
Essen décantation
Au retour d’Essen la semaine dernière, revigoré, j’ai écrit quelques mots à chaud, ici. A peine rentré, je m’étais déjà remis au travail sur mes projets en cours pour ne pas perdre le fil et tenir le rythme. Entre deux coups de crayons, j’ai eu le temps de réfléchir au pourquoi de la claque précitée.
En mettant de côté l’inévitable effet punchy de cette grande messe ludique décrit plus tôt, je me suis demandé pourquoi j’avais été aussi enthousiasmé par ce que j’ai ressenti en observant les joueurs jouer aux jeux que j’ai illustrés (Tschak !, Mundus Novus et Shitenno, trois d’un coup, il y avait matière à voir).
J’ai la chance d’avoir plusieurs cordes à mon arc et de jouer sur plusieurs tableaux. Je travaille dans le monde du jeu, dans celui du jeu de rôle, pour l’édition jeunesse, fantasy, documentaire, etc. Et je n’ai pu m’empêcher de faire un parallèle – peut-être bancal voire biaisé – entre les deux objets qui sont généralement la finalité de mon travail, le livre et le jeu. Je me jette à l’eau ![]()
A la manière d’un réalisateur de films qui vient se fondre incognito dans une salle de cinéma pour vibrer avec les spectateurs devant sa création, un musicien en concert qui palpite avec ses fans ou encore un créateur de mode qui voit ses vêtements portés, j’ai parfois – souvent – l’impression qu’il me manque cette forme « d’après » quand je réalise des illustrations pour le livre. Comme s’il manquait une pièce pour que le puzzle soit complet.
Bien entendu, quand un livre avec mes illustrations voit le jour, j’ai des retours, que ce soit par courrier, via l’éditeur, via le net, les forums, ou pendant les rencontres et dédicaces. J’ai vu certains de mes livres lus dans des classes d’école par des dizaines d’enfants, faire des allers retours en bibliothèque ou dévoré assis par terre dans une allée d’un grand magasin.
Tout cela me fait incroyablement plaisir mais en caricaturant, malheureusement, je ne vois pas les lecteurs lire. Ou trop rarement. Pour sortir les grands mots, il y a là un zeste de frustration, une sorte de communion inachevée.

Alors que pour le jeu c’est une autre histoire. Même si je sais bien qu’un livre peut certainement toucher plus de monde de par sa diffusion, qu’un livre se partage, se lit aux autres, se prête et s’échange, j’ai été tout simplement enchanté et touché de voir les joueurs interagir, rêver et s’amuser avec mes images. Ce que je n’ai encore pas ressenti aussi fort avec le livre. D’autant plus qu’à Essen par exemple, les parties sont incessantes et si on fait le calcul du nombre de personnes qui ont manipulé les jeux à la fin de la journée, ça donne le vertige.
A Essen ou ailleurs en live et maintenant sur le net avec des photos et vidéos, que ce soit de ce salon où d’un autre, je peux assister et participer à cet après. J’ai pu voir les joueurs s’approprier les jeux et mes images, les faire vivre. Et, cerise sur le gâteau, j’ai pu jouer avec eux !
Ça ne tient à pas grand-chose, ce n’est pas nouveau mais ce n’est pas anodin. C’est finalement tout con mais cela m’a fait prendre conscience qu’il me manquait souvent ce petit bonus dans mon rapport au livre pour être comblé à deux cent pour cent.
Un petit plus qui, il me semble, ne peut être entièrement ni uniquement procuré par des séances de dédicaces ou des rencontres autour des livres par exemple. Ça va plus loin, j’ai pu observer un pan supplémentaire de la vie et du parcours de mes images. J’ai vu les joueurs jouer avec mes illustrations. Un prolongement du plaisir que j’ai eu à réaliser ces jeux qui chamboule sensiblement le rapport que j’ai avec l’objet et l’aboutissement de mon travail. Et j’en redemande !

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Hello Vincent, c’est très intéressant ce que tu écris !
Tu poses des mots sur des sensations que j’avais eu l’année dernière au retour d’Essen (où nous nous étions rencontrés brièvement d’ailleurs… ^_^).
L’ambiance, le rapport du « public » à l’objet est tellement différent par rapport à des livres ou des BD dans mon cas… c’est vrai que ça chamboule pas mal !
Merci pour cette réflexion intéressante sur tout ça…
Au plaisir…
Article très intéressant, je m’étais jamais posé la question du « suivi » de l’œuvre et la satisfaction que l’on peux en tirer, au delà de la « simple » publication ! C’est sûr que dans le domaine du jeu, voir les cartes/plateaux joliment illustrées passé de main en main, et observer la réaction des joueurs, ça doit être sympa!

(et à Gameworks de nous fournir un matériel d’une telle qualité, ahhh ces suisses! ^^)
En tout cas, on a pris énormément de plaisir, mon fils (7ans et demi) et moi, à jouer à Tschak! Les cartes sont magnifiques avec, perso, un coup de cœur pour les grosses cartes routes!
Merci à toi de nous partager ces merveilleuses illustrations!
PS: Comme dans Sobek; même le thermoformage est travaillé, tsss, bravo!