Ecrit dans Digressions et tergiversations. Lu 138 fois. 5 commentaires.

Ce weekend, Goupil, en commentaire, a eu la bonne idée d’écrire ceci : « Combien de temps passez-vous à chercher des contrats ? Surtout au début ça représente énormément d’heures souvent pour rien, et c’est cela de perdu pour la productivité. Est-ce que ça vaudrait une entrée de blog ? »
En effet, cela mérite amplement une entrée…
Il y a dix ans, quand j’ai mis les pieds dans l’illustration, n’étant pas sur Paris, je ne pouvais pas facilement rencontrer et démarcher les éditeurs directement. Editeurs souvent repérés via de longues heures de prospection dans les librairies pour se projeter dans telle ou telle collection, ou conseillés par des amis illustrateurs ou encore découverts via des catalogues et annuaires de salons. J’envoyais donc des dossiers de photocopies de mes illustrations. Ensuite, si une dizaine de jours plus tard, je n’avais pas de réponse (positive ou négative), je passais un coup de fil pour m’assurer que le dossier était bien arrivé et s’il était possible d’avoir un petit retour, des conseils, commentaires ou suggestions. Petit à petit, cela m’a permis de mieux cibler mes envois. Deux à trois fois par an, je prenais une bonne dizaine de rendez-vous et me rendais sur Paris pour présenter mon travail. Bien entendu, j’ai eu mon lot de politesses et portes dans les dents, mais au fil du temps, je pense m’être fait remarquer et connaître. Ces démarches aussi soutenues par une présence sur les salons, du livre à Paris en mars, jeunesse à Montreuil en décembre, Bologne en Italie au printemps…

Une remarque par rapport à la question de Goupil, ce n’est jamais pour rien. Ca prend beaucoup de temps, c’est souvent difficile voire laborieux mais ça fait partie du jeu et ce n’est jamais pour rien, je répète. Tout simplement parce qu’une majorité d’éditeurs conserve les dossiers envoyés, sous le coude, pour une future occasion ou nouvelle rencontre. Il m’est souvent arrivé d’être contacté des années (je dis bien des années) après avoir envoyé des dossiers ici ou là. Ce n’est pas du temps pris sur la réalisation d’illustrations mais du temps pris pour se préparer un avenir, monter un carnet de contact, se faire voir, connaître, remarquer.
Et surtout, il faut persévérer. Ce n’est pas parce qu’un éditeur vous dit non aujourd’hui, que ce sera la même chose demain. Au début, il m’est arrivé de rencontrer des éditeurs dans leurs bureaux, se disant intéressés mais rien de concret et puis, plus tard, sur un salon ou ailleurs, on se rencontre à nouveau, ils se souviennent peut-être de mon travail, de moi ou d’une image et là, ah oui, une nouvelle collection va pointer son nez ou je ne sais quelle perspective et nous allons pouvoir collaborer.
Il faut aussi savoir se rendre disponible. A mes débuts, je résidais à Lyon. Un matin, Pierre Marchand, directeur d’Hachette jeunesse à l’époque, me téléphone. Il souhaitait me rencontrer rapidement, peut-être du travail. Il me dit qu’il voit sur mon dossier que je suis sur Lyon et me demande quand je pourrais venir à Paris ? Je réponds du tacotac que je peux être dans son bureau le jour même, dans l’après-midi. A l’époque, je ramais, les débuts toujours difficiles mais j’ai cassé ma tirelire pour me payer l’aller-retour à Paris dans la journée. Je pouvais difficilement me le permettre financièrement mais il faut battre le fer quand il est chaud. Le rendez-vous a duré une petite vingtaine de minutes et je suis rentré chez moi, le soir, avec de très bonnes pistes qui allaient se transformer en contrats conséquents dans les semaines suivantes. Comment dire, je perdais une journée de boulot, prenant ainsi du retard sur mes projets en cours, question sous j’étais limite, mais ce que ça m’a apporté ensuite en valait largement l’effort…

Aujourd’hui, je démarche toujours. Moins intensivement, mes illustrations et publications travaillant pour moi. Mais deux fois par an ou en pointillé, au fil des news, des annonces et bruits de couloir dans l’édition, je contacte de nouveaux éditeurs ou me rappelle au bon souvenir d’autres. Je fonctionne uniquement par emails, invitant ces contacts à visiter mon essentiel, ici. J’ai remarqué que la plupart du temps, je travaille beaucoup au printemps pour les ouvrages à paraître à l’automne pour les fêtes de fin d’année et plutôt à l’automne pour les publications du printemps. Donc j’envoie des messages à la fin de l’été et à la fin de l’hiver.

Même si maintenant les commandes tombent régulièrement, j’entretiens ces démarches pour de nouvelles collaborations, peut-être découvrir de nouveaux univers et me tenir dans le flot. Aussi, et surtout, car on n’est jamais à l’abri d’une peau de banane. Il m’est arrivé une ou deux fois de m’endormir sur mes petits lauriers, me disant que ça va, tout va bien, le téléphone sonne tout seul mais quelques temps plus tard, un projet capotant par exemple, je me suis retrouvé le nez dans l’eau, en rade, sans boulot. Ca peut faire des dégâts et j’ai amèrement regretté de ne pas m’être bougé les fesses en maintenant le contact. Pour tout vous dire, cela m’est encore arrivé dernièrement, en début d’année. Même avec l’expérience douloureuse de situations difficiles auparavant et prévenu, je me suis retrouvé à tirer la langue à cause de fâcheuses coïncidences et un planning mal agencé, un projet qui ne se concrétise pas et un ou deux autres prenant du retard en même temps. Trop confiant, j’ai manqué de prudence à l’automne dernier, au début de l’hiver et je n’avais pas relancé la machine, persuadé d’être débordé dans les semaines à venir… Si je l’avais fait, comme à mon habitude, j’aurais peut-être eu d’autres pistes et projets qui m’auraient permis d’éviter ces tracas. Aïe, ce n’est jamais facile de redresser la barre dans ces cas-là et j’ai passé quelques semaines périlleuses… Et puis je me dis que si, finalement, toutes les pistes se concrétisent et que tout tombe en même temps, et bien tant mieux, je ne me plaindrai pas, bien au contraire, les nuits seront courtes, il faudra mettre les pinceaux double mais au moins, je conserverai la tête hors de l’eau. Dans à peine plus d’un mois, je reviens en France après cinq années en Corée à communiquer essentiellement via emails interposés. Ce retour va me permettre de reprendre un peu le book sous le bras et démarcher les éditeurs français en chair et en os, disons « comme avant ». Les emails, c’est bien pratique, mais ça ne remplacera jamais une vraie rencontre.

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Mardi 22 avril 2008

Tarifs

Ecrit dans Digressions et tergiversations. Lu 210 fois. 13 commentaires.

De plus en plus souvent, quand un éditeur ou un commanditaire me contacte, il me demande d’indiquer mes tarifs. Et cela même souvent avoir d’avoir énoncé ou détaillé le travail à réaliser. Je suis toujours complètement désemparé. Comment dire, je n’ai pas de grille tarifaire, je n’en ai jamais eu et j’espère ne jamais en avoir une. Tout simplement car je considère que je ne réalise pas quelque chose de reproductible à l’infini de manière systématique. Chaque illustration, chaque projet est unique. Je ne produis pas des tomates à la chaine ou des boîtes de petits pois identiques et toutes calibrées d’après un modèle unique. Non, chaque nouvelle collaboration a une empreinte particulière, une ambiance singulière, un certain intérêt. Aligner des tarifs signifierait, en caricaturant, que je fonctionne en calculant le prix de l’illustration au cm² ou en me lançant dans des calculs d’apothicaire de rendement, rentabilité.

Je n’aime pas ce procédé. Je préfère toujours que l’éditeur avance une proposition de budget en premier, des détails permettant d’évaluer la charge de travail, le contenu des images, le temps alloué à sa réalisation, la diffusion et l’exploitation du produit. Ensuite à moi d’estimer sa complexité, l’intérêt que je porterai ou non à ce projet, ce qu’il m’apportera ou non sur mon petit bonhomme de chemin, un dialogue à sens unique ou non, peu ou beaucoup d’exigences, qui se trouve en face de moi, un travail en confiance ou non, etc. Là, je serai en mesure d’estimer si la proposition tient la route, si le projet est en équilibre. Il arrive très souvent - et la plupart du temps - que cela me convienne tel quel, heureusement. Sinon je suis ouvert à la discussion. Par exemple, si le budget me semble un peu faiblard en fonction de la charge de travail ou des exigences et si l’éditeur ne peut proposer mieux, je demanderai alors plus de temps ou peut-être une plus grande marche de manœuvre. Il m’est aussi arrivé de demander d’être payé plus car j’estimais que le temps imparti était insuffisant ou les conditions un peu trop difficiles pour travailler dans de bonnes conditions. Un projet c’est un tout, une grande équation et il faut trouver le bon équilibre entre toutes les facettes. Mais je ne peux résumer la réalisation d’une illustration à un simple prix, dans l’absolu du genre ok un A4 c’est x euros, un A3 c’est comme ça, un cabochon ainsi

Bien entendu, j’ai une idée en tête de ce que vaut mon travail et mes images, j’ai des limites au-dessous desquelles je ne m’aventurerai pas. Je me dis que c’est plus sain de fonctionner ainsi. Je ne me ferme jamais de portes et reste ainsi toujours ouvert à la discussion. En fait, ça m’agace de réduire tout ça à des chiffres, du commerce basique. Je crains aussi qu’en alignant des tarifs, cela puisse dérouter ou désarmer certains commanditaires ou éditeurs alors que, suivant le projet proposé, les interlocuteurs, leur flexibilité, je serai tout à fait prêt à faire des efforts. Il est évident que travailler avec un éditeur qui arrose abondamment c’est mieux, plus agréable, héhé. En revanche, il m’arrive souvent de travailler pour d’autres, moins fortunés, parce que le projet en valait vraiment la chandelle, bien dans mes cordes, me permettant d’ajouter une belle pièce à mon petit édifice, que les personnes étaient à l’écoute et respectueuses, conscientes de la situation en me laissant, par exemple, une très grande marge de liberté et d’interprétation du travail à réaliser ou beaucoup de temps.
C’est vraiment délicat et parfois à double tranchant comme je l’écrivais ici, en fin de message. Ebloui par des noms prestigieux, Starship Troopers, Shadowrun, je me suis lancé dans des aventures hasardeuses dans des contextes inacceptables. Aventures qui se sont d’ailleurs soldées par de douloureux écueils. Mais, avec le temps et le recul, je me dis que même si je me suis royalement fait bananer financièrement, que j’ai certainement perdu beaucoup de temps et d’énergie et bien, finalement, après réflexion, il en reste quand même quelque chose de positif qui peut m’ouvrir d’autres portes : des illustrations que je n’aurais certainement pas pu réaliser ailleurs ni autrement et quand même un petit reste de l’affiche prestigieuse. Délicat donc.

Pour finir, je me pense sur la voie du travailler mieux pour gagner plus. J’ai remarqué et cela se confirme au fil de mes commandes, que plus je tends vers une certaine qualité, un certain rendu, une certaine exigence, un certain savoir-faire et plus on me propose des budgets conséquents. Cela va de soi il me semble et les éditeurs - sérieux - ont bien la tête sur les épaules sachant estimer un travail à sa juste valeur. C’est une certaine forme de reconnaissance qui me fait plaisir et me pousse à aller encore et toujours plus en avant. Je me dis finalement que les illustrations parlent d’elles-mêmes et ne pas avancer de tarifs permet aussi de savoir ce que pense la personne en face, ce qu’elle a derrière la tête et comment elle évalue ce qui lui est présenté. Ce qui peut se révéler salvateur quand on est dans le doute ;)

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Vendredi 9 novembre 2007

Petits pois

Ecrit dans Coups de sang et grosses rognes, Digressions et tergiversations. Lu 331 fois. 9 commentaires.

S

uite à mon précédent message, Anders pose une question qui titille « …n’ya t’il pas un moment où, face aux agissements d’un éditeur, tu n’es pas tiraillé entre la passion et l’envie de bien faire et celle de faire du « sous-Vincent Dutrait » proportionnellement aux paiements proposés ? ». Ce fut le cas, quelques années en arrière, par manque de recul. Je regrette amèrement d’avoir pris cette pente-là et j’ai complètement changé d’opinion là-dessus. Maintenant, au lieu de ne penser qu’à l’éditeur et/ou qu’à moi-même, je pense en priorité aux lecteurs et, comment dire, au petit édifice que j’essaie de mettre en place au fil de mes illustrations, à mon travail dans son ensemble.
Ne bosser « que » pour l’argent, au jour le jour, ou se trainer des casseroles, ça n’a plus de sens. Faire du « sous-Vincent Dutrait » est parfois tentant. Que ce soit pour gagner des sous fissa ou pour me débarrasser d’un projet ne se déroulant pas comme convenu. Honnêtement, je suis loin d’être richissime et me permettre de refuser ou tirer un trait sur projet qui prendrait une mauvaise tournure m’est très très difficile. Je devrai batailler dur ensuite pour retrouver l’équilibre. Mais malgré tout, je préfère désormais faire ce choix. Refuser ou « quitter » ce genre d’aventure hasardeuse comme je l’ai fait précédemment pour Starship Troopers ou pour le Jeu de rôle Warhammer (mais si vraiment le projet vaut le coup et qu’en face on écoute, j’essaie d’imposer une formule différente pour retomber sur mes pattes, comme je l’expliquais ici, en seconde partie de message).
C’est pénible et démoralisant car prendre ce genre de décision est périlleux voire carrément dangereux, se fermer des portes, laisser passer d’éventuels succès commerciaux. Mais sur la longueur, je pense être gagnant. Je serai satisfait d’un travail dont je n’aurai jamais à rougir, un travail dont je serai fier sans amertume ni regrets qui prendra sa place sur mon petit bonhomme de chemin. Et surtout, les lecteurs auront de belles images sous les mirettes !
Je me rends bien compte que c’est utopique, conserver intacte une telle exigence de qualité et de respect du lecteur, ce serait trop beau et il faut vivre avec son temps. Mais je ne supporte plus de me voir sacrifier artistiquement mon travail pour des histoires de sous et enjeux financiers. Je tente de m’y tenir. Trop souvent dans la douleur… Et sus aux bâclages !
Je suis aussi bien d’accord avec Laure, illustratrice-libraire de talent sur qui on peut compter pour favoriser la qualité artistique plutôt que le business. Mais quand je suis passé à la Fnac deux fois en dix jours et qu’au deuxième passage, les bouquins présentés n’étaient majoritairement plus du tout les mêmes, ça m’a fait froid dans le dos. Ce n’est pas la faute au libraire qui essaie tant bien que mal de faire son travail mais plutôt celle de certains éditeurs et commerciaux, en amont. Je l’ai encore entendu cette année. J’exigeais plus de temps et de meilleures conditions pour pouvoir travailler comme il faut et livrer un travail de grande qualité. Ce fut refusé. On m’a expliqué très clairement qu’il y avait un marché à gagner, une place à prendre et que si ce n’est pas nous, ce sera un autre. Sans demander n’importe quoi et faire un gros caprice, cédant déjà beaucoup de terrain, je parlais toujours de création, qualité d’image, niveau de détails et on me répondait timing et enjeux commerciaux. J’ai aussi entendu que le livre en question risquait même d’être annulé s’il ne sortait pas dans les temps, alors qu’une grande partie du travail avait été effectuée. Brrr, j’ai préféré passer mon tour et céder ma place, à contrecœur. C’est là je crois que les optique divergent. Il y a ceux qui réalisent des livres pour les lecteurs et ceux qui vendent des boîtes de petits pois. Le mariage des deux semblent de moins en moins évident ;)

Jeudi 8 novembre 2007

Les affaires sont les affaires

Ecrit dans Digressions et tergiversations. Lu 399 fois. 8 commentaires.

E

n allant en France pour mes vacances le mois dernier, je me faisais une joie de sillonner les librairies pour acheter quelques Bds, bouquins & co. Mais je ne m’attendais pas à être complètement déboussolé. Perdu, ne sachant plus où donner de la tête devant une production monumentale. Même à distance je suis l’actualité et même en n’ayant pas mis les pieds dans une librairie française depuis dix mois, je n’imaginais pas être sonné par cette déferlante. Plus aucun repère, que des suites et des nouveautés. Il y avait tellement de choses à voir sur les tables, gondoles et encore plus dans les rayons, « trop d’informations tue l’information », à un tel point que je n’ai finalement rien acheté… A la limite de l’écœurement. J’ai quand même vu quelques jolies choses mais beaucoup – trop – qui n’ont pas retenu mon attention. A la lumière de ce que j’ai pu voir et entendre ou vivre cette année, je me suis fait la réflexion suivante. C’est un peu long, désolé. A propos des droits d’auteur, des paiements. Ca fait un peu marchand de tapis mais bon.

C’est une question qui, il me semble, concerne l’édition jeunesse et la Bd. Je vais partir d’un exemple simple. Disons que la réalisation d’un album illustré par un illustrateur coûte - dans l’absolu - 9000€. Un calcul d’apothicaire (je précise), temps de travail, formats, matériel, recherches. Je sais bien qu’on peut difficilement calculer ainsi mais estimons la valeur réelle de ce travail à 9000€, ok ? Un peu comme si on commandait une peinture à un peintre ou plus terre à terre, comme si on achetait une chaise à un artisan, on paye en sortant du magasin.
Je poursuis et détaille le processus. Généralement un éditeur, pour ce genre de projet, propose une avance (par exemple 5500€ en plusieurs fois, une partie à la signature du contrat et le reste à la remise des illustrations) plus un pourcentage de 3, 4 voire 6%, un équilibre à négocier. L’illustrateur commencera à toucher des droits quand les ventes auront atteint l’équivalent de 5500€ en pourcentage. Ca prend généralement quelques années et en imaginant que le livre se vende comme il se doit et fasse sa vie normalement, le travail de l’illustrateur sera un jour payé « à sa juste valeur » (ce n’est pas vraiment le terme approprié mais je n’ai pas trouvé mieux). Donc plus ou moins rapidement et les 9000€ de « départ » seront atteints. Et si le livre cartonne, l’illustrateur pourra même faire du « bénéfice ». Vous suivez ?
Mais hic, là où ça coince maintenant, il me semble, c’est que la situation de l’édition change ou a changé. J’en ai parlé souvent avec des amis éditeurs, il y a une telle production que les libraires ne peuvent plus stocker les livres, les vendre « comme il faut », les laisser quelque temps sur les tables et ne pas les faire disparaître tout de suite dans les rayons ou dans les bacs. Par exemple, pour les fêtes de fin d’année, certains libraires n’ouvrent plus les cartons en provenance des éditeurs après la fin novembre, les tables et rayons étant déjà surchargés. Un éditeur doit donc publier le livre bien en amont, en septembre ou octobre pour espérer s’assurer une place au soleil, bien visible, jusqu’à la fin de l’année. On peut lire un résumé là-dessus ici, un extrait :
«…Mais le livre de jeunesse souffre des mêmes maux que le reste de l’édition. En premier lieu, la propension à la surproduction: 10485 titres nouveaux en 2006, alors qu’en 1990 on n’en comptait que (si je puis dire) 7245. Soit 45% de hausse ! La qualité y gagne-t-elle ? On craint d’en douter. La visibilité est mécaniquement réduite pour la plupart des titres. Face au trop-plein, le libraire excédé est tenté de privilégier les séries, les titres déjà familiers. Il faut savoir que, selon le SNE, 30 licences font un quart des ventes de livres pour la jeunesse: les “Petit ours brun”, “Nana”… et, bien sûr, “Harry Potter”. De même, comment ne pas céder à la tentation d’accorder plus d’importance aux livres à retombées multiples ? Cartables, trousses, crayons, jeux, gadgets, tout y passe. Rentabilité assurée. Effort minimal…»
Ensuite gros retours chez l’éditeur, ce que je constate sur les relevés de droits d’auteur en mars. Il me semble que cette situation, finalement, pénalise la vie d’un livre et limiter sa visibilité, sa diffusion. De fil en aiguille, le travail de l’illustrateur ne sera peut-être jamais payé « à sa juste valeur », ou peut-être, qui sait, dans dix ans.

J’en ai déjà subi les conséquences. Il y a quelques années je m’étais occupé d’une série de gros romans pour jeunes lecteurs, on me l’avait présenté comme une alternative à Harry Potter. Apparemment les budgets étaient limités et on m’avait proposé de « petites » avances et des pourcentages en m’assurant que je devrais toucher pas mal sur les ventes. Finalement, il me semble qu’Harry a eu raison de cette série. Je n’ai jamais touché un centime de plus et maintenant je reçois des lettres pour acheter les stocks à prix réduits avant la mise au pilon…
Autre exemple pour un album grand format, j’avais touché dans les 2500€ d’avance, un peu riquiqui vu l’ampleur du travail. J’ai réalisé le livre il y a quelques années en arrière et je n’ai à ce jour pas touché un centime de plus. Artistiquement ce fut une réussite mais financièrement ce n’est pas encore tout à fait ça…
Puis la trilogie sur le fantastique chez Casterman qui me permet de toucher des sous presque dès la première année ! Succès, ventes des droits à l’étranger, édition dérivée, etc. Ca commence tranquillement mais sûrement. Je pense que là, l’équation fonctionne plutôt bien, un bon équilibre entre ce que j’ai mis au point avec l’éditeur pour la réalisation des livres, leur diffusion et leur exploitation. Chacun fait son boulot honnêtement et chacun y trouvera son compte au fil du temps, j’imagine.
Et dernier exemple avec un projet d’album où je touche tout de suite une grosse avance (au-delà de 8000€) plus 3%. Pour le coup, je ne suis pas près de voir des pourcentages avec une telle avance mais au moins, je « rentre dans mes frais », si je puis dire.

J’en viens à ma conclusion. Est-ce que finalement, à l’heure actuelle, la dernière proposition ne serait-elle pas la plus favorable à l’illustrateur ? Une grosse avance serait une certaine forme de garantie ? Cela permettrait à l’illustrateur de ne pas subir les aléas et fluctuations du marché. Est-ce que finalement aujourd’hui, compte tenu de la situation en librairie, ne serait-ce pas risqué voire dangereux pour un illustrateur de miser sur les ventes du livre pour espérer être « payé à sa juste valeur » ? C’est remettre son avenir financier entre les mains de l’éditeur qui va gérer plus ou moins bien la diffusion et la pub du livre et dans celles des libraires qui influeront sur la vie du livre en fonction de l’évolution du marché, non ? Est-ce que les contrats proposés actuellement sont encore d’actualité, bien adaptés ? Est-ce que finalement à l’avenir les illustrateurs n’auraient pas intérêt à exiger des avances musclées pour remplacer un hypothétique succès ou éviter de fâcheux désagréments ?
Voilà… J’ai des débuts de réponse que j’apporterai plus tard et espère que tout ceci est compréhensible. A méditer.

Jeudi 18 janvier 2007

Bon augure

Ecrit dans Digressions et tergiversations. Lu 417 fois. 3 commentaires.

J

e ne vais pas me plaindre d’avoir trop de travail ou me réjouir de ne pas en avoir mais ce début d’année commence bien. J’ai pu boucler tous les projets en cours, je respire. Surtout ceux que je me trainais depuis des mois, six à huit mois pour certains. Et je n’aime pas vraiment ça, un travail qui s’éternise. C’est fatiguant, parfois pénible de se lancer dans une aventure, puis la mettre de côté, reprendre des mois plus tard avec un œil différent surtout quand on fait d’autres choses en parallèle. Il faut savoir jongler, s’adapter et surtout arriver à se remettre dans le bain rapidement. En plus mon automne fut particulièrement éprouvant, que ce soit à cause des histoires de paiements en retard ou les embrouilles avec certains éditeurs…
Cette année démarre donc super bien car je vais pouvoir travailler que sur du neuf, que des nouveaux projets et aujourd’hui je n’ai pas grand chose à faire. J’ai juste à terminer la mise en couleurs du dernier pack d’armes et objets magiques pour Paizo, ce qui devrait me prendre quelques petites après-midi. Et ce n’est qu’en février, mi-février certainement, que je commencerai les crayonnés des illustrations sur Francis Drake. Ça fait drôlement du bien d’avoir l’esprit libre, clair, sans pression. Je crois bien que ça fait plus de trois ans que je ne me suis pas retrouvé dans cette situation, certainement plus encore car je ne m’en souviens pas. En même temps je me dis que l’accalmie ne vas pas durer, la majorité des éditeurs planifiant leurs publications à peu près aux mêmes périodes, les propositions tombant donc toujours toutes au même moment. Mais bon en attendant je vais mettre à profit cette petite tranquillité pour me pencher plus sérieusement sur deux projets perso. Cette année cela fera dix ans que je fais de l’illustration. Dix ans de commandes pour un bon paquet d’éditeurs. Même si petit à petit, au fil des commandes, je pense être arrivé à mettre en place mon univers, le développer et l’enrichir, je reste quand même un peu sur ma faim. C’est toujours un peu limité et je n’arrive pas à m’exprimer pleinement. J’ai quantité d’images dans la tête à mettre sur le papier et foule d’idées à écrire. Heureusement certains projets comme le Chevalier à la plume, Robinson Crusoé ou ce que je fais actuellement dans le milieu du jeu de rôle et bien d’autres, m’ont permis et me permettent d’aller plus vers l’avant. Mais là, maintenant j’ai envie de jouer perso, réaliser un album illustré en solo. Ecrire et dessiner. Je suis en train de mettre au point tout ceci et je donnerai plus de détails tout bientôt. A suivre.
Petite réjouissance, la semaine dernière, dans l’émission Les Maternelles sur France 5 (émission autour de l’enfance, relation parents-enfants, petits & grands, etc), mon Chevalier à la plume a été présenté dans la rubrique La bibliothèque idéale, ça fait super plaisir.