Ecrit dans Technique et matériel. Lu 3 613 fois. 19 commentaires.

C

omme on me demande souvent par email ce que j’utilise comme matériel, je mets en ligne un petit tutoriel à ce sujet. Ça m’évitera de me répéter ou faire de longs copier/coller mais bon, à mon avis, ça n’a pas vraiment de sens. C’est uniquement à titre informatif. Il y a un proverbe chinois là-dessus dont je ne me souviens plus les termes exacts mais en gros c’était : «Le plus important ce n’est pas le pinceau mais la main qui l’utilise».
Je suis plutôt du genre fidèle à mon matériel. Je change rarement, question d’habitude et d’entraînement j’imagine. Surtout, je n’ai pas eu le temps d’expérimenter d’autres marques, d’autres procédés, d’autres matériaux depuis des années et ce n’est pas l’envie qui manque. A ce propos, si vous connaissez ou utilisez du matériel qui vous semble de qualité et qui pourraient compléter ce petit inventaire, n’hésitez pas à nous en faire profiter en écrivant un petit mot dans les commentaires. Je vais donc détailler ci-dessous le matériel que j’utilise tous les jours pour dessiner, peindre…

Le papier
Pour tout ce qui est crayonnés, recherches & co j’utilise du papier Canson Crob’Art A3 (des carnets de 120 feuilles à couverture beige) ou au format 49×64cm pour les plus grands crayonnés, les doubles-pages des albums par exemple. J’aime bien ce papier parce que le grain est agréable et qu’il glisse bien sous le crayon. Il supporte aussi bien le passage sur une table lumineuse, suffisamment fin pour laisser passer la lumière.
Pour les mises en couleurs, je peins sur du papier blanc Scotland 220gr. C’est le seul papier qui me convienne que j’ai pu trouver en Corée. L’équivalent français c’est le bon vieux Canson classique 224gr. Là aussi un grain agréable, pas trop en creux mais suffisamment pour retenir ce qu’il faut de peinture. Je n’utilise jamais de support rigide car il me semble que cela peut donner du fil à retordre aux éditeurs pour scanner les illustrations. Souvent des scanners rotatifs sont utilisés pour les plus grandes images et un support rigide peut poser problème. Mais j’essaierai bien d’autres supports pour le plaisir, si vous avez quelques pistes, je suis preneur.

Le dessin
Pour les crayonnés, le papier Crob’Art cité plus haut, un porte-mine 0.9 Pentel avec des mines bleues (0.9 pour que ce soit un peu gras), une bonne gomme Staedtler classique, un correcteur Pentel plus un stylo-gomme Staedtler et c’est parti. Je n’encre jamais mes crayonnés et transforme mes traits bleus en traits noirs via Photoshop (voir ici).


En revanche quand il m’arrive de faire des illustrations noir et blanc, j’utilise le papier Scotland, des feutres Faber-Castell (Ecco Pigment) 0.5 pour la plus grande partie de l’encrage, ensuite un Staedtler pigment liner 0.05 pour les plus petits détails et quelques hachures et pour les valeurs ou noirs un Tria Extra Black-T ou de la gouache noire presque pure. Gouache noire qui diluée donne de belles valeurs de gris sur le grain du papier Scotland. Pour quelques retouches de blanc, les stylos à encre blanche Uni-Ball Signo sont parfaits. J’utilise aussi ces stylos à encre blanche pour apporter quelques modifications sur les illustrations mises en couleurs. Ils passent aussi très bien sur l’acrylique et permettent de faire de petites touches blanches très précises, un reflet sur une pupille par exemple, retouches parfois difficiles à faire directement au pinceau. Même topo pour les feutres noirs 0.05 qui m’aident pour quelques micro-détails souvent périlleux au pinceau.


Les pinceaux
Je trouve ici des pinceaux ronds Babara Series 500R Golden (made in Japan) allant des tailles 2 à 20. Poils synthétiques. En fait je n’utilise jamais de pinceaux en poils naturels, ça s’use trop vite, ça coûte trop cher et je préfère ne pas me casser la tête avec ça même si cela pourrait peut-être m’apporter un plus grand confort. Avec ces pinceaux en synthétique je n’hésite pas à les triturer, les massacrer en peignant et les renouvelle souvent. Quand j’étais en France j’achetais des pinceaux de marque Code Noir fabriqués au Japon aussi. Comme ils ressemblent à s’y méprendre aux Babara que j’utilise ici, un corps noir avec une bague de couleur (jaune en France et blanche en Corée), j’imagine que le fabricant est le même. Le poil est assez souple et costaud, la pointe tient assez longtemps pour les plus fins.


Pour les brosses je prends le tout venant. Ici ce sont des pinceaux coréens HwaHong, de la taille 4 à la taille 30. Là je me fiche pas mal de la qualité car je vais les bousiller rapidement. J’utilise le plus souvent les brosses avec de la peinture très sèche et les poils seront vite rongés. D’ailleurs c’est bien mieux ainsi, je préfère de loin une brosse bien abimée qui a servi qu’une brosse toute neuve. Le contraire des pinceaux ronds où il est plus agréable de travailler avec un pinceau en bon état.

Ensuite sur le comment je les utilise c’est difficile de répondre car c’est plutôt intuitif. Je n’ai pas vraiment de préférence. Mais dans les grandes lignes, les brosses sont utilisées pour les fonds, les cieux, nuages & co ou pour faire certaines textures, les frotter, les salir ou encore pour passer quelques jus et glacis. J’utilise plutôt les pinceaux ronds pour le travail de précision, personnages, végétations, objets, vêtements, détails, etc. Mais il m’arrive aussi de peindre un ciel au pinceau rond et un personnage à la brosse. Cela dépend aussi du format de l’image, c’est très aléatoire finalement et trop dépendant de ce que je dois mettre en couleur et mon envie du moment pour pouvoir détailler le processus.

La peinture
Pour mes fonds bruns sur lesquels je vais travailler les couleurs (voir ici), j’utilise un mélange de Gesso coloré Liquitex Terre d’Ombre Brûlée (mais la même couleur en tube simple fera le même effet) et de l’acrylique liquide Dr.Ph.Martin’s Spectralite de couleur Warm Amber (on trouve l’équivalent en France avec la marque MagicColor et la couleur Terre de Sienne si mes souvenirs sont bons). On peut voir les deux sur la photo à gauche. Et pour toutes mes mises en couleurs, c’est acrylique Liquitex. La plus opaque possible. Je préfère démarrer avec une peinture très couvrante que je vais diluer moi-même par la suite. Le hic c’est les jaunes chez Liquitex qui sont trop translucides à mon goût, je suis à chaque fois obligé de les mélanger avec du blanc ou d’autres couleurs opaques ou denses comme le jaune de Naples pour pouvoir les utiliser comme je le souhaite. Idem, si vous avez des pistes sur de l’acrylique très couvrante merci de laisser un commentaire ;)

Les crayons de couleurs
Pendant une mise en couleurs, je retouche toujours un peu avec des crayons de couleurs. Que ce soit pour retendre une forme un peu molle, accentuer ou souligner une zone de l’image, teinter un détail ou pour donner du grain à une texture, etc. Les crayons aquarellables sont très bien pour retoucher sur l’acrylique. Ils sont suffisamment gras pour glisser sur la peinture et ne la marque pas, ne la creuse pas. En plus on peut facilement reprendre un coup de crayon de travers, un petit coup de flotte et c’est effacé. Ma préférence va aux crayons Faber-Castell Art Grip et je ne sais pas trop pourquoi. La forme est agréable et ils tiennent bien dans la main. Il y a aussi un bel éventail de couleurs disponibles. J’utilisais avant des Rexel Derwent mais je trouvais les mines trop cassantes et s’effritant trop facilement.


La palette
Avant j’utilisais toujours la même palette. Je dois reconnaître sans vraiment savoir pourquoi une fois de plus, je dois être un peu fétichiste sur les bords de temps en temps (j’en parlais ici). Maintenant je prends ce qu’on appelle des cartons-plume d’un centimètre d’épaisseur que je recouvre d’une couche d’acrylique blanche pour les imperméabiliser. Comme ça la peinture accroche bien dessus et n’est pas bue par le carton. J’ai plusieurs palettes sous le coude que j’utilise soit pour les ciels, soit pour les personnages, les fonds, etc. C’est bien plus pratique que d’en avoir une seule qui finit par saturer et ressembler à un costume d’Arlequin.

Autres trucs utiles
J’utilise aussi beaucoup d’autres objets. Des brosses à dents par exemple pour faire des textures, des éclaboussures, projections, les étoiles dans la nuit, etc. Des chiffons (ou mes doigts) pour frotter la peinture en train de sécher. Un sèche-cheveux pour raccourcir les temps de séchage déjà rapides de l’acrylique et gagner ainsi un peu plus de temps, bien pratique l’hiver quand il ne fait pas bien chaud. Etc…

Voilà, ce petit tour d’horizon de mon matériel complètera et recoupera les tutoriels déjà mis en ligne. Pour tout ce qui est matériel «informatique» j’en ai déjà parlé à plusieurs reprises, imprimante (ici), scanner (ici ou ), etc. N’hésitez donc pas à partager vos expériences et trouvailles dans les commentaires, l’émulation ça a toujours du bon ;)

Mercredi 31 janvier 2007

En attendant

Ecrit dans Culture et artbooks. Lu 309 fois. 4 commentaires.

B

on, comme c’est plutôt calme côté boulot et que je n’ai pas grand-chose à montrer, je vais plutôt poursuivre côté culture et lectures. J’ai reçu hier ma dernière commande Amazon et je suis loin d’être déçu. Tout d’abord le Carnet de croquis, Archives de Féerie de Jean-Baptiste Monge. 80 pages de sublimes crayonnés en noir et blanc (ou plutôt en gris et blanc) sur un beau papier épais et granuleux. C’est très très beau, riche et varié. Toujours captivant de voir les recherches et crayonnés d’un illustrateur. Le dessin est juste et agréable, les valeurs de gris délicates, l’ensemble souligné par quelques textes explicatifs et intéressants de l’auteur. Pour chipoter un peu je dirais qu’en conservant toute son identité et son originalité, on lorgne parfois un poil trop du côté d’Alan Lee et John Howe période Seigneur des Anneaux, mais il y a bien pire comme référence ;)
(Un tout petit bémol dans la fabrication du livre. Chose curieuse, les pages n’ont pas toutes la même largeur, une erreur de fabrication au niveau des cahiers j’imagine mais qui ne facilite pas la lecture)

Ensuite j’ai reçu un pavé, StarWars : La Prélogie (ou en anglais Star Wars Chronicles: The Prequels). Un aperçu par ici. Un format proche du A3, pas loin de 350 pages de papier glacé, le tout dans un lourd coffret luxueux. C’est, à mon avis, le bouquin ultime de références et documentations sur les trois premiers films de la saga (je veux parler des épisodes I, II et III). Des milliers de photos, recherches, crayonnés, costumes, vaisseaux sur tous les mondes et personnages de ces premiers films. Ajouter ce monstre aux «Art of» des premiers films (ici en deuxième partie de message), plus le bestiaire (c’était il y a quelques jours) et pour finir l’autre pavé sur les costumes (c’est par ) et je crois qu’on tient là un pack du tonnerre on ne peut plus complet. Je craignais un peu les doublons avec ce nouvel arrivant de taille et finalement non, pas trop en fait. On retrouve quand même quelques images sinon le reste c’est du nouveau ou de l’inexploité complétant les autres bouquins (photos inédites des mêmes séances photo de costumes par exemple, différents angles et prises de vue). En tous cas on peut dire que l’univers StarWars tient drôlement bien la route, c’est dense, travaillé et cohérent. On ne pourra pas leur reprocher d’avoir fait ça à la va-vite sans prendre le temps de développer et approfondir ;)

Mercredi 13 décembre 2006

A éviter

Ecrit dans Coups de sang et grosses rognes. Lu 412 fois. 14 commentaires.

Avant de commencer je tiens à préciser que j’écris ce message à titre informatif. Partager une mésaventure pour éviter aux autres de tomber dans le panneau. Informer et prévenir. Je n’écris pas dans un but vindicatif ou revanchard car ce n’est pas mon genre ni mon habitude. D’autant plus que j’ai déjà dit ce que je pensais de la tournure des évènements aux personnes concernées. Je crois aussi qu’en partant d’une anecdote on peut se rendre compte de pratiques qui ont tendance à se généraliser.
Donc. En début d’année, au mois de février, j’accepte une commande d’illustrations noir et blanc passée par l’éditeur Fanpro aux USA pour le jeu Shadowrun. Shadowrun c’est un classique du jeu de rôle, classe, archi-connu, univers cyberpunk, trip futuristico-médiéval. Jeu auquel j’ai joué avec passion quand j’étais adolescent. La boucle était bouclée, j’allais pouvoir dessiner pour ce jeu qui m’a inspiré et dont les illustrations ont plus que certainement participé à mes désirs de devenir illustrateur il y a des années en arrière. Génial. Tout se déroule parfaitement, contrats en bonne et due forme, conditions correctes, tout se passe dans les temps, je rends les illustrations finalisées fin mars comme convenu. Tout le monde est content. Dans le contrat il est spécifié que le paiement se fera un mois après la parution du livre. Bon je ne suis pas vraiment fan de ce procédé, le livre devant sortir pendant l’été, soit plusieurs mois après la réalisation des illustrations. En plus je m’inquiète toujours d’un éventuel report de publication, ce qui éloignerait encore plus le paiement. J’avais quand même accepté parce que «c’est comme ça» et plus simplement parce que c’est Shadowrun. Le projet en valait la peine.
Le livre sort en juillet. Un bon mois après, début septembre, pas de paiement. Je précise aussi que je ne suis pas rigide au point de cocher les jours sur le calendrier. Mais bon, quand même, sur le principe il me semble que chacun doit respecter sa part du contrat et l’honorer. Je contacte l’éditeur et questionne, on me répond que les paiements ont pris un peu de retard, les sous arrivent, un petit peu plus de patience, la ritournelle habituelle, etc. Bon c’est plutôt courant, attendons. Trop accaparé par mes autres boulots en cours, je laisse cette affaire de côté et n’y pense plus. En octobre je me réveille et commence sérieusement à m’inquiéter. Je relance l’éditeur à nouveau. Réponse évasive. Et toujours pas reçu d’exemplaires du bouquin non plus. Encore un mois plus tard, en novembre, rebelote, je relance, plus pressant, rappelant les termes de notre accord et pas de réponse à ce jour. Après mes merdouilles de cet été je me dis que c’est encore la faute à pas de chance mais après une rapide petite enquête, je découvre que je ne suis pas seul dans cette situation et que d’autres ont eu des réponses alarmantes, pas de fric, paiements décalés, etc, les fournisseurs payés les premiers, etc, blablabla. J’ai réalisé ces illustrations il y a maintenant dix mois…
Voilà c’est comme ça, je me suis fait avoir une fois de plus et au-delà de ma petite anecdote je crois qu’il faut garder la tête froide. Dans le sens où certains éditeurs (je dis bien «certains», j’espère que ce n’est qu’un cas isolé) publient des livres, des jeux, basés sur des licences connues, réputées et excitantes. C’est fatalement attirant. Ce que j’ai déjà vécu avec Moongose et l’aventure catastrophique Starship Troopers (Mongoose par exemple profite aussi de licences aussi prestigieuses que Conan, Jeremiah, LoneWolf ou RuneQuest). A chaque fois je me suis laissé embarquer car l’enseigne était attrayante mais je découvre ensuite que derrière, en coulisses, ça ne suit pas et ça tourne vite au vinaigre. La prochaine fois je me renseignerai plus. C’est vraiment un binz à devenir complètement parano…

Lundi 18 septembre 2006

Découverte

Ecrit dans Culture et artbooks. Lu 390 fois. 2 commentaires. Il y a un an, j'écrivais Sang et Sueur.

Grâce à l’ami Swal j’avais découvert l’an passé un illustrateur bédéiste américain de talent. Guy Davis. Son dessin est vraiment impressionnant. Vivant, énergique et puissant. Que ce soit en noir et blanc tramé ou en couleur. Non seulement ce monsieur dessine comme un chef mais en plus il est rudement fort en mise en scène, découpage et narration comme on peut s’en rendre compte dans la série «Le Marquis». Cet été j’ai aussi découvert ce qu’il a fait, en couleur, pour la bd dérivée de l’univers Hellboy, «B.P.R.D.», là aussi ça déchire comme on dit. C’est fluide, bien raconté et très agréable à regarder, ça m’a même mis sur le chemin de la réconciliation avec le monde de la bd. Pour couronner le tout, son site est riche et généreux, de quoi se faire une idée avant de foncer acheter ses bds et les dévorer !

Jeudi 8 juin 2006

Black & White

Ecrit dans A voir et à lire sur le net. Lu 389 fois. 6 commentaires.

Ces temps-ci je suis tellement à la bourre sur mes boulots que je n’ai pas vraiment le temps de me balader sur le net et faire des découvertes. Heureusement l’ami Swal est là. C’est toujours bon d’avoir un Christophe Swal sous le coude pour dénicher de chouettes sites. Aujourd’hui du noir et blanc, Splashpageart. Ca fait du bien de voir de la belle ouvrage et ça change un peu de la couleur. En plus ils ont eu la bonne idée de présenter les illustrations originales, non imprimées, à l’état brut, non nettoyées. J’adore voir les coups de pinceaux, les aplats pas si plats que ça, les erreurs, les imperfections, parfois du crayon bleu sous le crayon gris, sous l’encrage, etc. Je trouve même que la plupart de ces travaux sont beaucoup plus beaux et intéressants présentés comme ça à «chaud», on ressent le travail de l’artiste et c’est tout de suite moins «ennuyeux» qu’un travail imprimé, tout «plat» genre pot de peinture dans Photoshop (si vous voyez ce que je veux dire). Les zones blanches ne sont pas propres et immaculées, les tons sombres et les ombres vibrent, les images me semblent plus riches, plus denses et vivantes.