J’aime beaucoup les séries télé et j’en ai déjà pas mal parlé par ici. J’aime aussi les miniséries, souvent une dizaine d’épisode. Je viens d’en découvrir une excellente, vraiment terrible, passée quasiment inaperçue. Une série «policière» dans la droite et glorieuse lignée des meilleures films d’infiltration comme «La Main droite du diable», «Rush» ou encore «Le Jeu du faucon», j’en passe et des meilleurs.
Un jeune afro-américain musulman, Darwyn Al-Sayeed, sort de prison. Il est recruté par Faris Al-Farik, le leader d’une cellule terroriste islamiste qui s’apprête à attaquer Los Angeles. Faris Al-Farik s’est entouré d’une équipe de cinq hommes pour mener à bien sa «mission» préparée dans le moindre détail avec patience et minutie. On découvre alors que le jeune Darwyn Al-Sayeed est un agent du FBI infiltré. Darwyn va vite être tiraillé entre ses convictions, son travail, ses sentiments et «sa» mission…
L’histoire est fine comme du papier cigarette mais l’originalité de la série tient surtout dans le traitement particulièrement intelligent de son sujet et par son réalisme poussé. On n’est pas dans 24 ou dans d’autres séries policières du même acabit où ça flingue à tout va, spectaculaire, souvent invraisemblable, gadgets high-tech à gogo. Non dans Sleeper Cell on est dans le «réel», on tend vers le documentaire, clinique. Comme cette nouvelle vague de série, The Shield ou The Wire (Sur Ecoute), ce genre de série où on détourne parfois le regard, où la vue d’une arme à feu et les détonations font trembler et retenir son souffle. On suit les préparatifs à travers les yeux de Darwyn qui tant bien que mal dissimule sa véritable identité et doit lutter sur deux fronts, ses relations avec les terroristes et ses contacts avec les agents du FBI qui le soutiennent et font la liaison. Assister dans le détail à la préparation sans faille d’une attaque terroriste n’a rien d’une promenade. A tel point que ça fait froid dans le dos et certaines scènes sont vraiment dérangeantes. D’autant plus qu’on est bien loin de la vision caricaturale de la cellule terroriste islamiste véhiculée par Hollywood. Dans cette série, les terroristes ne sont pas tous arabes, ils ne sont pas tous des fous furieux fanatiques. Bien au contraire et cela rend l’investigation encore plus effrayante.
La réalisation et l’esthétique de la série sont aux petits oignons, c’est chiadé, travaillé et sans esbroufe, sans montage speedé pour faire monter la pression virtuellement. D’un certain côté ça m’a fait pensé aux classiques des polars des années 70′, cette veine de films où tout peut arriver, n’importe quand. Il y a aussi un traitement de l’image qui évoque les films de Michael Mann, jeux de lumière, reflets, cadrages décalés, ombres et crépuscules. Et ceci sans plomber la série, tout est au service de l’intrigue. Et sur le fond c’est du solide, riche, dense et complexe. Les scénaristes ont pondu un scénario en béton qui fait la part belle au suspense et au mystère, sans délaisser l’action et surtout la réflexion. Ça fait du bien de voir une série qui ne se contente pas d’être superficielle pour céder au divertissement. Il me semble que le fil rouge de la série c’est le conflit sous toutes ses formes. Deux visions de l’Islam sont présentées. Celle de terroristes manipulant le Coran et l’interprétant comme bon leur semble pour arriver à leur fin et la vision du héros qui défend ses croyances prônant la paix, l’égalité, le pardon, la fraternité. J’ai été épaté par la qualité et la richesse des dialogues. Toute la réflexion sur l’Islam est passionnante.
Pour couronner le tout, les acteurs sont excellents. Que des inconnus, à part peut-être une ou deux têtes croisées ici ou là. L’acteur principal, Michael Ealy, est formidable. On – vit – son infiltration. Son impuissance et son bouillonnement face à ce qui est en train de se préparer. Son déchirement intérieur de voir sa religion maltraitée et déformée de la sorte. Il joue tout en finesse et retenue. Tout comme l’autre personnage-clef de la série, le chef de la cellule terroriste joué par Oded Fehr, golden boy charismatique, machiavélique et manipulateur, sang froid et extrêmement dangereux. Il y aussi quelques second rôles joués par des acteurs impressionnants de véracité (par exemple le jeune immigrant nommé Khashul qui m’a bien remué au septième épisode).
Enfin bon, voilà, je pourrais en discuter des heures, j’ai adoré, tout simplement. J’ai passé dix heures intenses scotché devant mon écran. Je regrette d’ailleurs de ne pas avoir pu regarder la série lors de sa diffusion aux Etats-Unis. Diffusion originale car un épisode par soir pendant dix jours avec un final de deux heures au bout du compte. Juste ce qu’il faut pour se creuser un peu les méninges entre chaque épisode et ne pas perdre le fil. Et même si la série a une fin (sans commentaire), une deuxième saison est annoncée, une bonne nouvelle.

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Ouais, ça a l’air pas mal.
Non, c’est bien mieux que "pas mal".
C’est 24 coudées au dessus de "24", si j’ose dire. Une intrigue au couteau, des personnages vraiment nuancés, et contrairement à Vincent, je trouve que l’intrigue est bien plus épaisse que ce que l’on trouve dans 24, par exemple, sauf qu’elle se situe au niveau des relations entre les personnages, et les choix qui sont les leurs – avec bien entendu en première ligne, le héros coincé entre sa morale et les nécessités de sa mission.
Sauf que ce n’est jamais "over the top", que toutes les situations restent d’une vraisemblance hallucinante, d’une honnêteté qui fait plaisir à voir dans leur résolution (il n’y a jamais d’effet raccoleur et gratuit) et que malgré tout, on est littéralement scotché devant son écran.
Une grande, grande série, comme si "24" rencontrait "Syriana", en ne conservant que le meilleur des deux.
Vivement la suite!