
propos des mes soucis avec Shadowrun, merci pour vos suggestions mais je suis un peu inquiet devant le côté justicier sur son cavalier blanc. Je sais bien que sur le principe c’est inacceptable d’être payé en retard et qu’une action en justice, tribunal ou autre, serait une réponse largement méritée. C’est bien joli de vouloir se défendre de cette manière mais malheureusement il me semble que ce n’est ni raisonnable, ni réaliste. A mon avis ça ne tient pas debout. Et ce pour différentes raisons. Tout d’abord se lancer dans de telles démarches prendrait certainement un temps fou avec un résultat incertain et couterait peut-être plus cher que le paiement attendu. Ensuite ça se complexifie car, dans ce cas-là, ça se passe aux États-Unis et on imagine sans peine les barrières à cause de la langue, des différences de législation, d’éloignement géographique, etc. Et pour finir je ne veux pas me fermer des portes. Ce qu’une action en justice aurait pour effet immédiat et il me semble définitif. Attaquer, que ce soit avec des éditeurs français ou étrangers, risque de braquer les personnes réduisant ainsi le problème à une simple confrontation du genre ah c’est la guerre. Avec en plus le risque de se faire une réputation de rigide et agressif, entre autres. Faut pas rêver, l’éditeur a mille excuses, certainement inacceptables, mais on n’est pas toujours là pour rectifier ce qui est dit. Je préfère laisser les portes entre-ouvertes et trouver des solutions intermédiaires et moins radicales pour ne pas être perdant sur toute la ligne.
Shadowrun fait partie des derniers boulots que j’ai traité sans trop me soucier des conditions, aveuglé et excité par le projet. Depuis, et à la suite de mes embrouilles de l’été dernier, j’ai vraiment fait le ménage. A pas de velours. Avec les éditeurs à tendance mauvais payeurs j’ai renégocié les contrats et imposé mes conditions. Ce qui a été accepté, parfois après de longues et difficiles discussions mais maintenant tout se déroule pour le mieux, c’est propre. Encore quelques détails à améliorer au fil des collaborations mais au moins je vais dans la bonne direction. Et dans tous les cas j’ai prévenu (sans menacer) que si ça foire c’est adios amigos. Par exemple avec l’éditeur Fanpro Allemagne je reçois maintenant 50% du paiement au moment du crayonné et le reste «normalement» à la remise de l’illustration finalisée. Ça ne me garantie pas encore de toucher la totalité mais l’éditeur a très bien compris le sens de ma démarche et surveille de très près tout ce qui me concerne pour éviter l’irréparable. J’ai aussi laissé une seconde chance à Green Ronin pour Warhammer en imposant une clause de pénalité aux contrats en cas de paiement en retard. C’est encore à l’essai, je verrai bien si ça incite à plus de rigueur.
Pour éviter d’être perdant sur tous les tableaux, j’ai invité, en douceur, les éditeurs à accepter mes conditions en mettant tout d’abord la barre très haute, du genre illustration contre paiement, pour être sûr d’obtenir ce que l’éditeur a à proposer de mieux. Ça tient parfois de la haute voltige et je fais très très attention à ce que j’écris, à bien formuler mes conditions pour éviter de froisser et m’assurer une victoire pas à pas. De ce fait j’ai aussi pu voir un peu plus clairement les sentiments des éditeurs au-delà de l’habituel mea culpa. Maintenant je sais exactement qui a réellement envie de travailler avec moi, qui ne veut pas me perdre et qui est prêt à faire des efforts pour que tout se passe pour le mieux. Je trouve que c’est quand même bien triste d’en arriver là mais comme le disait Swal en commentaire mercredi, l’éditeur a autant besoin de nous, que nous de lui. Grâce à ces petits aménagements je peux désormais travailler sur un pied d’égalité, j’ai des garanties et des moyens de pression (au cas où). Forcément un léger sentiment de crainte et méfiance réciproque s’immisce dans les relations mais je crois qu’il faut que la confiance se gagne et ça oblige à plus d’exactitude.
Finalement de ne pas être passé par la «case tribunal» quand j’ai eu des problèmes avec certains éditeurs me permet maintenant de gagner mes sous comme il faut et continuer à travailler sur des projets qui me plaisent avec la réputation de quelqu’un qui ne se laisse pas marcher sur les pieds tout en étant ouvert à la discussion. Je suis gagnant sur tous les fronts. Pour conclure je crois qu’étant donné que les méandres de l’édition ne permettent presque jamais de sortir les catapultes et lever des armées, il faut être on ne peut plus prudent et rigoureux en amont. Il vaut mieux éviter de se lancer dans une collaboration sans vérifier qui on a en face et négocier de bonnes conditions, tout simplement. Cela me semble beaucoup plus adapté à la réalité de la situation, plus sage et sensé.
Voilà fin de la discussion pour moi. Sur ce je range pinceaux, crayons et Internet pour une bonne quinzaine de jours. Un peu de repos. En attendant qu’on se retrouve début janvier, je souhaite à mes fidèles lectrices et lecteurs de bonnes fêtes de fin d’année.
Avant de commencer je tiens à préciser que j’écris ce message à titre informatif. Partager une mésaventure pour éviter aux autres de tomber dans le panneau. Informer et prévenir. Je n’écris pas dans un but vindicatif ou revanchard car ce n’est pas mon genre ni mon habitude. D’autant plus que j’ai déjà dit ce que je pensais de la tournure des évènements aux personnes concernées. Je crois aussi qu’en partant d’une anecdote on peut se rendre compte de pratiques qui ont tendance à se généraliser.
Donc. En début d’année, au mois de février, j’accepte une commande d’illustrations noir et blanc passée par l’éditeur Fanpro aux USA pour le jeu Shadowrun. Shadowrun c’est un classique du jeu de rôle, classe, archi-connu, univers cyberpunk, trip futuristico-médiéval. Jeu auquel j’ai joué avec passion quand j’étais adolescent. La boucle était bouclée, j’allais pouvoir dessiner pour ce jeu qui m’a inspiré et dont les illustrations ont plus que certainement participé à mes désirs de devenir illustrateur il y a des années en arrière. Génial. Tout se déroule parfaitement, contrats en bonne et due forme, conditions correctes, tout se passe dans les temps, je rends les illustrations finalisées fin mars comme convenu. Tout le monde est content. Dans le contrat il est spécifié que le paiement se fera un mois après la parution du livre. Bon je ne suis pas vraiment fan de ce procédé, le livre devant sortir pendant l’été, soit plusieurs mois après la réalisation des illustrations. En plus je m’inquiète toujours d’un éventuel report de publication, ce qui éloignerait encore plus le paiement. J’avais quand même accepté parce que «c’est comme ça» et plus simplement parce que c’est Shadowrun. Le projet en valait la peine.
Le livre sort en juillet. Un bon mois après, début septembre, pas de paiement. Je précise aussi que je ne suis pas rigide au point de cocher les jours sur le calendrier. Mais bon, quand même, sur le principe il me semble que chacun doit respecter sa part du contrat et l’honorer. Je contacte l’éditeur et questionne, on me répond que les paiements ont pris un peu de retard, les sous arrivent, un petit peu plus de patience, la ritournelle habituelle, etc. Bon c’est plutôt courant, attendons. Trop accaparé par mes autres boulots en cours, je laisse cette affaire de côté et n’y pense plus. En octobre je me réveille et commence sérieusement à m’inquiéter. Je relance l’éditeur à nouveau. Réponse évasive. Et toujours pas reçu d’exemplaires du bouquin non plus. Encore un mois plus tard, en novembre, rebelote, je relance, plus pressant, rappelant les termes de notre accord et pas de réponse à ce jour. Après mes merdouilles de cet été je me dis que c’est encore la faute à pas de chance mais après une rapide petite enquête, je découvre que je ne suis pas seul dans cette situation et que d’autres ont eu des réponses alarmantes, pas de fric, paiements décalés, etc, les fournisseurs payés les premiers, etc, blablabla. J’ai réalisé ces illustrations il y a maintenant dix mois…
Voilà c’est comme ça, je me suis fait avoir une fois de plus et au-delà de ma petite anecdote je crois qu’il faut garder la tête froide. Dans le sens où certains éditeurs (je dis bien «certains», j’espère que ce n’est qu’un cas isolé) publient des livres, des jeux, basés sur des licences connues, réputées et excitantes. C’est fatalement attirant. Ce que j’ai déjà vécu avec Moongose et l’aventure catastrophique Starship Troopers (Mongoose par exemple profite aussi de licences aussi prestigieuses que Conan, Jeremiah, LoneWolf ou RuneQuest). A chaque fois je me suis laissé embarquer car l’enseigne était attrayante mais je découvre ensuite que derrière, en coulisses, ça ne suit pas et ça tourne vite au vinaigre. La prochaine fois je me renseignerai plus. C’est vraiment un binz à devenir complètement parano…
Après les longues digressions exorcisantes de ce début de semaine, je mets aujourd’hui en couleur une nouvelle illustration pour l’extension que j’appelerai «Monstres des mers» du jeu Pirates. Cette illustration servira de fond au packaging, le truc en plastique qui sera accroché en magasin avec l’extension à l’intérieur. Quand j’ai reçu le gabarit je me suis dit ouhla qu’est-ce que c’est que ce format et j’étais plutôt inquiet. Je n’aime pas trop les images amputées ou mises en page bizarrement, je préfère de loin une image rectangulaire ou approchant, fermée et bien cadrée. Mais finalement ça se révèle très marrant de dessiner là-dedans !
Un détail étonnant à propos des deux premières illustrations réalisées, j’ai été payé en avance. Je ne veux pas dire en avance par rapport à un paiement après parution (ce qui se fait couramment dans le milieu du jeu de rôle et du jeu de société). En avance sur ce qui avait été décidé et prévu dans les contrats (c’est-à-dire un paiement trente jours après que les illustrations et la facture aient été reçues). Et là je reçois mon paiement moins de vingt jours après avoir envoyé les documents à l’éditeur. Miam. C’est suffisamment rare, voire unique (!) pour le souligner et ça fait du bien quand ça tourne rond comme ça, une affaire bien menée, la patate revient vite fait dans ces cas-là !

Il y a des jours comme aujourd’hui où ça va mal. Et comme dit mon grand-père, «quand ça va mal, ça va mal». Il y a des jours où le métier d’illustrateur peut être particulièrement pénible. Comme aujourd’hui. Des jours où le cœur n’y est plus, où les pinceaux et crayons vont être délaissés. Des jours où l’on n’a plus du tout envie de se rouler par terre en poussant des petits cris d’animaux à la fin de la journée tellement heureux du travail accompli pendant les dures heures de labeur. Non, aujourd’hui je suis énervé et j’en ai marre.
Quand je suis rentré de vacances fin août, j’ai découvert avec stupeur un no man’s land bancaire. J’attendais plusieurs milliers d’euros pendant l’été et je n’avais rien reçu. Je suis bien loin d’être richissime et quand les paiements de plusieurs mois de travail n’arrivent pas, ça fait mal. Très mal. Depuis début septembre la situation s’était un peu arrangée - ce que j’avais cru naïvement - car j’avais finalement reçu certains paiements retardataires. Mais en revanche, d’autres sommes plus conséquentes ne sont toujours pas là. Je suis chanceux car on est plutôt du genre compréhensif à ma banque mais quand certaines limites sont dépassées, et dans les grandes largeurs, il faut bien passer à la caisse. Et c’est maintenant, après coup. Aujourd’hui j’ai donc découvert un prélèvement de frais de plus de deux cent euros pour compte non provisionné, etc, concernant cet été. Bon c’est comme ça, il n’y a rien de scandaleux et pas grand chose à faire, j’assume complètement, ça fait partie du contrat passé avec la banque et le problème n’est pas là. En plus je me rends compte que j’ai évité de beaucoup plus lourdes conséquences grâce à leur patience.
Ce qui me met hors de moi c’est que je n’y suis pour rien. J’ai signé des contrats, on m’a promis puis annoncé des virements et même après de nombreuses relances, j’en suis toujours au même point. Avec mes précédentes expériences douloureuses, je pensais être blindé face à ce genre de situation. Mais non, moi ça me coupe toujours les jambes, c’est extrêmement pénible et même démoralisant. Il n’y a pas grand chose à faire là contre non plus. Réclamer plus de garanties ? Se lancer dans des démarches fastidieuses et hasardeuses avec pour conséquence un climat de méfiance ? Non, je ne crois pas et ce n’est pas mon genre. Je tiens mes engagements, je respecte ce qui a été convenu et j’attends que ce ne soit pas à sens unique. Et de toutes façons ça ne changerai certainement pas grand-chose concrètement et je connais déjà les réponses. Je crois que je vais plutôt donner un coup de balai dans mon carnet d’adresse et me concentrer sur le travail avec les collaborateurs respectueux des engagements pris. Quitte à avoir moins de boulot mais du boulot agréable où on peut travailler sereinement sans doutes ou craintes. Du boulot où plus tard, une fois le travail imprimé on peut le regarder avec plaisir et en profiter sans se dire, ah oui là je me suis fait niqué pour le paiement ou je ne sais quoi.
Je me dis que je suis certainement malchanceux, c’est sur moi que ça tombe, pas de bol. Mais quand même, je constate que la tendance s’est inversée, ce genre d’inconvénients se généralise et la situation ne va pas en s’arrangeant. En ce qui me concerne bien entendu, je ne sais pas trop comment ça se passe chez les collègues. Mais mes collaborations qui se soldent par un franc succès sur tous les fronts (humain, artistique et financier) se comptent à peine sur les doigts d’une main. Ça devient de plus en plus difficile de travailler dans ces conditions surtout que j’ai d’autres choses à faire bien plus importantes (m’occuper de ma fille qui vient de fêter ses un an par exemple) que de perdre du temps à réclamer de l’argent. Ce qui en plus ne sert pas à grand-chose. Je crois que le terme le plus approprié pour ce que je ressens, et pas seulement aujourd’hui, depuis quelques temps déjà, c’est : usant.
Et voilà, de retour. Les vacances se sont déroulées à merveille, périple entre la Provence, Bretagne, Savoie et la Corée… Une bonne coupure qui m’a fait le plus grand bien ! De retour à Séoul donc, crayons et pinceaux en main pour une nouvelle saison du Journal de Bord. Avant le départ j’avais annoncé un site tout neuf à la rentrée. Malheureusement j’ai du revoir mes ambitions à la baisse, je n’ai pas eu assez de temps au retour pour finaliser l’affaire. Il y a aussi une nouvelle version de Dotclear, le moteur utilisé pour le Journal de Bord, qui doit voir le jour prochainement et je préfère attendre patiemment, j’éviterai ainsi des manipulations répétitives et/ou pénibles et de cette manière ce sera du cent pour cent tout neuf. En tous cas j’ai déjà plus ou moins mis au point une nouvelle version en interne qui, il me semble, tient mieux la route. A suivre.
Revenons à nos moutons et à nos illustrations. Côté bonnes nouvelles, j’ai pu voir la mise en page, texte et images, du Chevalier à la plume pour Casterman et c’est très chouette, ça me plaît beaucoup et je pense qu’on tient là un bel album. Album qui devrait sortir cet automne, avant les fêtes. En ce moment je m’occupe des Chevaliers de la Table Ronde, la phase de crayonnés est terminée et j’attends le feu vert pour démarrer la mise en couleur (j’avais déjà montré un ou deux trucs ici). Je m’occupe aussi du quatrième pack d’armes et objets magiques évoqué ici pour les américains de Paizo (peut-être le dernier ?). Dans la foulée je vais illustrer un livre sur les pirates pour les éditions anglaises Usborne. Le projet est passionnant, un mix documentaire/fiction. L’équipe de Usborne est tellement contente de ce que j’ai déjà fait qu’il me propose d’illustrer la vie de Francis Drake ensuite. Ajouter à tout ceci quelques couvertures par-ci par-là et vous obtenez un planning déjà bien rempli…
Du côté des nouvelles moins euphorisantes, j’ai remarqué que mes amis Cheap Cialis et Discount Viagra n’ont pas perdu leur temps en me pourrissant le Journal de Bord de messages en tout genre, plusieurs centaines. Quelle plaie, encore du temps perdu à faire le ménage… La fonction Recherche du Journal de Bord fait aussi des siennes, c’est apparemment dans les choux et je n’ai aucune idée d’où cela peut bien venir, je m’en occuperai plus tard. J’ai aussi fait une étonnante découverte à mon retour. J’attendais pour fin juillet et fin août d’importants paiements en provenance de différents éditeurs, cinq au total. Paiements concernant les travaux réalisés au printemps et juste avant l’été, un joli pactole de plusieurs milliers d’euros. Et rien. Nada. Aucun paiement reçu. Ca fait mal au compte en banque. La plupart de ces paiements était, en plus, annoncés par contrats, prévus et validés. J’ai là aussi perdu pas mal de temps à contacter tout le monde pour savoir ce qui se passe, ce qui s’est passé et surtout quand est-ce que ces paiements allaient être effectués. Une démarche que je me vois obliger de faire et que je ne supporte pas. Je déteste réclamer, surtout pour quelque chose qui ne devrait pas poser de problème. Pour résumé, certains éditeurs ont eu des soucis de comptabilité pendant l’été, d’autres dossiers n’ont pas été suivis (merci les vacances) et on a aussi «oublié» de me payer. C’est souvent harassant ce genre de situation, je me décarcasse à tenir des plannings et respecter ce qui était décidé et signé, je planifie mon budget en conséquence et ensuite ça ne suit pas, il faut relancer et relancer encore pour certains, histoire de glaner quelques infos, des nouvelles… Heureusement ce n’est pas toujours comme ça, maintenant tout est rentré dans l’ordre, ça fait certainement partie des aléas du métier. Mais bon, quand cinq éditeurs merdouillent en même temps ça fait beaucoup…
C’est tout pour aujourd’hui. J’espère que les vacances de mes chers lecteurs furent douces et agréables. A très vite pour la suite !
P. S . :
En attendant crayonnés et illustrations, une photo prise cet été sur une plage de Bretagne. Un endroit assez curieux avec des vestiges de la Seconde Guerre, bunker & co. Ca m’a fait pensé à la série Lost ;)










