e matin je me baladais sur TUTMarks, un site français qui recense quantité de tutoriels sur des sujets très différents. C’est plus ou moins intéressant et plus ou moins bien réalisé ou pratique. Mais je trouve souvent de belles choses à tester. Je suis tombé sur plusieurs tutos en provenance d’un site de photo, VirusPhoto (tout un programme !). J’en ai déjà testé quelques-uns de cette longue liste comme Créer un effet lomographique, Créer un effet “Oldies” avec les “traitements croisés” ou encore Comment réaliser l’effet Orton en numérique. Ca fonctionne plutôt bien et dans l’ensemble ça donne de bonnes idées de bidouillages. Un exemple ci-dessous.

e weekend, sur je ne sais quelle chaine coréenne, j’ai pu voir les documentaires Planet Earth de la BBC. Je crois que je n’ai jamais rien vu d’aussi beau. Et pourtant j’en ai vu des documentaires. J’ai eu ma période très «nature» il y a quelques années en regardant tout ce qui était diffusé sur le câble ou France5 (la Cinquième à l’époque) en matière d’animaux, vie aquatique, terres inconnues, etc. Mais là j’ai été scié. Au premier regard, j’ai même cru à des prises de vue réelles retouchées numériquement… Les images sont magnifiques et je crois que ces films dépassent de loin le cadre du simple documentaire. Tout simplement parce qu’il y a une dimension artistique que je n’avais encore jamais vu ailleurs. Et en même temps ce n’est pas trop carte postale (ce que je reprocherais aux photos de Yann Arthus-Bertrand par exemple), il y a du contenu, une «histoire» et c’est beaucoup plus immersif. On finit même par oublier complètement que quelqu’un est là, tenant une caméra. C’est beau, fascinant, à couper le souffle. J’ai aussi eu l’étrange sentiment de découvrir un monde que je ne connaissais pas, comme si on me présentait une autre planète que la Terre. Si vous aviez pu voir ma fille Line là devant, émerveillement garanti. Et nous, ses parents, à la fin de la diffusion, nous nous sommes demandés ce que nous foutions au quinzième étage d’un immeuble à Séoul à respirer la pollution et pourquoi nous n’étions pas en train de voyager pour voir de nos yeux ces hallucinantes bouffées d’air frais. Ces films m’ont fait le même effet que celui de Matt qui faisait le tour du monde. Génial.

Benjamin Fleury me signale la publication prochaine d’un bouquin qui m’a l’air très très intéressant. On en revient au numérique. Un bel artbook réunissant des pointures du numérique qui il me semble font partie de ceux qui font avancer le schmilblick numérique à grand pas, techniquement mais surtout artistiquement et esthétiquement. De nouvelles manières de travailler, une nouvelle approche de ce formidable outil. Le bouquin c’est «d’artiste : Concept Art» et tous les bouquins édités par cet éditeur valent le détour, j’avais pu jeter un œil à celui sur le Matte Painting, très classe. Le site de l’éditeur est riche en informations, on peut même avoir un aperçu de l’ensemble des bouquins, comme ici par exemple. Ça me fait penser qu’un de ces jours je vais sortir de mes marque-pages les sites des artistes numériques qui à mon avis valent le détour, je vais m’occuper de ça.

Apparemment je vais pouvoir mettre en ligne mes messages comme il faut. Donc je reprends là où j’en étais… Mon ami le numérique, la suite.
J’ai reçu de nombreux messages suite à mon mot de la semaine dernière. Une question en appelant une autre, on me demande quels sont les avantages du numérique, ou plutôt qu’est-ce que le numérique pourrait m’apporter par rapport à mon travail en «traditionnel». Tout d’abord techniquement le numérique peut servir à faire sauter des barrières, des contraintes physiques. Par exemple on peut créer ses propres outils, créer ses brosses, ses pinceaux, ses je-ne-sais-pas-quoi pour peindre tel ou tel truc, c’est fantastique et vraiment novateur. Même si les rayons du magasin de fournitures où je vais acheter mes pinceaux sont plutôt bien garnis, je suis quand même limité de ce côté-là et surtout il m’est difficile de bricoler mes outils. Je ne vais pas descendre un sanglier coréen pour tester la texture de ses poils. Avec le numérique on peut sortir des classiques pinceaux rond et brosses carré. L’autre grand chamboulement qui me vient à l’esprit ce sont les formats. Là plus aucune limite. Quand je réalise les illustrations d’un grand album ou un plateau de jeu, des illustrations grand format «boosté» à +130% au minimum pour gagner en précision et définition à la réduction, ça prend vite des proportions parfois envahissantes, j’ai déjà abordé ces problèmes il y a quelques temps à propos de mon ami l’imprimeur coréen. En numérique on peut bosser une illustration à +500 ou +1000% si on le souhaite car le rapport taille des brosses / taille du support suivra (dans l’absolu bien sûr, il y a quand même certaines limites logiciels et puissance de l’ordinateur). Bien entendu j’imagine là un travail qui sera publié par la suite, si c’est destiné à rester sur écran, le format n’a finalement pas vraiment d’importance mais cela permet d’avoir un éventail impressionnant de tailles de brosses, travailler très large jusqu’au pixel près.
Artistiquement je ne sais pas trop quoi dire face à de telles possibilités, un vaste terrain à défricher. J’ai le vertige quand je pense aux possibilités incroyables et variées, créer ses brosses, jouer avec les calques, effectuer tous les réglages possibles et imaginables, et ça me désole quand je vois des illustrations réalisées numériquement avec les brosses Photoshop de base, quand on reconnaît tel ou tel filtre appliqué bêtement ou le dernier effet à la mode vu sur un tutorial sur Internet. Ca me fait penser aux gamins qui commencent avec les dix feutres couleur Stabilo, c’est un passage obligé mais plus tard si on veut vraiment faire quelque chose de plus élaboré, abouti et développer ainsi sa passion on va apprendre à se servir de pinceaux et toucher à la gouache ou à je ne sais quel autre peinture.
Et de mon point de vue, les choix, raisons ou prétextes pour utiliser le numérique du genre ça va vite, facile pour corriger, ça ne salit pas, c’est économique, c’est du pipeau parce que je trouve que c’est se placer dans une optique souvent uniquement commerciale. Un minimum d’effort pour un maximum de rentabilité. Je ne vois pas là-dedans des arguments convaincants car je peux dire la même chose avec mes pinceaux. Je ne me salis pas, ce n’est pas trop difficile pour corriger, je vais vite, etc. Mais - en faisant un parallèle avec le commentaire écrit par Swal au sujet d’Umberto Eco - j’ai mis plus de dix ans à mettre au point ma technique. Une décennie à m’entraîner, à chercher, expérimenter, trouver des astuces et tendre vers une certaine maîtrise. C’est long, passionnant et difficile, enrichissant et parfois pénible. Il est évident que le numérique offre un accès facile et plus direct, n’importe qui peut se mettre devant son écran pour barbouiller en sautant la case formation et apprentissage. On ne prend pas dix ans pour trouver le Crtl+Z…
Là où je trouve que ça devient problématique, c’est auprès de certains éditeurs (et je ne généralise pas). Je commence à subir les effets de la marée numérique dans le milieu de l’illustration. Il y a peu on m’a demandé de rendre une illustration avec les différents éléments séparés sur des calques… Quand j’ai expliqué que cela m’est difficile car je réalise des illustrations d’un seul tenant, des «peintures», on m’a dit ah bon vous ne travaillez pas en numérique ? Je me suis pris une drôle de claque. J’étais étonné d’avoir à expliquer que je crée une ambiance, un univers, une scène où les éléments sont intimement liés, imbriqués pour tenir une gamme de couleur, des contrastes, des lumières, des textures, etc. Je suis finalement parvenu à réaliser les différents éléments séparément mais ce ne fut pas une mince affaire, ma technique néandertalienne ne se prêtant pas vraiment à ce genre d’exercice. Je remarque aussi que les délais imposés ont souvent tendance à fondre. Je ne pense pas que le numérique soit la cause première de ce changement mais il y contribue grandement. Par exemple, grâce au numérique les éditeurs n’ont plus à scanner et/ou attendre les illustrations envoyées par courrier. Ce qui représente quand même un gain de temps qui n’est pas négligeable surtout quand on doit tenir un planning de publication serré. C’est vraiment étonnant car je suis jeune dans ce métier et j’ai senti ce glissement. A mes tous débuts, on s’envoyait des faxs, j’avais déjà crée mon petit site qui ne servait pas à grand chose, il n’y avait pas beaucoup d’illustrateur français sur le net, les modems tournaient à 56K et les éditeurs n’avaient pas encore pris le pli Internet et numérique, pas de mails et souvent même pas d’accès. Heureusement que maintenant il y a encore des éditeurs qui téléphonent (et oui même en Corée !), envoient des lettres et préfèrent avoir les illustrations originales entre les mains.
Je râle, je râle mais quand je vois l’innovation numérique mal employée, mal utilisée, détournée à des fins commerciales et ses pénibles répercussions, ça me donne furieusement envie de faire de la résistance. Je me sens de plus en plus proche d’une certaine démarche artistique à l’ancienne (on y revient), je rêve d’une époque où on avait le temps d’apprendre, chercher, creuser, développer, approfondir. Le numérique peut et va devenir une nouvelle technique puissante, originale et révolutionnaire si bien entendu on l’approche comme toute autre technique inconnue, en évitant les modes, les raccourcis maladroits et les mirages d’une facilité et d’un accès trop évidents. Si patiemment, on se donne la peine de prendre le temps de la découvrir et la comprendre, l’appréhender en profondeur, sous tous les angles et surtout la maîtriser. Je crois que j’aborderai le numérique dans ce sens, uniquement artistiquement et surtout pas pour des raisons matérielles ou purement commerciales. Ce qui me rappelle ces mots d’Hokusaï, décédé à l’âge de 89 ans :
«…Depuis l’âge de cinq ans, j’ai la manie de recopier la forme des choses et depuis près d’un demi siècle, j’expose beaucoup de dessins ; cependant je n’ai rien peint de notable avant d’avoir soixante-dix ans. A soixante-treize ans, j’ai assimilé légèrement la forme des herbes et des arbres, la structure des oiseaux et d’autres animaux, insectes et poissons ; par conséquent à quatre-vingt ans, j’espère que je me serai amélioré et à quatre-vingt-dix ans que j’aurai perçu l’essence même des choses, de telle sorte qu’à cent ans j’aurai atteint le divin mystère et qu’à cent dix ans, même un point ou une ligne seront vivants. Je prie pour que l’un de vous vive assez longtemps pour vérifier mes dires.»
Pour compléter mon discours je vous invite à lire ce débat que j’avais lancé sur le forum CaféSalé, «Mais où va ?». C’était en 2004, j’avais sensiblement la même opinion et je me rends compte qu’avec le temps, le phénomène n’a fait qu’amplifier et mes craintes se sont confirmées. De plus certaines réponses à mon questionnement sont édifiantes et terriblement révélatrices. Je signale une belle réponse sensible et raisonnée de Sparth en page 3. Au passage j’ajoute une publicité qui doit avoir une bonne vingtaine d’années, du temps de l’Atari et de l’Amiga, aux balbutiements de l’infographie ;)

ARGH. Je venais d’écrire un LONG message à propos du numérique pour compléter celui de lundi dernier et au passage répondre à de nouvelles questions reçues dans la semaine et voilà que ça merdouille quelque part et zou adieu le message. Disparu intégralement dans les limbes du net. Bon je le réécrirais dans la semaine. Internet c’est nul.









