit dans une série, les joueurs les connaissent certainement déjà et je préfère me focaliser sur le cœur de la scène, la porte, les faisant passer ainsi au second plan (au niveau du sens de l’image). En masquant un peu les visages, le lecteur ne s’attarde pas, ne se casse peut-être pas la tête pour s’identifier ou non et file directement vers le fond de l’image…

Puis je crayonne tous les éléments séparément, personnages, décors, certains détails. Ainsi il me sera plus facile de modifier ces différentes parties de l’image pour mieux les agencer, équilibrer l’image, réduire ou agrandir certaines zones, etc.



Pour finir, direction Photoshop et bidouillage intensif pour bien caler tout ça, au bon format, avec quelques ajouts de calques de branchages détourés trouvés dans mes docs… Il y a quelques petits trucs - sur le crayonné - qui coincent comme la petite druide qui peut sembler « posée » sur la main du moine ou sa serpe un peu trop proche du menton du moine mais c’est tout à fait le genre de détail qui se gère et s’arrange avec les couleurs grâce aux profondeurs, aux différences de teintes, couleurs, luminosité, etc. J’ai hâte de passer à la couleur !


‘en parlais ici, le weekend prochain, c’est Fantasy au programme de la Cité du Livre d’Aix-en-Provence. Pour celles et ceux que ça intéresse, le menu c’est par là. Depuis quelques jours, on voit apparaître mon illustration en très grand dans les rues d’Aix. Ca me fait super plaisir. C’est chouette, classe et bien marrant ! De jolies affiches et j’ai bien hâte d’en récupérer quelques-unes. Et merci à ma môman pour la photo ;)

e plus en plus souvent, quand un éditeur ou un commanditaire me contacte, il me demande d’indiquer mes tarifs. Et cela même souvent avoir d’avoir énoncé ou détaillé le travail à réaliser. Je suis toujours complètement désemparé. Comment dire, je n’ai pas de grille tarifaire, je n’en ai jamais eu et j’espère ne jamais en avoir une. Tout simplement car je considère que je ne réalise pas quelque chose de reproductible à l’infini de manière systématique. Chaque illustration, chaque projet est unique. Je ne produis pas des tomates à la chaine ou des boîtes de petits pois identiques et toutes calibrées d’après un modèle unique. Non, chaque nouvelle collaboration a une empreinte particulière, une ambiance singulière, un certain intérêt. Aligner des tarifs signifierait, en caricaturant, que je fonctionne en calculant le prix de l’illustration au cm² ou en me lançant dans des calculs d’apothicaire de rendement, rentabilité.
Je n’aime pas ce procédé. Je préfère toujours que l’éditeur avance une proposition de budget en premier, des détails permettant d’évaluer la charge de travail, le contenu des images, le temps alloué à sa réalisation, la diffusion et l’exploitation du produit. Ensuite à moi d’estimer sa complexité, l’intérêt que je porterai ou non à ce projet, ce qu’il m’apportera ou non sur mon petit bonhomme de chemin, un dialogue à sens unique ou non, peu ou beaucoup d’exigences, qui se trouve en face de moi, un travail en confiance ou non, etc. Là, je serai en mesure d’estimer si la proposition tient la route, si le projet est en équilibre. Il arrive très souvent - et la plupart du temps - que cela me convienne tel quel, heureusement. Sinon je suis ouvert à la discussion. Par exemple, si le budget me semble un peu faiblard en fonction de la charge de travail ou des exigences et si l’éditeur ne peut proposer mieux, je demanderai alors plus de temps ou peut-être une plus grande marche de manœuvre. Il m’est aussi arrivé de demander d’être payé plus car j’estimais que le temps imparti était insuffisant ou les conditions un peu trop difficiles pour travailler dans de bonnes conditions. Un projet c’est un tout, une grande équation et il faut trouver le bon équilibre entre toutes les facettes. Mais je ne peux résumer la réalisation d’une illustration à un simple prix, dans l’absolu du genre ok un A4 c’est x euros, un A3 c’est comme ça, un cabochon ainsi…
Bien entendu, j’ai une idée en tête de ce que vaut mon travail et mes images, j’ai des limites au-dessous desquelles je ne m’aventurerai pas. Je me dis que c’est plus sain de fonctionner ainsi. Je ne me ferme jamais de portes et reste ainsi toujours ouvert à la discussion. En fait, ça m’agace de réduire tout ça à des chiffres, du commerce basique. Je crains aussi qu’en alignant des tarifs, cela puisse dérouter ou désarmer certains commanditaires ou éditeurs alors que, suivant le projet proposé, les interlocuteurs, leur flexibilité, je serai tout à fait prêt à faire des efforts. Il est évident que travailler avec un éditeur qui arrose abondamment c’est mieux, plus agréable, héhé. En revanche, il m’arrive souvent de travailler pour d’autres, moins fortunés, parce que le projet en valait vraiment la chandelle, bien dans mes cordes, me permettant d’ajouter une belle pièce à mon petit édifice, que les personnes étaient à l’écoute et respectueuses, conscientes de la situation en me laissant, par exemple, une très grande marge de liberté et d’interprétation du travail à réaliser ou beaucoup de temps.
C’est vraiment délicat et parfois à double tranchant comme je l’écrivais ici, en fin de message. Ebloui par des noms prestigieux, Starship Troopers, Shadowrun, je me suis lancé dans des aventures hasardeuses dans des contextes inacceptables. Aventures qui se sont d’ailleurs soldées par de douloureux écueils. Mais, avec le temps et le recul, je me dis que même si je me suis royalement fait bananer financièrement, que j’ai certainement perdu beaucoup de temps et d’énergie et bien, finalement, après réflexion, il en reste quand même quelque chose de positif qui peut m’ouvrir d’autres portes : des illustrations que je n’aurais certainement pas pu réaliser ailleurs ni autrement et quand même un petit reste de l’affiche prestigieuse. Délicat donc.
Pour finir, je me pense sur la voie du travailler mieux pour gagner plus. J’ai remarqué et cela se confirme au fil de mes commandes, que plus je tends vers une certaine qualité, un certain rendu, une certaine exigence, un certain savoir-faire et plus on me propose des budgets conséquents. Cela va de soi il me semble et les éditeurs - sérieux - ont bien la tête sur les épaules sachant estimer un travail à sa juste valeur. C’est une certaine forme de reconnaissance qui me fait plaisir et me pousse à aller encore et toujours plus en avant. Je me dis finalement que les illustrations parlent d’elles-mêmes et ne pas avancer de tarifs permet aussi de savoir ce que pense la personne en face, ce qu’elle a derrière la tête et comment elle évalue ce qui lui est présenté. Ce qui peut se révéler salvateur quand on est dans le doute ;)










